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La bataille de Diego Garcia

10 juillet 2004, 20:00

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La petite et vulnérable île Maurice contre la perfide Albion. L?espoir de recouvrer, sur le plan juridique, notre souveraineté sur l?archipel des Chagos, excisé du territoire mauricien en 1965, est aujourd?hui presque réduit à néant, après l?adoption de nouvelles mesures d?exception prises par la Grande-Bretagne cette semaine. C?est du moins l?avis unanime des juristes mauriciens contactés par l?express-dimanche. Cependant nous apprenons de Londres que les avocats britanniques du cabinet Brown Lee, dont les services ont été retenus par l?Etat mauricien, planchent actuellement sur une possibilité de recourir à la Cour internationale de justice pour solliciter un avis consultatif.

Mais ce ne sera pas chose simple. Car la parade des Britanniques interdit justement à Maurice le droit à un recours à la Cour internationale de justice même pour un avis consultatif. Et du coup, la menace ultime de Maurice de se retirer du Commonwealth devient caduque...

Maurice ne baisse pas les bras. À Londres, le Premier ministre et sa délégation multiplient les démarches pour sortir de cet imbroglio politico-diplomatique qui perdure. Le cabinet d?avocats Brown Lee se démène pour trouver une brèche dans la parade britannique. Mais il faut se rendre à l?évidence : les Anglais, qui louent Diego Garcia aux Américains, ont délibérément tout verrouillé.

« Il faut calmer le jeu et éviter tout conflit avec les Britanniques. C?est une perte de temps d?aller se battre sur le plan légal », insiste Me Hervé Lassémillante, avocat du Comité social des Chagossiens. Il a toujours prôné une stratégie de négociation, contrairement au Groupe des réfugiés des Chagos, mené par Olivier Bancoult, qui a, lui, choisi la voie légale.

« Le déplacement du fou aux échecs a été vu de loin par les Anglais qui ont contré par un castling, c?est-à-dire anéantir toute menace mauricienne. Juridiquement tout est gelé devant la Cour internationale, même pour un avis consultatif», fait ressortir Me Jacques Panglose.

Me Raouf Gulbul abonde dans ce sens : « En essayant de jouer au plus fin, nous nous sommes mis dans une situation de non-retour et nous nous sommes ridiculisés...»

Si on en est arrivé à cette situation où la Grande-Bretagne nous a devancés, plus d?un estime qu?une fuite d?informations en serait la cause. « Bérenger aurait du se taire, il a parlé trop vite», s?élève Navin Ramgoolam.

Un légiste de carrière estime qu?on aurait dû d?abord initier les procédures auprès de la Cour internationale de justice avant d?annoncer un éventuel retrait du Commonwealth.

Car aujourd?hui si les Chagossiens peuvent toujours recourir à la Cour européenne des droits de l?homme à Strasbourg, en plaidant le fait qu?ils sont devenus apatrides, et en réclamant des compensations, le gouvernement mauricien, dont la lutte concerne la souveraineté, n?a pas dix mille solutions. Sauf celle, maintes fois utilisée, de la négociation et de la condamnation?diplomatiques.

« Nous avons les mains liées, il ne nous reste qu?à crier notre désarroi dans des forums internationaux, dans l?espoir d?obtenir le soutien d?autres pays. Et là aussi ce soutien n?aura qu?une valeur symbolique », observe Sir Satcam Boolell, ministre dans le gouvernement d?alors, qui s?était rendu à la Conférence constitutionnelle de Londres en 1965, où la question de l?excision avait été évoquée.

En réalité Maurice a plus d?une fois obtenu, auprès de l?Onu, du Mouvement des non-alignés, de l?Organisation de l?unité africaine - et aujourd?hui du secrétariat du Commonwealth lui-même - des marques de soutien, mais ces dernières n?ont aucune force de loi.

« Maurice a eu tort de vouloir agir seule en menaçant de sortir du Commonwealth. Le paradoxe c?est qu?aujourd?hui cette organisation nous soutient. Nous aurions dû continuer sur la voie diplomatique en faisant appel à des pays comme l?Inde, l?Australie et la France, qui auraient accentué la pression sur la Grande-Bretagne », assure Joseph Tsang Mang King, ancien haut officiel de la Commonwealth Foundation.

À Maurice, passé l?onde de choc, le gouvernement fait désormais preuve d?un plus grand réalisme. « Nous sommes un pays de dialogue », affirme Jayen Cuttaree, Premier ministre par intérim durant cette semaine.

De Londres, on apprend que Paul Bérenger non plus n?a pas totalement abandonné l?option de la négociation...

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