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La bêtise ?

18 août 2007, 20:00

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Un fidèle lecteur me suggère un texte sur la bêtise.

La Bêtise? Vaste programme, comme disait quelqu?un. Ce n?est pas une chronique qu?il faudrait y consacrer, mais une anthologie. En plusieurs tomes. D?ailleurs, par quel bout saisir un sujet aussi riche ? Car la bêtise n?existe que dans l?incarnation humaine. Paradoxalement, les animaux ne sont pas bêtes ; la sottise ne les infecte pas. Elle est une spécificité de nos semblables, les humanoïdes.

Au fait, qui est bête ? Comment l?est-on, par rapport à quelles normes ? Chacun n?est-il pas, un jour ou l?autre, l?imbécile de quelqu?un ? Ceci me rappelle les beaux jours de « l?idiot international » de Jean-Edern Hallier, né borgne, mais dont l??il valide avait une acuité de polémiste hors du commun. Dans les années 70-80, on avait toujours à entendre quelque fait divers sur ses délires au plastic, ne perdant pas son temps à régler ses controverses à la plume du journaliste. Écrivain de talent, auteur de « L?évangile du fou », cet énergumène breton traitait, dans son journal, de la bêtise en gros et en détail. Beaucoup le disaient bête, d?autres criaient au génie? L?original excessif est-il un crétin ? Certainement pas. Il a le « surmoi » trop développé, voisin de la paranoïa. J- Edern était très intelligent, mais on ne l?admirait jamais assez.

Parler de la Bêtise, c?est tenter de définir l?intelligence. Tâche difficile, car il y a des « formes » d?intelligence, comme une certaine variété de sottise. On peut être un mathématicien de renom, et ne pas savoir faire cuire un ?uf, ou rédiger correctement une lettre. Est-on « bête » pour autant ? Question de points de vue. Hugo disait, (quand on critiquait son goût pour les sciences occultes), « je ne crois pas à la science des savants bêtes ». il entre, dans les faits d?intelligence, un gros pourcentage de mémoire. Beaucoup de diplômes s?obtiennent par la mémoire. Ici, intervient la notion de comportement : l?intelligence ne garantit pas un comportement social normal. Ne nous arrive-t-il pas de nous taxer nous-mêmes parfois de stupidité ? « Dans une discussion, disait Daninos, je trouve la bonne réponse quand l?autre est parti depuis deux jours ! »? Il possédait pourtant de l?esprit à revendre. Mais la faculté de répartie, la « faconde », tout le monde ne la possède pas. Ce qui n?est pas une preuve de bêtise ; simplement un manque d?agilité intellectuelle.

Ces exemples nous montrent qu?il est malaisé de définir la bêtise ? objectivement. Bien sûr, au plan personnel, nous avons tous une galerie de balourds, d?encombrants, de « connards », comme on dit aujourd?hui ? ceux que Proust nommait les « ennuyeux »? Qu?ils nous soient pesants et indésirables prouve-t-il qu?ils soient bêtes ? Pas sûr. Il y a des « comiques » à la mode qui ne font pas rire du tout, que je trouve consternants, fortement « ennuyeux ». Pourtant, ils en font rire d?autres, « ils ont du succès ». Mais le succès et la bêtise font souvent bon ménage. Les médias encouragent à gros cachets ces bateleurs ridicules et vulgaires ? « populaires » dit-on. Comme si le peuple était idiot ! heureusement non. La sottise n?a ni classe, ni sexe. Il y a des bornés partout. Ils nous permettent de nous voir subtils et raffinés. Courteline, je crois, disait : « Le comble de la volupté est de passer pour un idiot aux yeux d?un imbécile. » C?était bien vu.

Je pense aussi que le cadre de vie, une certaine forme de « modernisme » ou de possession de biens peuvent rendre relativement bêtes des gens réputés intelligents. Un conducteur d?engins peut, en une seconde, devenir furieusement grossier, sous le prétexte que vous le gênez sur la route.

Les femmes ont souvent à subir ce genre de mufles : il y a moins de risques !? La machine, fréquemment rend l?homme stupide. Ou violent.

Au fond, et bilan (provisoire) fait, on peut se heurter, au fil des jours, à une multitude de « fâcheux » (comme disait le pudique dix-septième siècle). Constat qui rejoint celui de Motherlant, un de nos derniers écrivains lucides :

« La nécessité de vivre au milieu d?imbéciles n?est quasiment épargnée à personne. » Ainsi, comme pour certaines maladies incurables, il ne reste plus qu?à s?habituer?

Que vous proposer de mieux, ami lecteur ? Je crains que mes propos n?aient point répondu à votre curiosité exaspérée ? en tout cas pas complètement. C?est que le sujet est inépuisable, qu?il prête le flanc à une subjectivité certaine.

Ce que rappelle le médecin à Thierry Lhermitte dans « Le dîner de cons ». Lequel rétorque : « Mais croyez-moi, docteur, il y a des cons parfaitement objectifs ! » Pourtant, les critères resteront toujours discutables. Alors, essayons de nous habituer?

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