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La ?beatlemania? persiste
La ?beatlemaniaquerie? n?en finit pas depuis 1973, année de parution de deux doubles albums 33-tours de compilations de leurs succès, l?un bleu, l?autre rouge. Depuis la parution, le 30 novembre 1994, d?enregistrements historiques du groupe dans les studios de la BBC, cette manie a pris la forme d?une exploitation quasi annuelle des divers pans de la saga des quatre héros du rock britannique : le retour du dessin animé Yellow Submarine,une réédition à l?identique du double album à la pochette blanche The Beatles, avec poster, numéro de série, cartes postales des jeunes gens. Dans la hotte du père Noël 2003, il était donc logique de trouver encore des Beatles.
Il s?agit cette fois de trois productions : un CD Let It Be... Naked, soit la version dépouillée et supervisée par Paul McCartney de l?avant-dernier enregistrement du groupe ; le DVD Concert For George, hommage à George Harrison le 29 novembre 2002 au Royal Albert Hall de Londres; enfin, un livre somptueux et original, John Lennon, la légende.
L?événement déclaré de la fin 2003 se nomme Let It Be, ?tel qu?il avait été conçu?, selon l?étiquette en anglais, et ?tel que les Beatles le voulaient?, pour le marché français : une version remaniée de l?album Let It Be, réalisé en 1969 et paru en 1970, après la séparation officielle des Beatles. Un retour au son des débuts du groupe, sans arrangements orchestraux ni expérimentations. De la musique jouée et enregistrée façon quatre copains dans un garage de Liverpool.
A l?époque, le projet des Beatles, qui s?intitulait Get Back, avait vite été rattrapé par les contraintes, la pression d?un tournage destiné à immortaliser l?événement et les querelles d?ego entre McCartney et Lennon. Get Back avait été abandonné en route et les Beatles s?étaient tournés vers leur album Abbey Road (paru en 1969). Sans prévenir les autres, Lennon avait confié les bandes de Get Back au producteur américain Phil Spector, l?inventeur du ?mur du son?, avec lequel il venait d?enregistrer le tube Instant Karma.
En sortira Let It Be, un disque très éloigné du projet initial. Phil Spector avait inséré des bribes de dialogue du film, employé un orchestre symphonique et des choristes sur trois chansons (Let It Be, Across the Universe et The Long and Winding Road). Les reprises de standards du rock (Blue Suede Shoes, Roll Over Beethoven, Lucille, Save the Last Dance For Me...) avaient été écartées. Dans la version dépouillée qui paraît aujourd?hui, les violons de Phil Spector ont disparu. Et, avec eux, un peu d?émotion. Deux titres de moins d?une minute (Maggie Mae et Dig It) ont été remplacés par Don?t Let Me Down, paru à l?époque en 45-tours. Le reste est pratiquement identique au disque Let It Be de 1970, à quelques équilibres de mixage près ? celui-ci n?a même pas été réalisé sur support SACD ou DVD-audio en Surround 5.1. Tout juste entend-on un peu mieux les claviers de Billy Preston, ce qui semble indiquer que les Beatles auraient pu alors devenir un quintette. Let It Be... Nakedincite surtout à remettre sur la platine le Let It Be de 1970.
En revanche, le CD et le DVD consacrés au concert donné le 29 novembre 2002 en hommage à George Harrison sont d?éclatantes réussites. On pouvait craindre un triste requiem dans la salle du Royal Albert Hall de Londres, ce fut une belle célébration artistique des chansons du disparu par ses amis musiciens. Cela grâce à Eric Clapton, directeur musical, qui fit répéter pendant trois semaines les intéressés : parmi eux, Jeff Lynne, d?Electric Light Orchestra, Tom Petty et ses Heartbreakers, McCartney et Ringo Starr, Dhani Harrison, le fils, la joyeuse troupe des Monty Pythons et, bien sûr, le grand orchestre de Ravi Shankar, maître de raga de Harrison.
Le DVD restitue l?intégralité de ce concert impeccablement filmé. La caméra donne au spectateur l?impression d?être sur scène, aux côtés des musiciens. En bonus, les répétitions de cet événement.
Le livre Lennon, la légendeest un parfait cadeau de Noël pour fétichistes et esthètes de l?édition. Physiquement surprenant, cet ouvrage a été réalisé à partir d?une exposition, John Lennon : His Life and His Work, organisée au Rock and Roll Hall of Fame de Cleveland. Les graphistes de l?agence américaine Becker & Mayer en ont conçu la forme comme s?il s?agissait réellement d?une exposition, sans murs ni cimaises, mais sur papier.
Fac-similés de lettres et de journaux, pliés avec soin, sont encartés dans des pages à rabat. Des pochettes, des enveloppes, des mini-livres y sont savamment collés. Dans ce magnifique capharnaüm, on trouve des dizaines de copies de symboles de la carrière des Beatles et de Lennon : le numéro du 9 novembre 1967 du magazine américain Rolling Stone, où Lennon apparaît en soldat casqué avant la sortie du film de Richard Lester Comment j?ai gagné la guerre ; des tickets d?accès à l?émission de télévision ?Ed Sullivan Show? en 1965 ; une carte de membre (de 1964) de The Cavern, le club de Liverpool où les quatre garçons ont fait leurs débuts ; le drapeau national de Nutopia (un mouchoir blanc, ici en vrai tissu), pays conceptuel créé par John et Yoko Ono en 1973 ; les manuscrits des textes de Just Like Starting Over, Beautiful Boy, Instant Karma, Lucy In the Sky With Diamonds, etc.
Le procédé coûte cher, mais le livre, fabriqué en Chine, est vendu au prix, modique pour un tel objet, de 45 euros , ce que permet une diffusion planétaire. Le texte de James Henke, conservateur du musée de Cleveland, retrace fidèlement la vie officielle du héros. Y compris sa rencontre avec Yoko Ono pendant l?exposition de l?artiste japonaise à la galerie Indica, Unfinished paintings and objects (Londres 1966), dont témoigne une carte blanche assortie du mot ?breathe?. ?Vous voulez dire haleter ?? avait interrogé John, avant de tomber amoureux.
Bruno Lesprit, Véronique Mortaigne et Sylvain Siclier
© Le Monde distribué par The New York Times Syndicate
Les anecdotes de Ringo Starr
- Ringo Starr vient de publier ?Postcards From the Boys?, un gros coffret présenté comme une boîte aux lettres britannique ? rouge et épaisse. Livré en édition limitée (dont 2 500 exemplaires signés de la main de Ringo et, plus rare, une édition Deluxe ? c?est son nom ? en cuir avec timbres en bonus), il contient les fac-similés de 53 cartes postales envoyées à Richard Starkey (Ringo Starr) par George, John et Paul, du temps que les Beatles s?aimaient encore. Chaque carte fournit à M. Starkey l?occasion de raconter une anecdote, comme celle du jour où, parti avec un copain, Harry Nilsson, à Vienne (Autriche), ils rencontrent Robert Altman, atterrissent au Danemark, puis, après un dîner très arrosé, à Athènes, ?avec quelqu?un?. Le coffret coûte 495 dollars (genesis-publications.com), et les gains vont à la Lotus Foundation, thérapie, créativité, méditation.
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