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L’inspecteur Tuyau agressé à la prison de Beau-Bassin

4 novembre 2004, 20:00

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“B… zot ek sida.” Cette phrase se fait entendre au-dessus d’un brouhaha causé par une quinzaine de détenus à la New Wing de la prison de Beau-Bassin. Ces derniers s’adressent à l’inspecteur Hector Tuyau et ses officiers, à Antoine Chetty et à son avocat, Me Samad Goolamaully. Dans la main de l’un d’entre eux, cutter et seringue.

A la prison, l’on minimise l’incident. En revanche, l’inspecteur Tuyau affirme, dans une déposition aux Casernes centrales, qu’il y a eu “actual physical wound”.

Il est 15h30 à la New Wing. Me Samad Goolamaully, l’inspecteur Hector Tuyau, Antoine Chetty et quatre officiers de l’Anti Drug and Smuggling Unit (Adsu) sont dans le bureau de l’assistant surintendant des prisons. Ils viennent de terminer une session informelle avec le suspect repenti Antoine Chetty au sujet des révélations promises par ce dernier. Rendez-vous est pris pour le lendemain.

Et c’est à leur sortie que le désordre éclate. Les détenus, tous des sidéens selon des officiers de la prison, se ruent sur Hector Tuyau et ses hommes. Ils sont armés de cutter et seringue. Un des officiers de l’Adsu bouscule son chef hiérarchique pour essayer de le sauver. Il réussi à le faire de justesse.

L’inspecteur Tuyau et un de ses officiers sont poussés violemment à l’intérieur du bureau où, pétrifiés, se tiennent Me Goolamaully, Antoine Chetty et le quatrième officier de l’Adsu. La porte est refermée. Tout de suite, déchaînés, les détenus sidéens se mettent à tambouriner contre la porte en bois.

Entre-temps, un garde-chiourme fait évacuer deux officiers de police qui n’ont pas pu rejoindre leurs collègues. Enfermés, à l’intérieur, les cinq hommes bougent les meubles pour les adosser contre la porte. Une mesure de sécurité, de peur que la porte en bois ne cède.

En vain, ils tentent de contacter les officiers de la Prison Supporting Squad à travers un walkie-talkie. Pendant une quinzaine de minutes, pas de réponse. L’inspecteur Tuyau décide d’appeler de son cellulaire, ses hommes, qui se trouvent à l’extérieur et leur demande de revenir en faisant croire aux détenus qu’ils sont armés.

Accompagnés de huit gardes-chiourme, les deux officiers de l’Adsu feront ainsi un couloir humain pour que Me Samad Goolamaully, Antoine Chetty et l’inspecteur Tuyau puisse sortir du bureau. En courant. Jusqu’à ce qu’ils sortent du “ yard”. Leur calvaire aurait duré une demi-heure.

Là, des barreaux les séparent des prisonniers, une quarantaine au total, attroupés après avoir entendu tout ce bruit. Des gobelets en acier et autres objets volent dans l’air. Envoyés par des prisonniers.

Versions contradictories

“Tout ce qui s’est passé, c’est que les détenus ont reconnu l’inspecteur Tuyau et ils ont commencé à lancer des jurons. L’incident a duré trois minutes”, lance-t-on du côté de la prison.

C’est tout ? Trois minutes ? “Oui, d’ailleurs nous l’avons dit au Premier ministre” à qui un rapport a été soumis. Rapport dans lequel on peut y lire : “There has been a minor incident which was under control at all times. There has been no physical contact at any moment.”

Me Goolamaully se dit pour sa part choqué. “Ces responsables de prison sont en train de mentir au Premier ministre et d’induire la population en erreur pour essayer de couvrir leur incompétence. Je voudrais qu’ils sachent qu’une bonne partie des incidents a été capturée sur caméra. J’ai filmé ce que j’ai pu.”

Des gardes-chiourme confirment également. “L’incident a bien eu lieu.”

Face aux versions contradictoires, les proches du bureau du Premier ministre ont demandé qu’un rapport de la police soit soumis aujourd’hui.

Entre-temps, des questions restent sans réponses. Comment se fait-il que des détenus soient libres d’errer dans le bâtiment ? “Ils ne devraient pas l’être. Jusqu’à l’heure du lock up,18 heures, ils auraient dû être dans le yard”, affirme un officier de la prison.

D’autres se demandent si ce n’était pas Chetty qui était visé : “Pourquoi est-ce que ces détenus en voudront à Tuyau ? Si c’était Chetty que l’on visait, cela confirme ce que nous avons toujours su : Transférez-le à La Bastille. Il y sera plus en sécurité.”

Pour Me Goolamaully, cela ne fait pas de doute. L’agression était bel et bien orchestré et c’était surtout son client qui était visé, dit-il. Et qu’en est-il du suspect repenti ? “ Je ne sais pas ce qu’il est advenu de mon client. Nous avons pris la fuite et depuis je n’ai pas de nouvelles.”

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