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Karzaï dans la tourmente

14 août 2004, 20:00

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Dix-huit candidats ont été retenus pour participer à la première élection présidentielle de l'histoire de l'Afghanistan, le 9 octobre 2004, dont le président sortant, Hamid Karzaï, et son ancien ministre de l'éducation, Yunus Qanouni.

Outre Hamid Karzaï et le Tadjik Yunus Qanouni, son principal adversaire, la liste définitive comprend le général ouzbek Abdul Rachid Dostom, un des plus puissants chefs de guerre d'Afghanistan, un leader de la milice du Hezb-i Wahdat, le chiite hazara Mohammed Mohaqeek, ou encore le poète laïc Abdul Latif Pedram. La seule femme en lice est Massouda Jalal.

Vingt-trois candidatures avaient été officiellement enregistrées fin juillet. Cette liste, « provisoire » devait encore être passée au peigne fin pour vérifier si les postulants respectaient les exigences de la nouvelle Constitution du pays. La commission a précisé qu'elle avait écarté dès le 2 août trois candidats qui ne remplissaient pas les conditions imposées. Deux autres candidats lui ont fait savoir, le 9 août, qu'ils se retiraient de la course.

La commission, constituée de représentants afghans et des Nations unies, encourage les Afghans à s'intéresser de près à l'élection et aux parcours des différents candidats. « Nous croyons que les électeurs vont démontrer leur sagesse le jour de l'élection et nous les encourageons à s'informer d'eux-mêmes sur le passé des candidats, leurs propositions et leur personnalité.»

Le président sortant, Hamid Karzaï, se présente comme candidat indépendant, avec comme colistiers aux postes de vice-présidents Ahmed Zia Massoud, frère du héros de la résistance antisoviétique Ahmed Chah Massoud, et Karim Khalili, leader du principal parti représentant la minorité chiite hazara.

<B>es concurrents sérieux</B>

Il devra surtout affronter Yunus Qanouni, qui a obtenu le soutien officiel du puissant ministre de la Défense et principal chef militaire de l'Alliance du Nord, Mohammed Qasim Fahim, et du ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah. Cette coalition dirigée contre Karzaï pourrait par ailleurs s'élargir dans les jours qui viennent, alors que d'intenses négociations sont toujours en cours entre chefs de guerre pour s'unir contre lui.

Abdul Latif Pedram, qui brigue aussi la présidence, affirme que ces négociations pourraient amener certains candidats à se ranger derrière un seul postulant. La loi exigeait que les candidats démissionnent de leurs fonctions au sein du gouvernement ou de l?État, à l?exception du président. Les candidats ne doivent pas défendre « d?objectifs contraires à l?islam et à la Constitution », ne doivent pas « inciter aux discriminations » et ne peuvent pas être « soutenus par une organisation militaire non officielle » ou par des fonds venus de l?étranger.

Pendant la campagne officielle, qui démarrera le 7 septembre, certains devront répondre de leur passé et de leur présent. Sans citer de nom, la commission souligne que personne ne pouvait être déclaré « coupable sans avoir eu l?occasion de se défendre devant la justice ». Elle répond ainsi indirectement aux critiques qui s?indignaient face à la candidature de M. Dostom, dont les miliciens auraient pillé, violé et tué des milliers de kaboulis pendant la guerre civile qui a fait rage dans le pays entre 1992 et 1996.

Par ailleurs, la commission souligne qu?elle avait reçu de nombreuses objections contre la candidature de trois personnes, disposant de larges milices privées, et que ces trois candidats avaient accepté de placer ces miliciens sous les ordres d?officiers de l?armée régulière. Selon des sources proches de la commission, ces trois personnes seraient Mohammed Mohaqeek, Abdul Rachid Dostom et Karim Khalili, colistier du président Karzaï.

Hamid Karzaï, qui jouit du soutien de Washington et de la communauté internationale, ne s?est jamais imposé face aux chefs de guerre qui règnent encore sur une grande partie du pays.

Président « intérimaire » dès décembre 2001, il a été investi le 19 juin 2002 par la Loya Jirga (grand conseil de chefs tribaux) à la tête de l?administration transitoire chargée de mener le pays jusqu?aux élections. L?Afghanistan qu?il a retrouvé, après sept ans d?exil au Pakistan, était ravagé par plus de deux décennies de guerre, fragmenté, instable, miséreux et illettré.

Il s?est attelé à ces dossiers avec un succès inégal, et a échappé de justesse à deux tentatives d?assassinat. En septembre 2002, une balle a ainsi frôlé son visage alors qu?il voyageait dans sa province natale de Kandahar, au sud du pays.

L?homme au caftan vert et doré vient d?une famille où le pouvoir s?est transmis de génération en génération. Pachtoune du clan des Popalzai, il entretien des liens étroits avec les tribus du sud et du sud-est du pays, où cette ethnie (environ 40 % de la population totale de l?Afghanistan) est majoritaire.

Lorsque l?Union soviétique envahit l?Afghanistan, il part en exil au Pakistan et revient en 1992 pour devenir ministre des Affaires étrangères du gouvernement formé par le président Burhanuddin Rabbani. Deux ans plus tard, accusé de fomenter un coup d?État, il reprend le chemin du Pakistan. En 1996, il salue l?arrivée du régime fondamentaliste taliban, dont les Pachtounes constituaient le fer de lance. Mais ses liens avec les « étudiants en religion », sont rompus après l?assassinat de son père à Quetta en 1999, vraisemblablement sur ordre des talibans.

<B>Une administration chaotique</B>

Trois ans après la chute des talibans, le bilan de Hamid Karzaï est mitigé. Absorbé par les affrontements entre chefs de guerre, il n?a pas mis en place les structures qui auraient pu donner naissance à un véritable État afghan : des centres pour former les fonctionnaires, les magistrats et les enseignants. Pour les investisseurs, la réforme de l?économie est également trop lente : les infrastructures, notamment énergétiques, restent très déficientes et l?administration est relativement chaotique.

Surnommé le « maire de Kaboul » par ses détracteurs, Hamid Karzaï est le plus connu des candidats et reste le favori du scrutin. Il devra néanmoins affronter des candidats de poids, tels que son ex-ministre de l?Éducation Yunus Qanouni ou le chef de guerre Abdul Rachid Dostom. Une concurrence qui serait susffisante pour envisager un second tour.

@ 2 004 Le Monde ? AFP

Distribué par The New York Times Syndicate

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