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Jugnauth présente son GM-II et règle ses comptes avec Bérenger

4 avril 2008, 00:00

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Une conférence de presse suit la désignation des nouveaux membres du deuxième gouvernement d?Anerood Jugnauth et leur prestation de serment. Le Premier ministre déclare d?emblée qu?il prendra les sous là où il y en a pour alléger le fardeau des plus pauvres. Il fait savoir au FMI et à la BM que son 2e gouvernement entend honorer tous les engagements pris précédemment. Il fait aussi savoir aux différentes chancelleries étrangères présentes à Maurice qu?il n?y aura aucun changement dans notre politique étrangère.

Il revient sur les événements du mardi 22 mars 1983. Il considère que le comportement parlementaire d?un ministre des Finances comme Paul Bérenger à l?égard du président par intérim de l?Assemblée législative est inacceptable, en raison de sa brutalité. Ajay Daby en est certes le vice-président, en mars 1983, mais en l?absence du président, Alan Ganoo, il jouit de tous les privilèges et prérogatives du président. Ne pas accorder le respect dû à la présidence parlementaire constitue indiscutablement un outrage à Parlement, que le fauteuil présidentiel soit occupé par le titulaire ou par son substitut et même par le président des comités. Pendant l?ajournement de la séance pour le lunch, Jugnauth ne se gêne pas pour dire à Bérenger qu?il trouve que sa conduite à l?égard d?Ajay Daby, sa manière de s?adresser à lui en hurlant, sont proprement inqualifiables. Ses reproches exaspèrent Bérenger qui s?en va en s?écriant : Cela ne peut plus continuer de la sorte.

Jugnauth se montre sévère à l?égard des ministres démissionnaires. Il considère cette démission en bloc injustifiable. Il ne comprend pas comment peuvent-ils trahir de la sorte la confiance que l?électorat du 11 juin 1982 place en eux. Il rappelle que, la veille de la cassure, lors d?un meeting à Sainte-Croix, Bérenger annonce à la foule que tout va bien entre le MMM et le PSM. L?express rend compte de ce meeting, dans sa livraison matinale du 22 mars 1983, et attribue les propos suivants à Paul Bérenger : «ça (la situation au sein du gouvernement) fine calmé et mo souhaite la fin tout banne divisions dans gouvernement». Moins de 24 heures après, c?est la rupture définitive et irrémédiable (du moins jusqu?en 1990 quand Bérenger accepte le poste de conseiller de Jugnauth en matière... d?armement nucléaire). A la décharge de Bérenger, il faut préciser qu?au moment où il harangue les militants de Sainte-Croix, il ne sait pas encore que Jugnauth et Boodhoo sont en train de limoger Gaëtan Essoo, le directeur de la MBC.

Anerood Jugnauth se déclare résolument hostile à toute velléité de dictature : «Tant que je serai Premier ministre et vivant, je ne permettrai pas que la dictature s?installe à Maurice. Pour empêcher cela, je lutterai jusqu?à la dernière goutte de mon sang.»

Il s?avoue impuissant à empêcher certains politiciens de trahir les responsabilités qu?ils se sont engagés à assumer devant le peuple. Il ne suivra pas leur exemple et permettre ainsi à l?espoir d?un peuple de tomber dans la boue. (N.B. Nous pouvons nous demander si la formule de prestation de serment des ministres et de certains hauts fonctionnaires, formule héritée du colonialisme anglais, met suffisamment en évidence, tant pour le nouvel assermenté que pour le peuple qu?il entend servir loyalement et efficacement, cet aspect d?engagement de service absolu pris devant le peuple et à son profit).

Répondant aux questions de la presse, il précise que l?amendement constitutionnel sur les nationalisations et le projet de loi sur l?acquisition des autobus par la CNT seront présentés à l?Assemblée législative le mardi 5 avril 1983. Il espère que tous les parlementaires militeront et approuveront ces projets de loi qu?il considère « historiques ». Il a l?intention d?aller jusqu?au bout de son mandat parlementaire, du moins tant qu?il pourra compter sur une majorité parlementaire. La Constitution de Maurice ne lui permet pas de présenter une motion de confiance. A ses adversaires de prouver que le gouvernement en place est minoritaire, en proposant une motion de blâme. Le programme gouvernemental n?est pas la propriété exclusive de personne. Il appartient à tous les élus du 11 juin 1982 sous la double bannière du MMM et du PSM. Il n?y a pas de nouveau gouvernement mais seulement quelques nouveaux ministres.

Il n?accepte pas que certains puissent penser avoir la science infuse et que tous les autres doivent rester sous son ombre. Il refuse d?être un pantin qu?on manipule devant la galerie. Il s?en prend à ceux qui ne croient pas en Dieu, ni dans les institutions parlementaires, judiciaires et policières. Nous devons réfléchir à ce que ces gens nous imposeront si jamais nous leur donnons le pouvoir. Il se considère toujours membre du MMM et même du comité central de ce parti. Il n?assistera toutefois plus à aucune réunion jusqu?à nouvel ordre car il craint pour sa vie.

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