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Laïcité, religion et école

31 août 2003, 20:00

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?La laïcité n?est pas compatible avec les religions officielles. Elle est même étrangère à toute obligation d?appartenance.?

Catherine Kintzler enseigne la philosophie et l?esthétique à l?université de Lille. Elle a publié ?Tolérance et laïcité? (Pleins Feux 1998) pour dénoncer l?incompatibilité de la laïcité avec toute religion officielle. ?Le Nouvel Observateur? (juillet 2003) a publié un texte inspiré du livre de son auteur, que nous commentons ici en marge des propos de Tariq Ramadan qui affirme qu?il ?faut commencer à enseigner les références en traditions dans nos programmes scolaires?.

Ramadan définit la laïcité comme ?la neutralité de l?espace publique par rapport aux religions?. Il s?agit, selon lui, d?un type de laïcité qui ?encourage la fécondation réciproque des cultures?. En réalité, il est en train de confondre laïcité et tolérance. Il n?a pas tort puisque c?est une tendance moderne. De nos jours, et selon Catherine Kintzler, la distinction qu?on faisait autrefois entre tolérance et laïcité tend à s?effacer. Or, cette différence n?est pas sans importance.

Toute société tolérante offre un droit commun aux différentes communautés pour régler leur coexistence. Ce droit comprend, entre autres, ce que Tariq Ramadan appelle les ?valeurs universelles communes à toutes les communautés et à toutes les traditions?. Contrairement à la tolérance, la laïcité, écrit Kintzler, n?est pas compatible avec les religions officielles. Elle s?oppose aux religions ? surtout lorsque celles-ci prétendent faire la loi. Elle est même étrangère à toute obligation d?appartenance. Ce qui veut dire que dans une société fondamentalement laïque, le pouvoir politique doit chercher à privilégier la coexistence des libertés individuelles où l?individu a priorité sur les communautés. La coexistence doit être celle des libertés individuelles et non celle des communautés.

En somme, une société peut être tolérante, mais le pouvoir politique doit être laïque. Dans un pays qui se veut démocratique, tout fondement d?association politique doit être indépendant de toute référence religieuse. Aucune institution publique productrice des droits ne peut accomplir ses fonctions en vertu de ses croyances religieuses ou en les plaçant au-dessus de tout. C?est la seule manière d?éviter toute obligation d?appartenance. Et c?est ainsi que chaque individu peut jouir de son plein droit de vivre en communauté, de changer de communauté et de se soustraire à toute communauté. Car, la laïcité ne suppose pas des parties prenantes : il y a ni pacte ni contrat laïque. En ce sens, la laïcité est ni ?ouverte?, ni ?fermée?. Elle est encore moins un courant de pensée. On ne saurait dire ?laïques? comme on dit ?catholiques? ou ?musulmans?. Donc, il ne saurait y avoir d? ?intégrisme? laïque.C?est dans ce même objectif qu?on applique la laïcité à l?école publique. Et c?est là le point de divergence entre Kintzler et Ramadan. Ce dernier pense qu?il ?faut commencer à enseigner les références en traditions dans nos programmes scolaires?, pour atteindre un type de laïcité qui encouragerait la fécondation réciproque des cultures. Le but, explique Ramadan, est d?arriver à un respect mutuel qui repose sur la connaissance des différentes traditions. Mais, si je dois connaître les traditions de mon voisin pour le respecter, demain je pourrais aussi le haïr à cause de ces mêmes traditions qui ne sont pas miennes. En revanche, si on m?apprend à le respecter en voyant en lui l?être humain que je suis, je ne pourrais le haïr sans que je me haïsse moi-même avant tout. La plus haute identité qui inspire le respect est celle de l?être humain. Si on respecte l?autre comme un être humain, tout ce qui lui appartient (y compris ses traditions) devient respectable.

Par ailleurs, enseigner les traditions, c?est aussi les inculquer en même temps. Et c?est l?idée à laquelle s?oppose Kintzler. Celle-ci pense qu?il faut appliquer la laïcité à l?école pour la protéger contre le règne de l?opiniâtreté. A l?école il y a des élèves. Ce ne sont pas des libertés constituées au même titre que le sont les citoyens adultes dans la société. Ces élèves sont des libertés en voie de constitution ? d?où l?école est une institution productrice de libertés; on n?y vient pas pour consommer mais pour s?autoconstituer comme sujet.

?A l?école, on s?instruit des éléments selon la raison et l?expérience, afin d?acquérir force et puissance, celles qui font qu?on devient l?auteur de ses pensées et de ses actions, qui permettent de se passer de maîtres et du recours à une autorité transcendante?, écrit Catherine Kintzler. Le savoir qu?on instruit à l?école est au-delà de l?élève et au-delà du maître. Sa nature critique relève de l?autoconstruction de l?autorité. C?est l?expérience la plus haute qu?un homme puisse faire de la liberté philosophique. Atteindre cette forme d?autorité, être l?auteur de ce que l?on pense est l?enjeu essentiel de l?instruction publique. Alors, il faut protéger l?école contre le règne de l?idéologie. (Voir aussi ?Billet?)

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