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L?épopée du peuple sikh
L?Inde plus que tout autre région du monde, reste le carrefour le plus riche en fait de races de culture et de religion.
Alors que nombre de pays au seuil du troisième millénaire s?entredéchirent pour des raisons relevant de l?insoutenance ethnoreligieuse, la République indienne qui compte à ce jour quelque 1,030,000,000 de sujets, le deuxième pays en ordre démographique au monde, nous offre un bel exemple de tolérance et de convivialité inter-religieuse où hindous, musulmans, bouddhistes, chrétiens, sikhs, parsis et Juifs se côtoient et de perdent dans le quotidien.
Cette tolérance religieuse et culturelle transcende toutes les barrières au point que les plus petites minorités religieuses puissent accéder au plus haut poste dans la hiérarchie de la nation.
La visite de Son Excellence Manmohan Singh Premier ministre indien est une occasion pour nous de faire plus ample connaissance avec un digne représentant de la communauté sikhe, une communauté éminemment minoritaire aux Indes mais qui a écrit une des pages les plus glorieuses de l?histoire de ce pays.
L?histoire du peuple sikh est relativement récente, car elle remonte qu?au 15e siècle.
Pour les sikhs, tout commença quand Kabir, un tisserand de foi musulmane, se sentit influencé par les valeurs de l?hindouisme. Pour lui il était impensable que les gens qui croient en un seul et même Dieu ne puissent pas vivre en harmonie comme des frères. C?est dans ses nombreux poèmes et chants épiques qu?il exprima son état d?âme. Il condamna le système des castes dans l?hindouisme et la pratique de la circoncision dans l?islam. Et condamna surtout l?idolâtrie mais croyait fermement dans le phénomène de la réincarnation.
Il préconisera donc une religion qui serait une synthèse entre l?islam et l?hindouisme. Ce sont ses chants et ses poèmes qui donnèrent le ton à Dada Nanak le premier guru pour jeter les bases d?une nouvelle religion aux Indes connue comme le sikhisme, une religion distincte de l?islam et de l?hindouisme.
Le sikhisme qui compte plus de 17 millions d?adeptes principalement dans le Pendjab a pour emblème trois épées et un cercle. Le temple d?or des sikhs se dresse au milieu d?un lac artificiel à Amritsar achevé en 1604. Les quatre portes correspondent aux points cardinaux. Ce qui signifie que l?air peut venir dans toutes les directions du monde et s?y asseoir sans distinction de race, caste, sexe ou de religion. Les hommes se reconnaissent aisément à leurs turbans bleus, blancs et noirs. Le port de leurs coiffes et des cheveux longs est un aspect essentiel de leur foi. Le mot sikh est un mot hindi qui signifie discipline.
Le dernier guru des sikhs Govind Sing (1666- 1708) qui créa l?ordre du khâlâ dont les membres arborent cinq symboles dits les cinq (K), cheveux non coupés (kes) symbole de spiritualité, et retenu par un peigne, une épée kirpan figurant la dignité, le courage et l?abnégation, un bracelet de métal ( évoquant la modestie et symbolisant l?ordre morale kara) et pantalon court. Le maître mot de la communauté sikhe c?est de travailler honnêtement pour gagner sa vie, chaque sikh doit être un saint et un soldat en même temps.
La conquête des Indes par les Britanniques enclenchée des 1772 devait durer presque trois quarts de siècle et c?est en 1858 que le Pendjab devait être soumis non sans une lutte acharnée menée par les sikhs, la révolte des cipayes. Et la bataille sanglante à Merut en 1857 devait témoigner de la témérité et l?opiniâtreté de ce peuple fier et insoumis. Cette révolte des cipayes devait provoquer un soulèvement massif dans toute la péninsule indienne mais fut mater à temps. La répression qui s?ensuivit fut des plus sanglantes, plus de 320 000 cipayes furent exécutés.
La présence d?individus au physique impressionnant mus d?un sens de discipline et d?abnégation ne pouvait laisser les Britanniques devenus maîtres des Indes indifférents.
Apres la révolte des cipayes ces derniers furent recrutés massivement dans l?armée pour devenir les vaillants soldats de Sa Majesté britannique dans l?Empire. C?est là qu?ils devaient écrire une des pages les plus glorieuses de leur histoire
Les cipayes
D?abord, ce sont les cipayes qui aideront les Britanniques à pacifier les poches de résistances dans tous le sous-continent après le soulèvement de Merut de 1857. En 1863 à titre d?exemple, sur une armée de 203 000 hommes 65 000 seulement étaient d?origine britannique , le reste étaient composé presque exclusivement de cipayes. Ce sont eux également qui aideront l?armée britannique au cours de la Guerre anglo- birmane (1857-1859).
Ce qui étonne plus d?un, c?est le rôle et la place qu?occupe la communauté sikhe tant dans l?histoire de l?Inde que dans celle de l?Empire britannique, un rôle qui n?est ni à la mesure de l?étendue du territoire qu?ils occupent, encore moins de leur démographie.
Dès lors on les voit partout là où les Britanniques interviennent militairement pour écraser des révoltes ou encore pour partir à la conquête de nouvelles possessions.
