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A l?école de la vie

19 juillet 2008, 00:00

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Echapper au cycle infernal. Pour que les enfants vivent mieux que leurs parents. Pêcheurs. Echapper aux jours au creux de la vague. Aux jours de mauvais temps. Aux jours qui vous laissent un goût de sable au fond de la bouche. À force d?avoir raclé le fond de la mer, pour n?en ramener que du menu fretin.

Mais laissons cela. De quel avenir rêvent les parents d?élèves du SSS La Gaulette ? Eux, si farouchement opposés à la fermeture du collège. Eux, si convaincus de la nécessité de l?éducation. Sous sa forme «classique». Celle du mainstream. Avec ses étapes décisives et sélectives. Ses subventions. Son arbitrage anglais. Son School Certificate. Suivi du Higher School Certificate.

Profitant d?une réunion de mobilisation anti-fermeture, nous avons sondé ces âmes simples. Ces adultes préoccupés. Ces grands qui se font du souci pour les petits. Ces parents tout simplement.

Pour leur demander à quoi ils aspirent pour leurs enfants ? Comment ils les imaginent ? Quel avenir ils entrevoient pour ces élèves du SSS La Gaulette, qui dans quelque temps, intégreront le marché du travail.

Il fait déjà nuit noire dans la cour du village hall de La Gaulette. La réunion vient de se terminer. Jaysen Luximon est pressé. «Ayo, mo bis pe ale». Son fils est en fin de cycle primaire. L?épreuve du Certificate of Primary Education l?attend dans quelques mois. «Si li pase, mo pou bizin avoy li isi mem non», explique ce père concerné par l?avenir de collège d?état.

Et si son fils est encore relativement «tipti» aux yeux de ce père inquiet, quand ils parlent entre eux, quand ils parlent entre hommes, «li dir moi li pou travay dan lotel». voilà qui laissent toutes les options ouvertes, vu la multiplicité de postes. Nous insistons. «Oui, me ou, ki ou ti pou kontan li fer». La réponse, laconique, sera jetée par-dessus l?épaule. Avant que Jaysen Luximon n?attrape son bus de justesse : «Pa kone. Kitfoi server ou soi travay lor bar.»

Métier de service. Du sourire. Du plateau toujours prêt. De la chaise que l?on tire. Des verres vides, des assiettes sales, débarrassées. De la serviette joliment repliée. Du pourboire. Eventuel. Jaysen, conscient du besoin de «aprann lir ekrir», lit ce futur-là pour son fils.

Son histoire est loin d?être spéciale. Après quelques paroles avec d?autres parents d?élèves, elle semble même tout ce qu?il y a de plus banal. Trêve de préjugés. Il s?agit de gagner sa vie honnêtement. «Bann zanfan bizin al lekol pou ki dimoun pa anbet zot, pa fer zot sign nimport koi.»

Comme Jaysen Luximon, beaucoup de parents voient dans l?industrie touristique le marché aux débouchés. «Hôtesse d?accueil», se plaît à imaginer Marie Josée Lelochon. Alain l?Intelligent, ancien président de la Parents? Teachers Association du SSS La Gaulette, affirme lui être employé, «dans le middle-management du groupe Beachcomber». Quand on aborde avec lui le choix de filière, il est d?avis qu?il faut «d?abord aller au bout de la filière académique pour ensuite choisir la voie technique. L?éducation, c?est la clé de tout. Je ne dis pas cela seulement pour ma fille mais pour tous les enfants de l?ouest. Ma fille me parle d?informatique. Mais pour le faire, il faut absolument qu?elle ait une base académique. De nos jours, tout est informatisé; même pour devenir un bon ouvrier, il faut avoir des connaissances».

«A kot sa lavenir dimin-la»</B>

Maryse Labonne est plusieurs fois grand-mère. Elle se souvient du temps où, «nou mon per ti dir pou mont kolez Saint-Esprit pou lavenir dime». Sauf, que comme elle le fait remarquer, cet avenir-là s?est installé à Rivière-Noire. «Li enn distans depi isi.» Si elle est «satisfaite» que ses petits-enfants aient pu se faire inscrire dans cette institution, la colère la fait bégayer quand on lui parle de fermeture du SSS La Gaulette. «Saint-Esprit pe dir zot nepli ena plas. Isi pe dir pou ferme. Abe kot sa lavenir dime la ete ?»

Frêle sous son mince châle, cette grand-mère aux yeux cernés dit qu?elle aurait aimé que sa descendance devienne «dokter ou soi profeser». Avant de s?interroger, «mais est-ce qu?on leur en donne les moyens ? Et puis ce n?est pas moi qui choisis, moi je peux seulement rêver, c?est eux qui décideront». Elle en sait quelque chose, des choix décisifs. «Moi je n?ai pas eue cette chance.» Elle a connu la vie de bonne, nénène et puis cuisinière. À mi-voix, elle confie que les rares fois où elle va à Port-Louis, elle doit demander aux passants, «dir moi ki bis sa ?», et elle se heurte à des gens «bitor», ou à ceux qui sont simplement indifférents. «Si mo ti konn lir, mo pa ti pou dimande.»

Expériences qui lui font dire qu?elle n?aimerait pas voir ses petits enfants, «travay kot madam». Elle les imaginent plus, « dan biro, pou zot kapav roul loto...»

Marie-Ange Rabot coupe court la phrase. Pour lancer, «si pena ledikasyon aster la, pa kapav vinn peser». Elle refuse que l?on change son fils d?école. Elle ne peut envisager qu?il ait à se réveiller plus tôt, «vers 5h ? 5 h 30, pour attraper le premier bus à 6h ». Un véhicule qui, selon ses dires, est rempli alors que son fils doit «al lamem. Aster kan li pou al dan enn lot rezyon kouma sa pou ete ?»

Quand nous lui redemanderons ce qu?elle envisage pour son fils, elle dira alors, «peser lontan avek peser aster li pa parey». à cause des documents à remplir, des examens auxquels il faut prendre part.

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