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Karo-Kaliptis né d?une envie de bonheur

15 janvier 2005, 00:00

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Un havre de paix. Tel était Karo-Kaliptis, avant. De la verdure, des eucalyptus par milliers qui bordaient un ruisseau. Les habitants de la localité se souviennent de ces sept arpents de terre couverts d?arbres. Ils appartenaient «a enn blan» affirme Robison Marianne. Venant de Rodrigues, il s?est installé à proximité de Karo-Kaliptis en 1965.

Angèle, qui a grandi à la lisière de cette mini forêt, se souvient des heures interminables qu?elle passait à jouer dans les eucalyptus. Non sans danger cependant : «Cette forêt d?eucalyptus était toujours fréquentée par des drogués. Ils venaient s?y piquer», raconte-t-elle. Mais aucun incident n?est déploré et le quartier vit et laisse vivre ses «visiteurs» jusqu?en 1996.

Les habitants allaient donner naissance à ce que beaucoup qualifient aujourd?hui de quartier dangereux en cherchant à améliorer leur bonheur et leur environnement.

Georges Christophe, du Mouvement bien-être Batterie-Cassée, raconte. «En 1996, nous avons appris que les sept arpents ont été achetés par la National Housing Development Company pour la construction d?appartements. Comme nous vivions dans une forêt de béton, entourée de cités ouvrières, nous avons protesté et demandé qu?un espace vert et un complexe sportif pour les jeunes soient aménagés sur les lieux. Nous avons pris les devants. Un beau jour de cette année-là, nous avons vu un bulldozer travailler dans la localité. Nous avons demandé au chauffeur de nous rendre un service et de raser une partie des eucalyptus pour l?aménagement d?un terrain de foot. Le chauffeur a accepté et en quelques heures, nous avions une clairière.»

Les travailleurs sociaux de la localité n?ont pas le temps d?aménager leur terrain de foot. Ils sont pris de court par des squatters. «Les travailleurs sociaux n?avaient pas réalisé qu?en bordure de ce Karo-Kaliptis se trouvaient déjà des familles venant de Rodrigues et qui vivaient dans des taudis sans eau ni électricité. Ce camp existe toujours et s?appelle Enba la Rivier.»

Ce ne sont cependant pas ceux d?Enba la Rivier qui squattent la clairière. Leurs parents et des connaissances s?y installent, vite rejoints par des Mauriciens.

Une prise électrique pour quinze

Roselyne (nom fictif) figure parmi les premiers habitants de Karo-Kaliptis en 1996. Elle y vit toujours et témoigne. «J?ai quitté Rodrigues en 1993 avec trois de mes enfants et mon mari. Ce dernier avait perdu son emploi et nous avions vendu tout notre cheptel pour lancer un business qui n?a pas marché. A Maurice, il avait trouvé un emploi et nous vivions misérablement dans une maison qui coulait comme une passoire à chaque pluie. En 1996, j?ai entendu parler de Karo-Kaliptis et j?ai pris des renseignements. J?ai appris que c?était un terrain du gouvernement. Mon mari et moi y avons construit une cabane en tôle. Il n?y avait alors que trois autres cabanes sur ce terrain. Mais pas de délinquance.»

Elle poursuit. «Une personne qui habitait à la lisière de Karo-Kaliptis nous a donné de l?eau gratuitement pendant trois ans. Plus tard, il a fait installer un compteur d?électricité chez lui pour alimenter ma cabane. Avec cette prise, j?ai fourni de l?électricité à 15 autres personnes qui se sont installées par la suite».

De fait, le nombre de squatters sur ce terrain croît rapidement, alors que les forces vives de la région, dont le Mouvement bien-être Batterie-Cassée luttent désespérément pour faire évacuer ces occupants et y construire leur complexe sportif.

«Beaucoup de squatters n?avaient pas de toilettes, faisaient leurs besoins dans les buissons, puisaient l?eau de la rivière et se baignaient tout nus et sans gêne dans la cour. Au point où une dame dont la maison domine Karo-Kaliptis déclarait que ses parents ne pouvaient plus regarder dans la direction de ce squat», affirme Georges Christophe.

