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Kerry et Bush : le premier duel

1 octobre 2004, 20:00

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Le président américain sortant George Bush et son rival démocrate John Kerry ont confronté jeudi sans concessions leurs vues sur le dossier irakien, le sénateur accusant Bush d?avoir commis une «erreur de jugement colossale» tandis que ce dernier déclarait le monde plus sûr sans Saddam Hussein.

Ce débat télévisé, consacré à la politique étrangère, matérialisait la dernière ligne droite de la campagne pour la présidentielle du 2 novembre, Bush disposant selon de récents sondages d?une légère mais solide avance sur Kerry.

Dès la première question posée par le modérateur, le sénateur du Massachusetts a ouvert les hostilités pour imprimer sa marque au premier des trois duels télévisés programmés sur deux semaines.

Il a reproché à Bush son empressement à entrer en guerre en Irak et à se détourner de la lutte contre Al Qaïda et de la traque d?Oussama ben Laden, en déclarant notamment que «l?Irak se trouvait bien loin de l?épicentre de la guerre contre le terrorisme avant que le président ne décide de l?envahir».

S?il est important d?être fort, et résolu, «il faut aussi être intelligent», a-t-il ajouté.

«Je suis au regret de dire que ce président a fait une erreur de jugement colossale, et la capacité de jugement est indispensable pour un président des Etats-Unis d?Amérique», a déclaré le sénateur du Massachusetts.

Bush, qui d?après les sondages est crédité d?un léger avantage dans les intentions de vote à cinq semaines du scrutin, a présenté sa décision d?entrer en guerre comme une mesure incontournable pour affronter une menace qui s?était fait jour dans le monde de l?après-11 septembre.

Il a ajouté que Kerry disposait des mêmes informations que lui concernant la présence présumée d?armes de destruction massive en Irak, et que, concernant Ben Laden, ce dernier se retrouvait aujourd?hui isolé. Il a accusé Kerry de «brouiller les messages» en changeant d?avis sur l?Irak.

«Je ne vois pas comment vous pouvez mener ce pays à la victoire en Irak si vous dites ?mauvaise guerre au mauvais endroit?. Quel message cela adresse-t-il à nos troupes ? Quel message cela adresse-t-il à nos alliés ? Quel message cela adresse-t-il aux Irakiens ? Non, la meilleure façon de gagner est d?être constant et résolu», a déclaré Bush.

UN VISAGE PLUS HUMAIN

Kerry a immédiatement rétorqué: «Oui, nous devons être constants et résolus, et je le suis, et je réussirai pour ces troupes qui se trouvent maintenant en Irak. Nous devons réussir. Nous ne pouvons pas laisser l?Irak échouer. Mais cela ne signifie pas pour autant que ce n?était pas une erreur de jugement d?aller là-bas et de détourner notre attention d?Oussama ben Laden.»

Ce débat de 90 minutes organisé à l?université de Miami devait être suivi à la télévision par 50 à 60 millions de personnes, et a fourni aux Américains un premier aperçu des divergences entre les deux candidats qui n?émane pas de leurs déclarations respectives ou de spots publicitaires.

Traditionnellement, les audiences sont moindres pour les débats suivants, le prochain étant prévu vendredi prochain à St Louis, dans le Missouri.

L?équipe de campagne de Bush estimait avant le débat que si ce dernier se révélait neutre - pas plus favorable au président qu?à Kerry - son candidat en sortirait renforcé.

Quant à l?entourage de Kerry, il espérait voir son candidat montrer un visage plus humain qui lui permettrait de s?attirer davantage la sympathie des électeurs et d?être perçu comme une alternative possible au chef de l?Etat sortant - une mutation essentielle.

Après le débat, les deux camps ont exprimé leur satisfaction, et un mini-sondage CNN mené auprès de téléspectateurs créditait Kerry de 53 % d?opinions favorables contre 47% pour Bush.

«Je me suis bien amusé à parler, là-bas, de ce que en quoi je crois», a déclaré Bush lors d?un rassemblement organisé après le duel. Kerry a pour sa part déclaré à ses partisans, qu?il a rencontré en ville après le débat, «que cela valait la peine de regarder». «Et croyez-moi, ça valait la peine d?y être», a-t-il ajouté.

Ce débat consacré à la politique étrangère intervenait dans un contexte de violences accrues en Irak semblant contredire les assurances de Bush quant aux progrès effectués dans le pays.

«En Irak, il ne fait aucun doute que (la situation) est difficile. C?est très dur. Vous savez pourquoi ? Parce que l?ennemi comprend ce qui est en jeu», a-t-il dit. «La seule chose cohérente qui se dégage des prises de position de mon rival est son incohérence. Il change d?avis. On ne peut pas changer d?avis si on veut gagner la guerre contre le terrorisme», a-t-il ajouté.

«Les gens savent quelle est ma position. Les gens qui nous écoutent savent ce que je pense.» Kerry a reconnu que sa position sur l?Irak n?avait pas toujours été claire. Il a voté pour l?autorisation du recours à la force en Irak, mais en a critiqué par la suite la conduite. En août, il a déclaré que s?il devait voter à nouveau il se prononcerait en faveur du recours à la force.

«J?ai fait une erreur dans ma façon de me positionner sur la guerre, mais le président a fait une erreur en envahissant l?Irak. N?est-ce pas pire ?», a-t-il lancé. «Je pense qu?il nous faut un président qui ait la crédibilité suffisante pour ramener ses alliés à la table (des négociations) et faire le nécessaire à cet effet pour que l?Amérique ne fasse pas cela toute seule.»

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