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L’artiste réunionnais
Toute l’île de la Réunion retient son souffle. Le parcours de Willy Blain est suivi avec attention à l’île soeur, car il ne manque qu’un titre olympique au palmarès très garni du gentleman boxeur.
L’artiste, comme il est surnommé par le Directeur technique national français, Dominique Nato, veut surtout effacer Sydney de sa mémoire.
“Le titre de champion du monde, pour nous, ce n’était pas une priorité. On le prend comme un bonus. L’important, c’est que Willy monte sur le podium à Athènes : ce jour-là, tous les journaux de France parleront de lui, et une carrière professionnelle sera alors envisageable. Les gens se souviennent tous de la médaille d’or d’Asloum à Sydney, alors que personne n’a retenu le titre de champion du monde de Jérôme Thomas”, avait déclaré Nato au lendemain du titre mondial, obtenu l’année dernière.
On ne peut mieux résumer les ambitions du Réunionnais. Un titre de champion olympique en super légers (-64 kilos), ajoutera du prestige à sa carte de visite. Y figurent sept titres de champion de France, deux titres de champion d’Europe, un titre de champion du monde et, moins significativement, double champion des îles de l’océan Indien, dont le dernier a été obtenu face au Mauricien Michael Médor à Vacoas en septembre 2003.
Depuis les Jeux de Sydney, Willy Blain a acquis de l’expérience. Sûr de lui, mais point arrogant, l’artiste explique son élimination au 2e tour de la compétition à Sydney en quatre mots : “Je n’étais pas inspiré.”
A ce propos, Dominique Nato dit encore de lui : “Il est très secret et marche au moral, à l’instinct. Lorsque l’on emploie les mots justes, on arrive à obtenir ce que l’on attend de lui. C’est un artiste. Il a besoin d’inspiration. Quand il en a, il peint une oeuvre sinon, il pond une croûte.”
Mais le moral du Réunionnais est au beau fixe pour ces Jeux d’Athènes. D’ailleurs, il a fait du titre de super léger LA priorité de sa carrière. Il sait que s’il atteint cet objectif, il pourra songer à embrasser une carrière professionnelle.
A 26 ans, c’est l’âge idéal pour faire le saut d’amateur à professionnel. De plus, il a le style. Il bouge sur le ring comme Cassius Clay. On le compare aussi à Sugar Ray Leonard. Blain boxe la plupart du temps avec la garde baissée, mais dès qu’il enclenche le moulinet, son adversaire n’y voit, la plupart du temps, que du feu.
Et dire que le fils prodige de l’île de la Réunion avait embrassé une carrière d’haltérophile avant de se découvrir une passion pour le noble art. “J’ai commencé à gagner des combats et j’y ai pris goût”, avait-il confié lors de son passage à Maurice l’année dernière pour les Jeux des îles.
La carrière de Willy Blain est dirigée, façonnée même, de mains de maître par son père, Alexis. Lorsqu’interrogé s’il rêvait un jour de voir son fils devenir champion du monde de boxe, Alexis Blain rétorque : “Il a souffert pour arriver là. Quand on commence quelque chose en sport, il faut le finir. Il faut aller jusqu’au bout. J’ai été tout le temps derrière lui pour réaliser cet objectif.”
Même si le numéro un mondial des moins de 64 kilos vit et s’entraîne en métropole, son père continue à avoir une influence sur sa carrière. “Nous nous parlons souvent au téléphone. Je suis toujours derrière lui”, dit le paternel.
A Athènes, Willy a remporté son premier combat facilement face au Tunisien Mohamed Ali Sassi, 36-14. La fierté de l’île soeur sera à nouveau en action demain pour les huitièmes de finale. Face à lui, le Russe Alexandre Maletin. Coïncidence, c’est celui-là même qu’il avait battu en finale des Championnats du monde à Bangkok. Le Russe viendra avec l’esprit de se venger. C’est le combat à ne rater sous aucun prétexte.
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