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Jump and fall
Fidèle spectateur depuis sa création, je me réjouis que le concept du Youth Jump Around ait pris une nouvelle dimension régionale et nationale sous l?égide du ministère de la Jeunesse et des Sports. La pugnacité des pionniers du Jump Around est, enfin, reconnue par des autorités éclairées, et le public s?y retrouve en masse comme au premier jour. Une grande idée ne meurt jamais?Inviter la jeunesse mauricienne à s?exprimer, en public, à travers diverses disciplines artistiques ne relève pas du simple divertissement récréatif. Cela procède d?une «culture de l?expression», vecteur essentiel à l?épanouissement personnel, au développement, à la confraternité. Depuis 1993, ces rencontres de la jeunesse mauricienne figurent un singulier dépassement de tous ces clivages qui, trop souvent, engluent les adultes dans une épaisseur sociale réductrice.
Pour s?en convaincre, il suffit d?observer l?enthousiasme général soulevé tant par les prestations ségatières ou bollywoodiennes que le ragga créole, la pop anglo-saxonne ou francophone. Belle leçon d?«interculturalité» donnée spontanément, sans qu?il soit besoin de l?alimenter par quelque conditionnement «cultureux».
Certes, le niveau des performances est inégal, mais le Youth Jump Around a, toujours, favorisé la découverte d?authentiques talents au devenir fort prometteur. Il reste que l?expression artistique et l?exercice sportif n?ont pas le professionnalisme pour finalité première. S?adonner à la musique ou au football est, d?abord, un complément de vie valorisant et formateur. Or, à l?opposé de la pratique sportive à l?Ile Maurice, les artistes «amateurs» n?ont guère l?opportunité de se produire dans des conditions motivantes. Ceux qui choisissent de vivre de leur art ne sont pas mieux lotis. Hors les murs d?une alimentaire et formatée animation hôtelière, musiciens, chanteurs, danseurs ont peu de chance de rencontrer même le public mauricien.
Dès lors, se dresse le constat récurrent de la faillite gestionnaire des salles de spectacle, de l?approche étriquée du fait culturel, de l?inaptitude à estimer l?étendue du potentiel créateur mauricien. Car, il ne s?agit pas, à l?occasion, de singer ces productions étrangères d?élevage en batterie de pseudo-stars biodégradables. Ni d?élever une estrade sur un parvis municipal pour un «show culturel», selon un calendrier annuel convenu immuable, sans aucune perspective exponentielle. Et surtout, à ne pas percevoir que, seule, une politique de formation pertinente aux corps de métier de l?action culturelle et du spectacle répondre à une demande réelle et des besoins grandissants.
Capitaliser sur l?élément le plus turbulent d?une société, à savoir sa créativité artistique, est une preuve de maturité et de volontarisme. Car, ce qui stimule la productivité est, aussi, le sentiment d?appartenance à une culture militante et novatrice. Ce qui séduit l?investissement est l?image attractive qu?une telle culture projette.
L?exemple de la jeunesse du Jump Around doit nous convaincre d?inscrire l?action culturelle et l?expression artistique dans la chair du quotidien. Cela n?est pas qu?une question d?affirmation identitaire, mais de survie.
Patrick PONTGAHET
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