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L?âme de la musique classique

10 mai 2004, 20:00

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Le monde culturel mauricien a eu le plaisir, grâce à l?initiative de la Société musicale de Maurice, d?accueillir les mercredi et vendredi 20 et 30 avril derniers Bernard Mauppin, violoniste, et son épouse Joëlle, soprane, ainsi que Thierry Rosbach, tous titulaires des plus hautes récompenses des conservatoires nationaux français ainsi que Michel Lejuge de Segrais, distingué pianiste mauricien. La première soirée a été consacrée à un récital de violon par Bernard Mauppin accompagné par Thierry Rosbach.

Au programme, une sonate de Franz Schubert, puis Le Printemps de Beethoven, suivis de Fratres de Arno Pärt, un auteur contemporain. Pendant l?entracte qui a suivi, les commentaires des amis de nos soirées musicales ont rendu hommage au talent des deux artistes. En deuxième partie le programme s?acheva par une sonate de Fuaré et les ovations de l?assistance ont donné lieu à quelques pièces légères dont le ravissant Salut d?amour d?Elgar.

Ce fut un éventail musical couvrant deux siècles d?oeuvres les plus diverses merveilleusement interprétées par les deux artistes. Bernard Mauppin a eu l?amabilité d?analyser pour nous l?oeuvre d?Arvo Pärt, qui est assez inattendue. Elle consiste en une série d?accords où l?archet saute successivement sur les quatre cordes qui sonnent avec un effet de clochettes. Cet effet est des plus difficiles à réaliser.

La soirée a été pleine de grands moments grâce à la magnifique sonorité de Bernard Mauppin soutenu par Thierry Rosbach, mais c?est sans aucun doute avec le grand Ludwig van Beethoven qu?ils ont transporté le public vers des sommets artistiques et au plus profond notre âme. L?interprétation donnée à cette oeuvre était virile, soutenue, puissante et particulièrement vertigineuse dans les premier et dernier mouvements. Au deuxième mouvement, la salle retenait son souffle, subjuguée par les sonorités consciemment étudiées, profondes et graves, transcendantes. Puis Bernard Mauppin a attaqué le troisième mouvement dans un recueillement général. Ce fut du grand Beethoven servi par un grand maître. Une oeuvre qui prélude les grands quatuors tardifs du géant et exige au-délà de la maîtrise technique, certes essentielle, une âme musicale.

La vedette de la soirée du vendredi fut Joëlle Mauppin, soprane, médaillée d?or de chant et de violon, accompagnée au piano par Michel Lejuge de Segrais. Elle a attaqué avec trois mélodies de Gabriel Fauré : Le Papillon et la Fleur, Les Berceaux et Après un Rêve où l?âme des vaisseaux fuyant le port est retenue par celle des lointains berceaux, ?tandis que le rêveur qui va quitter la terre rappelle à lui la nuit mystérieuse?, par la voix douce et harmonieuse et la sensibilité de Joëlle Mauppin. Au piano, Michel Lejuge de Segrais l?accompagna avec la précision et la discrétion qui sont les siennes. Bravo !

Et puis, surprise, Bernard Mauppin apparaît sur scène, pose son archet et attaque un contrechant durant le reste de la soirée. Un trio nous est offert, soprano, violon, piano, qui survole le Midi de la France avec trois mélodies de Georges Bizet, puis trois de Reynaldo Hahn, né à Caracas, et trois espagnoles de Manuel Garcia. Cet exercice met en valeur le talent universel de Joëlle Mauppin et celui de Michel Lejuge de Segrais, allant jusqu?à Jean Sébastien Bach avec un extrait de la Passion selon Saint Mathieu où la voix de l?homme et celle du violon, soutenues par le piano fusionnent parfaitement. En intermède, Bernard Mauppin joue le charme en distillant deux joyaux du grand Fritz Kreisler qui sait toujours trouver une place dans nos c?urs. C?est aussi désormais le cas à Maurice pour ces musiciens dont c?était le deuxième passage.

<B>Karl MULNIER</B>

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