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K. Coonjan : des armes au domicile de militants
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K. Coonjan : des armes au domicile de militants
Krishnalall Coonjan tient décidément la vedette en cette mi-mars 1980. Prenant la parole à Saint-Pierre, lors d?un congrès travailliste, il accuse véhémentement des membres de son ancien parti de détenir à domicile des armes sophistiquées. On rapporte que Seewoosagur Ramgoolam et les autres ministres présents en sont restés bouche bée, avant de se demander ce qu?il adviendrait si l?ancien parti de cet orateur s?empare un jour du pouvoir.
L?étonnement de la hiérarchie travailliste peut surprendre, avec le recul d?un quart de siècle. L?on se serait attendu à ce que, dans la mesure où il estimait crédible la grave allégation du néophyte Coonjan, le Premier ministre aurait ordonné à sa police de perquisitionner sur-le-champ le domicile des politiciens ainsi accusés et que ceux-ci auraient été au besoin sanctionnés. Attendons voir s?il y a eu une réaction officielle de ce genre ou si l?état-major travailliste était bien placé pour savoir qu?il ne s?agissait que d?un effet de manche d?un ancien militant, privé de parole au sein de son ex-parti, et trop heureux de pouvoir monter sur une caisse de savon travailliste pour déverser sa bile sur d?anciens compagnons.
Que se passera-t-il si le MMM parvient au pouvoir ? Rien ou presque, hormis quelques chasses aux sorcières ici et là. Et nous savons que les sorcières portent mofine à leurs chasseurs. Nous en voulons pour preuve la MBC qui ne se remet pas, aujourd?hui encore, du triste limogeage de Jean Delaître. Que se passa-t-il, en fait, après la prise du pouvoir par le MMM ? Seewoosagur Ramgoolam, Ringadoo et Harish Boodhoo s?empressent de faire alliance avec Anerood Jugnauth contre Paul Bérenger et, au cours d?un dîner à River Walk, est plus tard scellée une alliance entre Navin Ramgoolam et Paul Bérenger pour détrôner Anerood Jugnauth après 13 ans de règne. Ailleurs, cela s?appelle une alternance démocratique du pouvoir. Coonjan, qui prétend s?y connaître, met en garde la population de Maurice contre tout mouvement de déstabilisation. La petite histoire retiendra aussi que cet élu est un des premiers députés du cru 1976 à avoir réclamé, par voie de motion parlementaire, qu?il ne soit plus permis à un député de changer de bord politique, en cours de mandat.
Lors de ce congrès, Seewoosagur Ramgoolam s?en prend de nouveau à des journaux locaux mais en des termes moins virulents que lors de son message à la nation, le 12 mars 1980. Il les avait alors carrément accusés d?être des entreprises de démolition des activités gouvernementales, comme si elles ne se décrédibilisent pas souvent par elles-mêmes, en raison de la pesanteur administrative et les arrière-pensées politiques, les rendant, sinon impopulaires, du moins suspectes aux yeux de certains.
Voilà donc une section de la presse de nouveau fustigée, vilipendée, dénoncée, sous prétexte qu?elle fait preuve d?irresponsabilité aux yeux de dirigeants politiques, se prétendant volontiers irréprochables. Enième tir à boulets rouges contre les journaux anti-suffrage universel, anti-indépendance, pro-secteur privé, pro-capitalistes et même ?pro-mulâtres?. Fait nouveau : cette presse mais aussi Harish Boodhoo seraient la cause principale de la dévaluation du 24 octobre 1979. Leur crime est d?avoir soutenu la résistance contre les mesures fiscales que Ringadoo voulait nous imposer en juin 1979 et d?être ainsi responsables d?un manque à gagner de Rs 250 millions sur les revenus escomptés. On ne craint même pas la contradiction flagrante. On souligne dans le même souffle, par exemple, que Maurice n?est pas le seul pays à avoir dévalué sa monnaie, en 1979, en raison de la conjoncture économique internationale. Il faudrait savoir si la dévaluation est ou non une décision positive, voulue ou non par Port-Louis, imposée ou non par le Fonds monétaire international.
Le PTr se plaint aussi que la presse honnie par elle n?a pas l?humilité voulue pour reconnaître ses erreurs. Ses mises au point sont publiées dans des coins obscurs. Nul besoin, dans ce cas, de rédiger des corrigenda que nul ne lira. Faut-il encore pouvoir rédiger des mises au point crédibles.
Le PTr n?est d?ailleurs pas le seul parti à avoir en horreur certains journaux. Lors d?un congrès mauve au cinéma Milan aux Quatre-Bornes, Paul Bérenger ne décolère pas sous prétexte qu?un quotidien ose publier que le ministre Razack Peeroo achète un billet avion de classe économique pour respecter les consignes d?austérité. Le professeur Bérenger fait savoir que journalistiquement parlant ce genre d?articles est in-ad-mis-sible.
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