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La bataille du tissu

13 décembre 2003, 20:00

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Les promesses ont été faites : l?Africa Growth and Opportunity Act (Agoa) III verra le jour et devrait être étendu au-delà de 2008. Mais c?est le contenu de l?Agoa III qui préoccupe l?Afrique. L?une des principales attentes des pays producteurs de textile-habillement concerne l?extension de la dérogation 3rd Country Fabric au-delà de septembre 2004. Ce seul élément fera l?objet d?âpres lobbys auprès du Congrès américain. Jayen Cuttaree, le ministre de l?Industrie et du Commerce international, va devoir s?y consacrer sérieusement dans l?intérêt du textile mauricien et africain.

« Il est très important de capitaliser sur le 3rd Country Fabric », juge Moukeshwar Gopal, président de la Mauritius Export Processing Zone Association (Mepza). Pour lui une extension de cette dérogation est l?une de ses priorités. Mais pourquoi demander l?extension d?une dérogation dont le pays ne bénéficie pas ? Jayen Cuttaree explique : « Maurice va demander au Congrès américain de faire une exception et de nous faire bénéficier de cette dérogation. »

Les États-Unis ont déjà fait une exception dans le cas du Botswana et de la Namibie pour des raisons humanitaires, malgré leurs produits intérieurs bruts par tête d?habitant comparables à celui de Maurice. L?administration Bush et l?US Trade Representative Robert Zoellick sont a priori favorables à cette exception mais ce sera au Congrès de la consacrer dans le texte de l?Agoa III.

Lors du deuxième forum de l?Agoa à Maurice en janvier dernier, nos industriels du textile ne s?étaient pas sentis concernés par le 3rd Country Fabric. Mais la situation a changé, la proposition Cuttaree intéresse beaucoup Moukeshwar Gopal. L?intérêt est stratégique. « Maurice ne va pas se positionner en centre de filature régional du jour au lendemain. Il faudra bien à cette industrie deux ou trois ans pour bien s?installer et pendant ce temps, cette dérogation nous sera utile », explique le président de la Mepza.

Maurice demandera à bénéficier de la dérogation pendant deux ou trois ans. Cela aidera le pays à entamer une transition en douceur au moment du démantèlement de l?accord multifibre au 1er janvier 2005. Le pays pourra alors toujours importer une partie de ses matières premières hors taxes et hors quotas. Un avantage comparatif non négligeable dans un environnement déjà partiellement libéralisé.

Jouer aux trouble-fêtes

Mais rien n?est certain. Car le Congrès peut ne pas adopter un Agoa III contenant une extension de la dérogation 3rd Country Fabric. C?est le président du Ways and Means Committee du Congrès, Bill Thomas, qui décidera de mettre ces clauses à l?agenda des discussions du Parlement américain. Les lobbyistse de l?industrie du coton et du textile américain risquent fort de jouer aux trouble-fêtes.

Lors du forum de janvier dernier, Auggie Tantillo, coordinateur à Washington du puissant lobby American Textile Trade Action Coalition, prévenait déjà : « L?Agoa III ne devra pas contenir d?extension de la dérogation, nous allons nous y opposer? » La limitation dans le temps de la dérogation avait été décidée justement pour satisfaire le lobby du textile américain. Son action auprès du Congrès sera donc à craindre car il pourra, dans le pire des scénarios, convaincre les congressistes de ne pas étendre la dérogation au-delà de 2004. Mais Jayen Cuttaree compte, lui, sur l?unité de l?Afrique sur la question pour convaincre les Américains.

Le « 3rd Country Fabric »

Le 3rd Country Fabric est une clause dérogatoire contenue dans l?Agoa. Elle permet aux pays africains les moins avancés d?importer du tissu non filé à partir de coton africain ou américain hors taxes et sans contraintes de quotas. Maurice ainsi que quelques autres pays africains ne peuvent pas en bénéficier à cause de leurs revenus par tête d?habitant élevés. Cette dérogation prend fin le 30 septembre 2004.

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