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La BAD et l?OCDE notent que les services remplacent la manufacture dans le pays
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La BAD et l?OCDE notent que les services remplacent la manufacture dans le pays
Les analyses sur la situation économique de Maurice se suivent et se ressemblent. La dernière en date est celle de la Banque africaine de développement (BAD) et de l?Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) qui viennent de publier conjointement l?édition 2006 de l?African Economic Outlook.
Dans le chapitre consacré à Maurice, le rapport arrive à la même conclusion que les analystes locaux et internationaux : la fin des préférences et le niveau élevé du déficit et de la dette publique sont les principaux défis que le pays doit relever. La BAD et l?OCDE préconisent également les mêmes recettes : la diversification et l?ouverture de l?économie et des réformes au niveau de l?éducation et des lois du travail pour faire reculer le chômage.
Le rapport fait ressortir le paysage changeant de l?économie du pays : certains secteurs tels le sucre et le textile sont en déclin tandis que le tourisme, le seafood hub et la finance émergent. En clair, les services remplacent la manufacture.
Maurice est une des économies les plus performantes de l?Afrique, note le rapport. Dans les années 90, le pays a bénéficié d?un taux de croissance soutenu, lui permettant de se transformer en un pays à revenus intermédiaires. Maurice est l?économie la plus compétitive de l?Afrique et se classe 23e à l?échelle mondiale en termes de facilité pour les affaires.
Mais depuis 2000, la situation économique s?est dégradée. Le taux de croissance a été nettement inférieur à la moyenne de 6 % des années 90 et a tourné autour de 3,1 % en 2005, soit encore moins qu?en 2004, note l?African Economic Outlook. Cela est principalement dû à la faible performance des principaux secteurs de l?économie.
Dans l?industrie sucrière, outre des conditions climatiques défavorables, le rapport explique la baisse de production par la diminution de la surface sous culture de canne. La productivité à l?hectare a également chuté, passant de 79 à 72 tonnes de sucre.
De plus, l?industrie sucrière est confrontée à une baisse du prix du sucre sur son principal marché, l?Union européenne. La baisse du prix sera de 5 % cette année, soit un manque à gagner de Rs 500 millions. Une autre baisse de 17 % interviendra en 2008 représentant une perte additionnelle de Rs 1,8 milliard. Lorsque la baisse du prix atteindra 36 % en 2009, la perte sera de Rs 4 milliards annuellement.
Le gouvernement et le secteur privé ont pris des mesures pour restructurer le sucre. Mais la vitesse d?exécution du plan a été trop lente aux yeux de la BAD et de l?OCDE. Elles font ressortir que selon les plans, seulement huit sucreries devaient être en opération en 2005. Or, à cette date, elles étaient onze.
Maurice a traîné des pieds en pensant que la baisse du prix du sucre ne serait pas aussi drastique, qu?elle disposerait d?une longue période de transition et qu?elle bénéficierait d?une assistance financière généreuse de l?Union européenne. Aucune de ces hypothèses ne s?est confirmée. ?Il faut s?attendre maintenant qu?un tiers des employés du secteur sucrier soit licencié?, estiment la BAD et l?OCDE.
La production de sucres spéciaux ou d?éthanol représente des options qui peuvent s?avérer payante mais sur le long terme, poursuivent les auteurs du rapport. En attendant, Maurice aura à gérer la réduction des effectifs dans l?industrie sucrière qui viendra amplifier davantage le chômage déjà élevé.
Investissements dans le ?seafood hub?
Autre pilier de l?économie : le textile. Ce dernier a subi de plein fouet les effets de l?abolition des quotas à partir de janvier 2005. ?Des produits textiles à bon marché en provenance de Chine et d?Asie du Sud-Est débarquent sur les marchés européen et américain à moins cher que les produits mauriciens?, constate le rapport. La proposition européenne de réduire les droits de douane de 50 % au moins sur le textile et les vêtements aura également des conséquences négatives pour le secteur.
L?industrie textile de Maurice sera sévèrement touchée car la majorité, soit 80 % de sa production, n?est pas dans la catégorie des produits de haute qualité. Cela, sans compter la dure compétition de la Chine, de l?Inde et du Bangladesh. ?Il faut s?attendre que la production dans le textile continue à se contracter en 2006 et en 2007?, poursuit le rapport.
Par ailleurs, le rapport prend note des récentes initiatives du gouvernement et du secteur privé de diversifier l?économie notamment avec l?Integrated Resorts Scheme (IRS) et les investissements importants dans le seafood hub. Ce secteur devrait créer 2 000 emplois de plus d?ici 2008.