Il obtient ? ou croit obtenir - une première victoire en 1997, quand le gouvernement travailliste accepte d?octroyer à son mouvement quatre des sept arpents de Karo-Kaliptis pour la construction d?un complexe sportif.

«Following representations made by the Mouvement bien-être Batterie-Cassée, Governement has agreed to make available some four acres of land for the construction of an integrated sport complex at Camp eucalyptus, Batterie-Cassée in order to improve leisure facilities for the use of the area», lit-on à l?item 9 du communiqué du Conseil des ministres du 15 août 1997.

Mais il n?y a point eu de complexe sportif. Satish Faugoo, élu à la partielle de Flacq-Bon-Accueil en avril 1998, va dans une direction contraire aux attentes du Mouvement bien-être Batterie-Cassée. Il donne le feu vert pour que la Central Water Authority fournisse les squatters en eau courante.

L?électricité suit. La ministre de la Femme d?alors, Indira Thacoor-Sidaya fait construire, au milieu des taudis, un centre en tôle équipé de machines à coudre pour les femmes de Karo-Kaliptis.

Des familles relogées

Les habitants de la localité se rendent alors compte qu?ils devront vivre encore longtemps avec squatters. Et la situation empire avec l?arrivée de nouveaux occupants. Ils atteignent le nombre 150.

«La politique s?est trop mêlée de Karo-Kaliptis. Beaucoup de familles mauriciennes se sont installées dans le coin sous l?instigation des hommes politiques ou de leurs agents», affirme le père Filip Fanchette, curé de la paroisse de Roche-Bois. Il suit la situation de Karo-Kaliptis depuis 1997. Il y célèbre une messe au moins une fois par mois dans le centre qu?a fait construire Indira Thacoor-Sidaya.

En 2001, Karo-Kaliptis comptait 142 familles, selon un relevé effectué par le Trust fund for social integration of vulnerable groups que préside Darma Mootien. Il affirme que 54 de ces familles ont été relogées l?année dernière. Une quarantaine pourra être relogée cette année.

D?autres ont exprimé le désir de retourner à Rodrigues. Le trust fund a donc entamé des négociations avec les autorités rodriguaises pour le leur permettre.

Karo-Kaliptis ne pourra pas pour autant être rasé. «Environ 25 familles s?y trouvent. Elles n?ont aucun moyen d?être relogées, car les personnes qui sont relogées ont l?argent pour rembourser l?appartement que l?on met à leur disposition ou pour construire sur le terrain qu?on leur donne», explique Darma Mootien.

Parmi les familles qui vivent à Karo-Kaliptis, au moins une dizaine seraient des têtes brûlées, prêtes à tout, avance un travailleur social. «Zot kapav fer ninport koi. Zot pik ou, zot coup ou, zot kokin ou. Facter ek meter reader finn gaign bate ladan, finn kokin tou sa ki zot tiena, zot la senn, portab ek larzan. Ale diman la polis Abercrombie e zot ava racont ou», dit Georges Christophe qui habite à une cinquantaine de mètres de Karo-Kaliptis.

La situation a empiré avec l?arrivée de certaines personnes qui utilisent l?endroit comme «base» pour s?attaquer aux motocyclistes et aux automobilistes sur l?autoroute du Nord. Ils s?y réunissent tous les après-midi pour partager leurs butins et s?injecter leur drogue, confie le père Filip Fanchette. Il affirme que tous les détrousseurs qui ont été arrêtés ces deniers temps à Karo-Kaliptis ne sont pas des habitants de ce camp.

De surcroît, les drogués sont parfois très nerveux et ont un comportement irascible et imprévisible. Conséquence: Karo-Kaliptis est une chaudière, prête à exploser. Les habitants de la localité conseillent toujours à ceux qui veulent entrer à Karo-Kaliptis de ne pas s?y aventurer, sauf s?ils sont accompagnés par certaines personnes.

Karo-Kaliptis sera pour longtemps encore l?antre des drogués, dealers, prostituées, pickpockets, violeurs et voleurs de tout acabit, qu?ils soient Rodriguais ou Mauriciens. Au grand dam de certains habitants. A moins que les autorités décident d?agir sévèrement et stratégiquement pour y mettre de l?ordre.

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