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Kaya, l?authentique mauricien...

20 février 2005, 20:00

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Le 21 février 1999, le chanteur Kaya est retrouvé mort dans une cellule à Alcatraz, prison de haute sécurité. Il était en détention provisoire sous une accusation de consommation de gandia en public.

Très populaire, ce chanteur charismatique, originaire de Roche-Bois, avait des fans aux quatre coins de Maurice et du sud-ouest de l?océan Indien. Lorsqu?ils apprennent sa mort, les gens sont choqués. La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Sa famille découvre des marques sur son corps. La tension monte. Les gens, ses fans, le public, veulent savoir pourquoi leur chanteur préféré est mort en prison.

La colère gronde, plus particulièrement à Roche-Bois où elle devient plus violente. Dans la soirée du 21 février, l?autoroute du Nord est prise d?assaut. Les émeutes de février 1999 ont commencé? Elles dureront quatre jours, toucheront les villes, donneront lieu à de nombreux dérapages et des scènes de pillage. Elles feront aussi trois morts parmi les manifestants et un policier succombera à une crise cardiaque.

Les premiers signes d?apaisement n?interviendront que le 24 février, le jour des funérailles de Kaya, à Roche-Bois. Des funérailles dans la tradition rastafarienne puisque Kaya était un adepte de ce mouvement. Le cardinal Jean Margéot, grand prélat de l?église catholique de Maurice est présent.

Malgré le fait que Maurice soit encore paralysée, des gens affluent de partout. Ils sont plusieurs milliers à se masser sur le stade de Roche-Bois où le corps est exposé puis à l?église catholique où une cérémonie a lieu. Pour la première fois, des banderoles rastas ornent l?autel. On chante No Woman no cry, de Bob Marley. L?émotion est intense.

Prophète ou martyr ? Kaya n?avait-il pas prédit dans une de ses chansons ce qui allait se passer ? ?Guet beze ki pou arive, tou dimounn pou pli revolte?? Militant, il avait participé, avec d?autres à une mouvance pour la dépénalisation du gandia depuis 1998, une locomotive récupérée politiquement. C?est d?ailleurs à l?issue d?un concert pour la dépénalisation qu?il a été arrêté.

Porte-parole de nombreux Mauriciens d?origine africaine, marginalisés, mais aussi de jeunes en quête identitaire, il se faisait le champion de la réconciliation des races. Dans Ki to ete, il lance : ?Hindous, Chinois, Africains, Blancs, tout le monde vit à Maurice.? Son destin aura croisé celui de Bob Marley, lui aussi porte-parole des minorités, sorte de libérateur des pensées, fortement marqué politiquement, dans son pays d?origine, la Jamaïque.

Kaya, de son vrai nom Joseph Réginald Topize, est né le 10 août 1960, à Camp-Zoulou, un quartier de Roche-Bois bordé de piquants ?raket?. Enfant, il connaît la misère noire et commence à travailler très tôt. A la fin des années 1970, il s?intéresse de près à la musique, puis à partir des années 1980, il découvre le rastafarisme et Bob Marley. Il fonde le groupe Racinetatane. En 1989, le groupe sort son premier album, Seggae nou lamizik. C?est un énorme succès, peut-être l?un des plus importants de la scène musicale mauricienne. Ce succès fait de Kaya le roi du seggae.

Défenseur du mauricianisme

Son neuf, alliant la subtilité du reggae avec la force du séga, le seggae est un métissage musical porteur d?idées nouvelles et fortes. Au début des années 1990, le seggae devient surtout une affirmation identitaire basée sur la fusion dans une île multiethnique. Les descendants d?Africains mais aussi plus largement les Créoles et tous les Mauriciens d?origine ou d?aspiration métisse, ont reconnu en lui une figure emblématique qui a su dire leurs malaises, leurs revendications, leurs espoirs, leurs colères.

La force de ses textes et la beauté de ses mélodies a fait le reste. Car Kaya est aussi, à ce jour, l?un des plus importants songwriters de l?histoire de la musique mauricienne. Catégorisé à tort comme le porte-parole exclusif des descendants d?Africains, voire des Rastafariens, il était surtout le défenseur d?un vrai mauricianisme.

S?il est vrai qu?il a chanté ?Mo pep to rasinn pe brile? (longtemps un hymne pour les descendants d?Africains), il s?est aussi empressé d?ajouter ?Morisien to rasinn pe brile.? Et même s?il scandait à tout de champ le nom de Jah, il se voulait aussi universel, lorsqu?il évoquait le Simin la limier.

Il chantait son île, ?Mo ti zil?, sans considérer la couleur, la religion. Il fustigeait la politique, battait en brèche les slogans, celui du ?malaise créole? ou d??un seul peuple, une seule nation.? Lorsqu?il parlait de l?esclavage, c?était pour faire tomber les chaînes qui emprisonnaient les mentalités. ?Ase lipokrisi, moi mo sant se ki monn tande??

Au plus fort de sa notoriété, Kaya attirait 20 000 personnes, dans les stades. Véritable phénomène de société, il brassait des foules de jeunes de toutes origines sociales et ethniques. Il a sorti huit albums à Maurice et à la Réunion où il est également une légende. Mais six ans après sa mort, il ne reste malheureusement plus grand-chose du seggae. Peu de ces albums sont disponibles chez les disquaires mauriciens. Y a-t-il une volonté d?oubli ? ?Morisien to rasinn pe brile??

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