Mais c?est au cours des Première et Seconde Guerres mondiales, que les sikhs enrôlés dans l?armée britannique allaient prouver de quoi ils étaient capables. Durant la Première Guerre mondiale, plus d?un million d?Indiens furent conscrits pour servir comme personnel de support dans l?armée britannique dont pas moins de 500 000 hommes étaient des soldats sikhs originaires du Pendjab. Ces vaillants combattants furent convergés dans le feu de l?action sur le front dans le Nord de la France. Leur courage et leur esprit combatif forcèrent l?admiration de tous et qui plus est firent voler en éclat le mythe d?infériorité des Indiens dans le domaine militaire. Outre le Front européen, les soldats sikhs furent convergés au Moyen-Orient pour combattre les Turques de l?Empire ottoman. Ils jouèrent un rôle décisif dans la bataille des Dardanelles et le siège de Gallipoli et en Mésopotamie.
Apres les hostilités de la Première Guerre mondiale, les potentialités de l?armée indienne donnèrent à réfléchir aux Britanniques. L?entrée en guerre de la Grande-Bretagne au cours de la Seconde Guerre mondiale allait être une autre occasion pour l?armée indienne forte de 2,5 millions de prouver sa loyauté aux côtés des Britanniques. Mais cette fois les dirigeants du parti du Congrès à la tête duquel se trouvaient le mahatma Gandhi et Jahawarlal Nehru marchandèrent la participation de l?armée indienne en échange de promesse d?une indépendance pour le pays une fois la guerre terminée.
L?invasion de l?île de France
Les cipayes ont laissé leurs empreintes dans notre histoire. D?abord ils étaient parties prenantes dans le régiment du Bengal qui participa dans l?invasion britannique de l?île de France en ce 27 novembre 1810. Plus de 8 700 avaient fait le déplacement pour l?invasion de l?île de France mais seulement de 2 700 d?entre eux étaient présents sur les 10 000 soldats qui débarquèrent pour combattre sous le commandement du Général John Rowley et du général John Abercombie. En 1810 le gros du territoire était encore boisé et ce sont eux qui ont frayé une route pour permettre aux soldats d?infanterie qui avaient débarqué à Anse Mapou, Cap Malheureux d?avancer vers la capitale, Port Louis. Cette route porte encore le nom de Chemin Vingts Pieds.
Les cipayes sont dès lors présents pour assurer l?ordre et la paix dans l?empire. Ils sont présents durant la guerre des Boers en Afrique du sud, à Singapour, à Hong Kong et dans les territoires aussi éloignés que les Iles Fidji et en Afrique de l?Est pour assurer la paix et les intérêts de l?Empire aux cotés des soldats britanniques. Beaucoup de soldats sikhs ont séjourné à Maurice aux seins de la Hong Kong and Singapore Royal Artillery et jouèrent un rôle décisif pour empêcher le pire au cours de l?émeute de 1911, émeute enclenchée entre les Gens de couleur et les Blancs après les élections du 18 janvier 1911 entre les partisans d?Eugène Laurent et Armand Esnouf. Pendant longtemps la bonne garde de nos prisonniers fut assurée par les vaillants cipayes. D?ailleurs le père du regretté Kher Jagatsing figure de proue du Parti travailliste et ancien ministre de l?Education était un garde chiourme originaire du Pendjab.
Dans l?histoire de la diaspora indienne les cipayes fidèles compagnons des Britanniques furent les premiers à essaimer. On les trouvent dans quasiment tous les pays de l?ancien Empire britannique mais surtout en Grande-Bretagne ( 750 000), en Afrique du Sud et au Canada où l?on compte plus de 250 000 des leurs établis. D?ailleurs un de leurs compatriotes est présentement Chef ministre de la province de la Colombie britannique.
La seule déception du peuple sikh est qu?ils n?ont pu avoir un état à eux, malgré leur fidélité à leurs anciens maîtres à l?heure de la partition. Mais bon nombre d?entre eux chérissent toujours l?espoir de se voir octroyer un état séparé le Kalistan, avec pour capitale Amritsar là où se trouve leur temple sacré construit en plaquettes d?or. Mais les sikhs ont d?autres satisfactions : celles d?avoir enclenché la Révolution Verte dans leur pays et fait le Pendjab devenir le grenier de l?Inde en fait de céréales. Outre d?avoir donné à l?Inde un Premier ministre, ils sont souvent à la tête des plus importantes institutions du pays dans l?armée ou plus de 14% des leurs s?y trouvent toujours et dans la marine et dans l?aviation où ils occupent des postes importants dans la hiérarchie.
La nature succincte de cet exposé ne permet pas que l?on fasse état d?avantage sur l?histoire exaltante de la communauté sikhe. Remémorons toutefois, tant qu?il n?est pas trop tard, certains mots qui sont restés dans notre vocabulaire créole, tels chaussette cipaye en parlant d?un individu à l?appétit gargantuesque, de colliers cipayes ou encore cipayes brûlés un coin du pays situé entre la Cité la Cure et la Vallée des Prêtres là où, dit-on, les soldats cipayes qui tombèrent au champ de gloire au cours du combat pour la prise de l?île de France en ce 2.décembre 1810, furent incinérés et qui sert aujourd?hui de lieu d?incinération pour nos compatriotes de foi hindoue.
Notes et références
Origine et développement de la communauté sikh (1469- 1936) Rama Krisna, An advanced history of India. 1958, L?Humanité à la recherché de Dieu. 1990,The religious experience of mankind : Ninan Smart 1983, Encyclopaedia Americana 1989 : vol 21, Le Quid 2005, Le Grand Atlas des Religions.
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