Mais c?est sans doute le tourisme qui offre de meilleures perspectives de croissance et de création d?emplois, estiment la BAD et l?OCDE. Quelque 3 000 chambres additionnelles devraient s?ajouter au parc hôtelier en 2006, ce qui représente des investissements de Rs 4 milliards et la création de 1 400 emplois. Les investissements dans les IRS devraient contribuer au dynamisme du tourisme et à l?apport de capitaux étrangers. Mais Maurice continue à cibler le tourisme haut de gamme qui est une stratégie qui est remise en question au vu des derniers développements dans le tourisme mondial.
Afin d?exploiter pleinement d?autres avenues de développement du tourisme, les autorités prônent une politique de diversification des marchés touristiques et le début d?ouverture de l?accès aérien avec notamment la désignation de transporteurs additionnels sur les marchés français, indien et britannique, entre autres. ?Compte tenu des difficultés dans les autres secteurs de l?économie, le tourisme peut, en partie, contribuer directement ou indirectement à la réduction du problème du chômage et peut aussi promouvoir la croissance économique?, soutient le rapport de la BAD et de l?OCDE.
Elles estiment toutefois que le gouvernement et le secteur privé devraient faire preuve de davantage d?imagination pour développer des concepts plus novateurs, car il y a déjà des destinations bien développées comme Dubayy et Singapour qui offrent les mêmes produits que Maurice envisage.
DEPENSES
Les finances publiques inquiètent
■ La tendance des finances publiques à se détériorer est déconcertante pour la BAD et l?OCDE. ?Le déficit budgétaire risque d?atteindre le même niveau que lors de l?année de crise de 1982?, soutient le rapport conjoint de ces deux institutions sur l??African Economic Outlook?. En 2004-2005 un déficit de 5 % avait été annoncé, mais il s?élève en fait à 6,2 %, si on ajoute le paiement de Rs 1,76 milliard en intérêt sur les bons du Trésor, le déficit de la State Trading Corporation et un emprunt de Rs 500 millions de la Road Development Authority. Décortiquant le budget de l?Etat, le rapport note que ce sont les transferts sociaux qui se taillent la part du lion, mobilisant 39 % du budget national. Les salaires des fonctionnaires représentent environ un tiers des dépenses tandis que le taux de croissance des investissements dans les projets d?infrastructures a été inférieur au taux d?inflation ces deux dernières années. ?Cela veut dire que Maurice n?investit pas assez dans des projets d?infrastructures publiques qui sont nécessaires pour la croissance à long terme?, note la BAD et l?OCDE. ?La situation des finances publiques est sombre et les premières mesures prises par le nouveau gouvernement ne vont pas aider à réduire le déficit mais plutôt à l?exacerber?, ajoute les deux institutions dans leur rapport en citant notamment le transport gratuit pour les étudiants et les retraites qui coûte Rs 600 millions par an au gouvernement. Les déficits récurrents ont entraîné un niveau d?endettement en hausse et le service de la dette est une limitation à la marge de man?uvre budgétaire du gouvernement, ajoute le rapport.
TIC
Le prix de l?Internet, l?obstacle
■La BAD et l?OCDE commentent les efforts de promouvoir les technologies de l?information et de la communication (Tic). Maurice a de bons atouts avec notamment des taux de pénétration de l?Internet et de la téléphonie mobile des plus élevés d?Afrique. La libéralisation du secteur des télécommunications depuis 2003 a également donné une dynamique à ce secteur. La connexion au câble de fibre optique SAFE est un autre atout. Malheureusement, avec le monopole de Mauritius Telecom sur cette connexion, la tarification devient un sérieux handicap car les prix pratiques ne sont pas compétitifs. ?Le prix de l?Internet à Maurice est beaucoup plus élevé que partout ailleurs. Au début de 2005, le prix du SAFE entre la Réunion et Paris était de 1 550 euros par mégabit par mois contre $ 8 600 pour le même service à Maurice?, fait ressortir le rapport de la BAD et de l?OCDE. Autre obstacle au développement des Tic : le manque de main-d??uvre qualifiée. La société indienne, Infosys, qui opère maintenant à Maurice, est contrainte de former ses employés mauriciens en Inde. ?Toutefois, un nombre important ne réussit pas les examens ou prend de l?emploi dans d?autres compagnies. Une des solutions est d?assouplir davantage les règles de l?immigration pour les personnes hautement qualifiées dans le domaine informatique?, estime le rapport.
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