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L’élogE du silence
«Pheeew». Soondiren soupire d’aise. Se masse longuement la nuque. Sa main descend jusqu’aux épaules en appliquant de légères pressions. Debout, à l’ombre du pie la fouss, il reprend son souffle. Membre de la Saiva Siddhanta Church, Soondiren Arnasalon ne se lasse jamais du Spiritual Park que tient l’association à Pointe-des-Lascars, Rivière-du-Rempart. Son coin favori pour «retrouver la paix morale» : la vue imprenable qu’offre le parc sur le baiser humide échangé par la rivière et l’océan. Le pas souple, l’esprit graduellement en repos, Soondiren nous y conduit. «Lane pa lane, park la ouver. Ou kone, pena ler kot ou pa rod impe trankilite.»
Le mot rare, les sensations nombreuses, notre guide emprunte de petits sentiers entre les jeunes sapins. Mise en condition. Soondiren se concentre. Son kurta couleur bois évite de frôler les branches, de déranger ces bras tendus vers la nature.
La séance de méditation a déjà commencé. Au fur et à mesure, nous avons presque peur de parler. C’est à la peau du visage et des bras de s’exprimer, en faisant le plein de soleil. C’est aux oreilles d’être sensibles aux pépiements d’oiseaux, petits cris de gorge trop couverts par les bruits de la civilisation.
L’apaisement ne se commande pas. Mais il est des lieux qui y aident. Le Spiritual Park de Rivière-du-Rempart apporte sa contribution depuis 1986. Fondé par Guru Deva Sivaya Subramuya Swami, ce lieu de thérapie spirituelle est ouvert à tous, tout au long du calendrier, de 7 heures à 17 heures 30.
Unique restriction imposée aux visiteurs : les aliments consommés sur place doivent être végétariens. «Ni poison, ni dizef, ni la boison,» précise le guide. «Pour trouver le calme, il ne suffit pas qu’il y ait du silence autour de vous. C’est une question de choix.»
De sacrifice aussi ? Non, Soondiren ne le croit pas. Planté sur ses jambes, notre guide est aussi solide dans ses convictions que les manguiers qui l’entourent. «Il faut réduire le travail de nos organes. Les plats végétariens sont digérés plus rapidement, ils détournent moins d’énergie. C’est un premier pas vers le bien-être.»
Canaliser sa vigueur, focaliser son attention. Le silence ne s’explique pas. Il suffit de le laisser agir. Dans le dos de Soondiren, nous écoutons grincer les graviers des petits sentiers sous nos pas. Avant de déboucher sur la pelouse taillée ras où les graines de filaos s’amusent à rouler sous nos semelles. Nos souliers butent contre le petit parapet blanc. Devant nous : vert lagon sur vert goémon.
Timidement d’abord, puis avec énergie, les corps d’eau se touchent, s’explorent. Les vagues salées se frottent aux roches volcaniques habituées à l’eau de pluie. Soondiren ne porte pas de montre. Il a oublié l’heure. S’est abandonné sans nous prévenir au temps de l’introspection. Un grondement assourdi nous parvient. C’est l’appel du large.
C’est aussi le crissement des bottes de l’unique jardinier affecté à l’entretien des 12 hectares du parc. Sur nos talons, il souffle le nom des arbres qui jouent avec la lumière sur notre route. Chemin simple mais efficace vers le calme.
Une dévotion à la nature équivalente à celle que voue Soondiren aux trois statues qui émaillent le parcours. Ganesh aux cinq visages, multiples facettes de l’harmonie, Shiv le silent teacher, les six traits de Murugan faisant face à la mer. Mariage légitime du naturel et du spirituel pour aller mieux.
Arrachés à regret à Rivière-du-Rempart, nous tombons en pleine effervescence à Rose-Hill au Sivananda Ashram. Mercredi 29 décembre est le jour anniversaire du fondateur de ce refuge pour âmes perdues. La foule de petites vieilles est toute recueille avec dans leurs mains reconnaissantes les boites en carton fermées par des nœuds en raphia. Vite, elles les traînent de l’autre côté de la rue étroite pour plonger des mains avides dans le contenu. Lait en poudre, sachets de grains secs, des sourires émus aux lèvres de la petite foule.
Les assiettes remplies de riz jaune parfumé se vident à grosses cuillérées gourmandes. Les provisions sont transférées des boîtes en carton aux cabas cabossés. Aussi rapidement qu’elle était venue, la nichée de «pauvres» repart.
Le silence nous tombe dessus. Le temps de traverser la cour fleurie de l’ashram, de monter trois marches en béton et une silhouette féminine nous accueille dans son monde intérieur. Drapée dans un sari safrané, elle nous demande si nous avons déjeuné. Elle, s’est attablée devant le paysage. C’est celui du tracé de la nouvelle route d’Ebène. La terre aux teintes rougeâtre a été retournée par les machines.
Mais le spectacle du développement a tout de même la capacité d’émouvoir. Le ventre de la terre ainsi exposé frappe Rajni, habituée des lieux. «Ena foi mo la tet fatigue,» lâche-t-elle . Petit regard à ses cheveux en désordre. Surmenée au travail ou dans son ménage, nous n’en saurons pas plus. Rajni est repartie dans son monde intérieur. Il suffit que le silence existe pour que des âmes vivent.
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