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Kishore Beegoo, Directeur de CargoTech
● <B>Quelle est votre expérience du fret et pourquoi avez-vous choisi de travailler avec les industries textiles ?</B>
Sans fausse modestie, je suis pratiquement le seul à Maurice qui ait travaillé dans le fret et le total supply chain management, du bas de l?échelle jusqu?au sommet. J?ai été camionneur, clerk, j?ai fait l?import, l?export, le transit, des compagnies aériennes, courrier express, négociateur des plus grosses entreprises mondiales ; j?ai travaillé à Maurice et à l?étranger, j?ai beaucoup voyagé, j?ai donné des conférences sur le transport, etc. avant de finir comme directeur à Air Mauritius. Après ma démission d?Air Mauritius, nous avons créé Cargotech en accord avec certains patrons d?entreprises textiles, qui savaient que mon expertise pouvait apporter un plus au secteur face aux nouvelles exigences du marché. C?est ainsi que le textile est devenu notre activité de prédilection.
● <B>Quelles difficultés freinent le développement de certaines usines textiles ?</B>
Le textile mauricien souffre de plusieurs maux. Le premier est la mentalité des dirigeants d?usines textiles qui connaissent parfaitement leurs produits mais ne voient souvent pas au-delà. Ils oublient qu?il faut gérer de l?approvisionnement en matières premières jusqu?à la livraison du produit fini au client. La plupart se contentent de produire et laissent la logistique aux subalternes. Ceux-ci ne sont pas formés à ce travail qui demande de l?expérience et des qualités qui ne s?apprennent pas forcément à Maurice.
Un second problème, que je n?ai pas peur d?évoquer est que certains de ces dirigeants se jalousent entre eux et refusent de travailler ensemble. Or dans le transport et les achats, pour négocier de bons prix, il faut du volume. Le dernier problème est que plusieurs dirigeants sont liés par des affinités familiales et des conglomérats ; ils doivent donc satisfaire leurs proches en leur attribuant la gestion de la logistique de leurs produits. Ils préfèrent leurs parents et amis à des spécialistes comme nous, qui peuvent leur faire gagner du temps et de l?argent et les aider à fidéliser leur clientèle. J?ai des exemples d?entreprises qui emploient des milliers de personnes qui préfèrent confier leurs marchandises à des proches qui pratiquent des prix plus élevés que nous et ne savent pas ajouter de la valeur au business de leur client. Un transitaire doit aider son client à minimiser le coût de distribution ? import, magasinage, redistribution des produits finis ? et maximiser la ??valeur ajoutée?? et non être un entremetteur qui ajoute des frais au système.
● <B>Quelle satisfaction a apportée «Cargotech» en cinq ans au textile local ?</B>
Nous avons réussi à entrer dans un monde jalousement gardé par trois-quatre conglomérats avec une trentaine de transitaires qui se concertaient. Il n?y avait pas de concurrence et le client n?avait pas de service. S?il n?aimait pas un transitaire, il allait chez un autre du même propriétaire. Le premier mois de notre existence, un patron d?un conglomérat a réuni des transitaires pour leur demander de ?bloquer? les efforts de Cargotech. Nous avons apporté cette fraîcheur et des qualités qui n?existaient pas chez les autres. Quand on me demande qui est notre concurrent, je dis que nous n?en avons pas car aucun transitaire ne peut faire ce que nous faisons. Nos clients s?en sortent en ce moment en augmentant leurs ventes tandis que les clients des autres transitaires ferment.
● <B>Quelles sont les contraintes du marché mondial pour le textile mauricien ?</B>
Maurice est un petit pays et nous devons rechercher nos forces et en profiter pour nous imposer sur le marché mondial. Dans le textile que je connais bien, les acheteurs en Occident demandent la livraison juste au moment où ils ont besoin de la marchandise ; ni avant ni après. Le profit ne se fait pas sur le bas de gamme, mais sur le produit mode. La mode qui venait chaque trois mois, arrive maintenant toutes les semaines. Les grandes entreprises ne veulent plus confectionner des modèles, ni suivre leurs produits. C?est le Delivery Duty Unpaid (DDU) qui marche : l?usine qui exporte doit payer tous les coûts de transport et supporter tous les risques jusqu?à la livraison au client. Pour accrocher un client, il faut passer le DDU. Toutes les usines mauriciennes sont contraintes à cela ; la preuve : 99 % de ceux qui travaillent avec nous le font. Ceux qui ne le font pas fermeront leurs portes bientôt et vous verrez la liste.
● <B>Que faites-vous de différent de ceux qui étaient dans l?activité ?</B>
Mon avantage sur les autres, c?est ma meilleure connaissance du métier due à mes expériences. Nous faisons un travail de broker auprès des compagnies maritimes, et des compagnies aériennes, puis nous optons pour les meilleures offres. Un acheteur européen qui vient à Maurice voir un de nos clients et trouve que le prix est cher. Nous lui proposons de le livrer en DDU à un prix plus compétitif qu?il n?aurait pas obtenu s?il devait s?occuper lui-même du transport. Et nous lui livrerons juste au moment où il en aura besoin.
<I>Propos recueillis par </I> <B>Fidèle HONVOU</B>
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