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Kalyanee juggoo-Virahsawmy La bonne fée du numéro 4 !

23 juillet 2005, 00:00

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Le téléphone sonne sans arrêt au domicile de Kalyanee Juggoo-Virahsawmy à Vallée- des-Prêtres. Tantôt, ce sont ses contacts établis au sein de sa circonscription qui la sollicitent. Tantôt, il s?agit d?interlocuteurs étrangers. Probablement des Indiens puisque l?anglais qu?elle emploie pour leur répondre se teinte alors de cet accent si propre aux ressortissants de la Grande Péninsule, rappelant par là-même qu?elle a travaillé pendant des années à la Haute Commission Indienne.

Et ces appels incessants ne sont qu?un aperçu de son lot quotidien. Ses proches confient que depuis l?an 2000, les gens défilent devant sa porte dès sept heures et ce, jusqu?à tard dans l?après-midi. Si depuis peu, elle a instauré un système pour recevoir basé sur la présentation de cartes numérotées, c?est toujours avec la même disponibilité et affabilité qu?elle répond à ces exigences.

Tout en réussissant malgré tout à être toujours bien mise, le cheveu impeccablement lissé et le maquillage parfait. Son secret ? «Il y a un temps pour chaque chose. Je me lève à cinq heures du matin pour faire du yoga, méditer et prendre soin de moi. Et puis, place aux mandants. Kan tonn rant dan sega, to bisin danse», ajoute-t-elle avec un brin d?espièglerie.

C?est feu Bhagat son père qui lui communique ce sens du partage et du service. Ce garagiste peu lettré mais qui possède un redoutable sens des affaires, croit dans ces vertus. Kalyanee qui ne le quitte pas d?une semelle, capte tout. Ainsi, à sept-huit ans, elle insiste pour organiser l?anniversaire de ses poupées, histoire de convier à goûter les enfants défavorisés du quartier. Elle baigne aussi dans l?activisme de son père qui est épris par les valeurs du travaillisme propagées par feu sir Seewoosagur Ramgoolam.

Se distraire en travaillant

Kalyanee apprécie les études. Elle effectue sa scolarité secondaire au Queen Elisabeth College, optant pour les matières scientifiques. à la suite d?une proposition d?emploi prestigieuse, son père décide d?émigrer au Bostwana. Il embarque sa femme et leur file aînée. Comme Kalyanee et son frère sont encore à l?école, ils sont laissés sur la touche, devant vivre avec leur grand-mère paternelle. La jeune fille qui a un caractère bien à elle, ne l?entend pas de cette oreille. Elle rejoint ses parents six mois plus tard.

Elle complète sa scolarité secondaire à Gaborone, tout en enseignant le français au primaire et au secondaire pendant ses vacances. Vu son excellent niveau de français, elle est choisie comme examinatrice à l?oral de français pour l?université de Cambridge. Elle donne aussi des cours d?économie domestique et prend un cours en psychologie de l?enfant à l?université du Bostwana. Son diplôme obtenu, elle convertit le garage familial en école maternelle, intégrant des enfants handicapés physiques et mentaux aux enfants normaux.

Pour meubler ses longues soirées, Kalyanee qui veut avoir un maximum de connaissances, suit une panoplie de cours dont l?un par correspondance avec l?université d?Afrique du Sud dans le but d?obtenir un Bachelor of Commerce. Une fois ce diplôme obtenu, elle fonde et administre une garderie et une école maternelle, employant du personnel qualifié. En parallèle, elle monte son entreprise de consultante en business, fournissant plusieurs services aux personnes voulant faire des affaires au Botswana, dont l?enregistrement des entreprises et les démarches pour l?obtention des permis de travail et de résidence.

Kalyanee tâte aussi de la négociation commerciale. L?argent que toutes ses activités lui rapportent ne constitue pas sa motivation première. «Je voulais me faire un nom avant tout. Et comme il manquait de divertissements dans ce pays, je m?occupais comme je pouvais en travaillant». Quand son père prend sa retraite et décide de regagner Maurice, Kalyanee a sa vie si bien organisée que l?idée de le suivre ne l?effleure même pas. Il doit ruser et lui faire croire qu?il est à l?article de la mort pour qu?elle rentre au pays quelques mois plus tard. L?euphorie du retour passé, elle cherche un emploi.

C?est en répondant à une application par boîte postale qu?elle est embauchée comme assistante commerciale à la Haute Commission Indienne où elle gravit les échelons pour occuper des années plus tard le poste de Trade Promotion Officer. Elle est responsable des investissements indiens à Maurice, des disputes commerciales qui peuvent en découler, de même que de la lecture des comptes rendus politiques et commerciaux de la presse écrite.

Bien que son père l?incite à faire de la politique, Kalyanee préfère s?en tenir au travail social, notamment en apportant des oranges aux malades du quartier, rendant visite aux personnes âgées qui vivent seules. C?est en collaborant à la publication «La Confiance», animée par l?économiste Raj Virahsawmy, qu?elle finit par épouser ce dernier. Un terrible accident de la route détruit leur bonheur, emportant leur fille unique. Kalyanee comble la douleur et le vide en se jetant à corps perdu dans le travail social et la conscientisation pour l?émancipation des femmes.

Elle décide de se rapprocher du monde politique, ne ratant aucun meeting du Parti travailliste. En l?an 2000, elle se voit offrir un ticket au sein de ce parti dans la circonscription n°7. Le pari est audacieux car elle a pour adversaire sir Anerood Jugnauth, le Premier ministre sortant. Kalyanee accepte de relever le défi, pour se faire un nom, tout en se sachant battue d?avance.

Investir dans l?humain

Elle obtient toutefois un score honorable avec 10 700 voix. Elle reprend son emploi à la Haute Commission Indienne, d?où elle est suspendue sans motif quelques années plus tard. Elle perçoit tout de même les indemnités qui lui sont dues. Depuis, tout en travaillant comme consultante free-lance en business , elle n?a eu de cesse d?aider les femmes et plus généralement les habitants de sa circonscription à améliorer leur qualité de vie, en leur dispensant divers cours, dont de tai-chi, de yoga, de réflexologie, et d?aromathérapie qu?elle a appris lors de vacances au Canada.

Les fameux bureaux baptisés Constituency Labour Party lui permettent de consolider ses assises auprès des habitants de la circonscription n°4. Elle décide d?occuper le terrain «pouce par pouce, sans toutefois tenir de registre sur l?identité des gens que j?ai aidés».

Cet investissement dans l?humain a porté ses fruits le 3 juillet dernier. Kalyanee est déterminée à continuer d?aider ses mandants mais «sur la base de la méritocratie», précise-t-elle. Pour elle, être nommée Deputy chief whip est tout aussi bien que si elle avait été nommée ministre. «Au moins là, je peux continuer à être à l?écoute de mes mandants». C?est ce qu?on appelle kontan fer lepep kontan?

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