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Khartoum face à la pression américaine

3 juillet 2004, 20:00

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Le gouvernement soudanais se serait volontiers passé de cette aide et de ces conseils. Premier secrétaire d?État américain à se rendre dans le pays depuis Cyrus Vance en 1978, Colin Powell est arrivé au Soudan pour deux jours consacrés à la résolution de la crise au Darfour.

Dans l?ouest du Soudan, la répression de la population par les miliciens « djanjawids » progouvernementaux, en réponse à l?insurrection armée depuis février 2003, a fait 10 000 morts, un million de déplacés et menace de provoquer une catastrophe humanitaire. Pendant son séjour, Colin Powell doit rencontrer des représentants du gouvernement, des membres des organisations humanitaires et de la commission de cessez-le-feu, encore embryonnaire.

Il compte surtout faire pression sur le gouvernement soudanais pour que le désarmement des janjawids, annoncé récemment par le président Omar Al-Bachir, devienne effectif et que le Darfour, coupé du monde depuis un an, soit ouvert aux organisations humanitaires. Quitte à brusquer le gouvernement de Khartoum, au nom d?une philosophie ainsi résumée par un responsable américain à l?agence Reuters : « Powell va les regarder dans les yeux et leur dire : « vous allez souffrir si vous n?acceptez pas ce qu?on vous demande, et cela, immédiatement ».

L?urgence explique cette détermination. Avant son départ, Colin Powell s?est dit persuadé que « la situation est si critique qu?il y aurait encore beaucoup de vies perdues en raison des privations dont les gens souffrent aujourd?hui ». Au Soudan, il doit également rencontrer le secrétaire général des Nations unies. Kofi Annan, après avoir menacé Khartoum d?une « intervention internationale », vient superviser les débuts d?une opération humanitaire d?urgence et faire pression, lui aussi, sur le désarmement des « djanjawids ».

Les États-Unis, comme les Nations unies, ont réagi à la situation au Darfour avec retard. Trés engagé dans la résolution de « l?autre » crise soudanaise, la guerre de vingt ans entre Khartoum et la rébellion sudiste, qui est à présent en voie de résolution au cours d?ultimes pourparlers au Kenya, Washington avait d?abord négligé le Darfour, avant de prendre conscience des exactions commises par les milices « djanjawids » appuyées par l?armée régulière. Or, les états-Unis disposent de moyens de pression sur le Soudan.

Un texte, le Sudan Peace Act, prévoit qu?en cas de négociations « de mauvaise foi » des parties soudanaises, des sanctions américaines soient mises en place. Depuis, sept responsables de milices sur lesquels pèsent les charges d?«éventuels crimes de guerre et crimes contre l?humanité » formulées par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l?homme, ont été identifiés par Washington. Des responsables du gouvernement soudanais pourraient également être visés par des sanctions ciblées, alors que Khartoum, en raison de ses efforts pour conclure la paix avec la guérilla sudiste, espère normaliser ses relations avec Washington et engranger les dividendes d?une future paix.

@ 2 004 Le Monde ?

Jean-Philippe Rémy

Distribué par The New York

Times Syndicate

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