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Kostim... cravate
Relooker les danseurs de séga. Faut voir. Le défi des créateurs : nous faire oublier la silhouette que nous connaissons tous : grande jupe à fleur, petit boléro sans manches avec un n?ud devant. Pour les hommes : corsaire à rayures, chemise à fleur déboutonnée retenue par un n?ud.
Les organisateurs du Festival international créole ont lancé cette semaine un concours dont le but est de susciter la création d?un nouveau costume de séga. Pour il, comme pour elle. Avec à terme, si la création choisie fait l?unanimité, qu?elle devienne le costume national.
Avec pour consigne des organisateurs : ?Retournez aux sources, cherchez comment était le costume à l?origine?. Travail d?historien pour créateur ambitieux. Sans préjugez du résultat, sans remonter non plus à l?époque de l?esclavage où, sans doute le mot ?costume? aurait été un bien grand mot pour ce que les danseurs avaient sur le dos, gageons que c?est sans doute la simplicité qui l?emportera. Car il nous semble que toucher à une image imprimée de manière aussi indélébile dans notre mémoire collective ne pourra se faire qu?en douceur.
Sans parler de la problématique que le terme ?costume national? ne manque pas de toucher. Car qui dit national dit consensus. Dit identification de tous à une tenue vestimentaire. Dit sentiment d?appartenance. Dit mauricianisme. Dans un pays où les ?composite show? sont érigés en standard institutionnel de la création, où le ?everybody on board? devient un critère de méritocratie, nous ne pouvons qu?exprimer nos craintes de voir proposer à ce concours, disons, un débardeur sur un pantalon vaporeux de danseuse du ventre. En comptant sur l?imagination des créateurs et le sens esthétique de Sanedhip Bhimjee, responsable du défilé de mode du prochain Festival international créole pour nous éviter pareil cauchemar.
La jupe séga. Véritable synonyme d?ostracisme culturel. Sous sa belle ampleur, elle cache un passé où le séga a longtemps été victime d?une ?mauvaise réputation?. Celle de ?cholo?. Ne parlons pas des yeux exorbités des spectateurs offensés à la vue des dessous des danseuses pendant qu?elles tournoient au rythme endiablé du trio ?infernal? : ravanne-maravanne-triangle. Une jupe aujourd?hui disponible dans toutes les boutiques pour touristes et vendue comme ?couleur locale?, aux visiteuses qui peuvent ainsi faire admirer l?uniformité de leur bronzage.
Dans un tout autre registre ? d?aucuns risquent même de nous accuser d?amalgame mal venu ? pour nous le ?costume national? évoque irrémédiablement la ?robe nationale? portée par la Miss Mauritius aux finales de concours de beauté où elle est admise. La faute à notre mémoire sélective sans doute, mais nous gardons en tête des créations où la fonctionnalité semble avoir été le cadet des soucis du créateur.
Du moment que cette robe est rouge-bleu-jaune-vert, ce n?est pas grave si la Miss marche comme si elle avait les pieds bandés. Sans compter qu?elle doit continuer de sourire tout en gardant en équilibre sur la tête une sorte de panier de fruits où régime de banane et grappe de letchi menace de tomber à tout moment. Espérons que les créateurs n?oublieront pas l?essentiel : ce costume servira pour danser.
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