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A l?écoute de la faune avec France Staub
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A l?écoute de la faune avec France Staub
France Staub n?est plus. Il s?en est allé, la veille des législatives du 3 juillet, emportant avec lui ses histoires et ses anecdotes que ce conteur né n?avait pas son pareil pour raconter au moment opportun et avec son humour inégalable. Demeurent ses articles et ses interviews, telle celle donnée à Philippe Christian de l?express en juillet 1980.
Cet ancien élève du collège Saint-Joseph (il en disait le plus grand bien) s?intéresse aux sciences de la terre au Collège d?agriculture, l?ancêtre de l?université de Maurice, où il étudie pendant trois ans avant d?aller s?initier à la chirurgie dentaire en Grande-Bretagne. Son esprit humaniste et scientifique s?ouvre grand alors aux connaissances biologiques et agronomiques désormais accessibles. Faut dire qu?il dispose de pédagogues du calibre de Jean Vinson et de Gabriel Orian. Il les accompagne dans leurs randonnées en forêt. Il s?initie auprès d?eux à la connaissance de la nature et développe un véritable amour pour les sciences naturelles.
Au MSIRI, il fait la connaissance du Dr Reginald Vaughan, du Dr Octave Wiehe, de Joseph Guého, de Guy Rouillard. Il se liera aussi d?amitié avec Wahab Owadally, futur directeur des Bois et Forêts. Ensemble, ils arpentent sans cesse les coins et recoins de nos dernières forêts indigènes.
France Staub ne tarde pas à s?intéresser aussi à Rodrigues, à nos îles lointaines, à la Réunion voisine et aux Seychelles. Il accumule notes et papiers sur ses expéditions et découvertes. Il collabore de plus en plus aux activités de la Société royale des arts et des sciences, fondée en 1829. Il commence à publier des articles et des livres sur la faune et la flore des Mascareignes. Un de ses articles sur Tromelin paraît dans une publication du Smithsonian Institute de Washington. Il établit une correspondance suivie avec le Dr David Stoddart de l?université de Cambridge. Un autre de ses correspondants, Francis Friedman, publie, avec son aide et celle de Joseph Guého, un livre extraordinaire intitulé : ?Les plus belles fleurs des Mascareignes.?
L?ornithologue amateur qu?il est nourrit la plus vive passion pour ce paradis d?oiseaux que pourrait être l?archipel Cargados Carajos (Saint-Brandon). Il estime passionnante la faune de cet archipel et décrit les différents oiseaux, qui y nichent, avec autant de dévotion que le Ravi d?Yvan Audouard, récitant la litanie de la Vierge Marie, un soir de Noël (?Pastorale des Santons de Provence?). Il entre en extase, en effet, en décrivant les oiseaux de Saint-Brandon et quand il se met à mimer leur vol : la frégate, la petite frégate, la goélette blanche ou ?zozo lavierze?, la sterne rose, la ?common noddy? ou ?makwak?, le ?sooty tern? ou yéyé, le ?lesser noddy? ou marianne, le fou bête, le fouquet. Il déplore la disparition du fou à pattes rouges. Il bénit le nom d?un secrétaire colonial, Robert Newton, qui fait interdire l?exportation de nos oiseaux de mer.
France Staub raconte. Ces oiseaux sont des merveilles de la nature. La sterne rose de l?île Saint-Paul est d?un joli mauve rosé, au bec rouge relevé de noir. Son ?uf est étonnamment bigarré. Elle pond ses ?ufs à même le rivage. Eléphant s?abstenir. France initie ici son auditoire à la marche sur la pointe des pieds pour éviter l?omelette et mettre ainsi en danger l?espèce. Ses yeux s?humectent de larmes quand il pense aux bébés requins venant happer les bébés sternes roses à l?heure du bain. Spectacle effrayant et désolant à voir. De quoi révolter ce c?ur tendre mais soumis à l?esprit scientifique devant s?accommoder de cette dure réalité biologique qu?est la loi de la jungle.
Il redoute les méfaits causés par l?homme en raison de la saveur de la chair du fouquet. Les Agaléens appellent cet oiseau le ?taillevent?. Son cri est terrifiant le soir. Le vieux pêcheur Ellie Albert, lui-explique que ?namme banne pézère noyés dans Saint brandon fine rante dans ça zozo-là?. D?où le frisson de terreur que déclenche son cri déchirant le silence de la nuit.
France Staub en veut à mort au ?rattus norvegicus? venu de quelque navire, qui fait souche et qui pullule à l?île Puits-à-Eau, cherchant qui dévorer parmi la gent aviaire. Il faudrait des chats sauvages pour les exterminer. Mais comme ils bouffent aussi les oiseaux, le remède est pire que le mal. Les souris de l?île du Sud ne trottinent plus. Elles préfèrent sautiller comme des mini-kangourous pour éviter les lianes entravant leurs déplacements.
Il n?est pas tendre pour ce pirate aviaire qu?est, à ses yeux, la frégate. Il s?attaque aux oiseaux tenant déjà un poisson dans leur bec, les obligeant ainsi à donner de la voix avec les conséquences qu?on devine.
France Staub conclut ses histoires ornithologiques en narrant la mutinerie reprochée à un drôle d?oiseau, magistrat de son état, et à qui on reproche d?avoir été le complice de l?équipage du ?Stella Maris? dans la démolition d?une vieille baraque contre l?avis du directeur de Saint-Raphaël. Il fallait du bois pour la chaudière de ce rafiot. Ceci explique cela.
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