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J?vous jure !
A chaque rentrée parlementaire, j?éprouve de la compassion pour les âmes sensibles qui rédigent fidèlement le Hansard et qui doivent immortaliser les invectives qui fusent de partout.
Ainsi, quel dilemme pour les scribes quand le mot gopia est prononcé pour la première fois dans l?hémicycle ! Devrait-on l?écrire comme je l?ai fait ou adopter le vocable nettement plus belliqueux de gopiah déterrant la h de guerre ?
Même perplexité en ce qui concerne deux écoles irréconciliables, celle en faveur de bachara, plus concis, plus élégant et l?autre défendant résolument batchiara qui, apparemment, décrit avec plus de précision le noble métier de courtier marron.
Je laisse de côté pouritir et vermine, tellement galvaudées qu?elles ne sont plus considérées comme des insultes mais de légères rebuffades, quasiment affectueuses, entre amis. De même, le sempiternel ?tomb deor?, précédé du geste brièvement esquissé d?ôter sa veste, n?offre aucune difficulté de transcription. Il a pour but de susciter l?hilarité des collégiens qui sont invités de temps à autre dans la galerie du public pour l?édification des générations nouvelles.
Je déplore, cependant, que le mot zako soit tombé en désuétude et ait été sommairement gommé. Moi qui me targue d?être descendu du macaque un peu plus vite que les autres, je trouve cette ablation de nos ancêtres si triste qu?elle me transforme un peu en zako sagrin.
J?ai la nostalgie du mot teter si évocateur, si plein du milk of human kindness et sa suppression lors des débats me laisse doublement sevré. J?affectionne particulièrement l?injure pagla, qui a longtemps tenu la vedette, car elle me fait penser à Hemingway, à l?importance d?être Ernest et à son inoubliable Pour qui sonne le pagla qui a connu un grand succès à Maurice. Presque autant que sa recette de quinquina Le vieil homme et l?amer.
J?en viens finalement à l?incontournable moutouk que certains puristes pointilleux écrivent avec un c sans crainte de passer pour des ploucs. Ce mot me fait penser à mon regretté ami, Guy Félix, dont le livre de recettes débutait par celle des moutoucs de mouches jaunes frits. Un jour que j?avais décidé d?expérimenter ce plat et manquant de matières premières, j?ai attaqué un nid de guêpes, une torche fumante à la main. Bravant le péril jaune, j?ai recueilli quelques douzaines de larves avant que leurs parents ne me tombent dessus, me perçant de part en part. Après quoi, n?ayant rien d?un dégonflé, je n?ai eu plus qu?à me faire embaucher comme enflé de camion.
Où sont les finesses d?antan ? Un député, ayant qualifié un collègue de voler poul et sommé par le speaker de retirer ses paroles, les avait promptement remplacées par chapardeur de gallinacés. C?est passé comme un poulet à la poste.
Autre bonne réplique : j?ai lu qu?au siècle dernier, un speaker de la Chambre américaine, complètement chauve, avait essuyé les quolibets d?un adversaire qui lui avait caressé la tête en lui disant : ?It feels like my wife?s bottom?. A quoi le speaker, passant la main sur sa propre tête, avait rétorqué : ?Yes, it does, doesn?t it??
Espérons que cette nouvelle session, grâce à la présence de représentantes du peuple plus nombreuses, verra la disparition de toutes ces grossièretés. Mais il ne faut? jurer de rien.
VOLCY
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