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Jugnauth : «Ce chien de Bérenger ène tiguitte meillère ki lézotte ministres»
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Jugnauth : «Ce chien de Bérenger ène tiguitte meillère ki lézotte ministres»
Les jours, nous éloignant du mardi 22 mars 1983, s?écoulent inexorablement, laissant place à un curieux mélange où s?affrontent d?ultimes ressentiments et les premiers remords, sinon regrets. Anerood Jugnauth offre un exemple intéressant de ce phénomène de réactions impulsives, passant de la plus tendre nostalgie à l?explosion soudaine d?une colère rentrée, trop longtemps contenue.
Il discours, à Triolet, devant un millier et demi de sympathisants, et se laisse aller à dévoiler ses états d?âme, à l?égard de Paul Bérenger, qu?il vient de décréter «impardonnable», en ce sens qu?il est prêt à reprendre ses anciens ministres MMM, s?ils consentent à se rallier à son MSM naissant, mais pas ce Bérenger qu?il persiste à considérer comme le loup dans la bergerie. Ce faisant, il dévoile quelques secrets de scènes de ménage, à la Burton-Taylor, ayant précédé le divorce du couple politique qu?ils formaient, jusqu?à cette date inoubliable.
Il se fait fort de faire «danser Bérenger dans l?opposition». Mo pou faire li saute sauté pendant quatre bananés. (N.B. L?autre Anerood [Gujadhur] n?a pas encore inventé la formule, devant faire florès, du «ré-zette moi dans caro cannes»). Quatre ans lui apparaissent une période de purgatoire appropriée pour l?instant. Suit automatiquement la promesse d?aller, jusqu?en 1987, au bout de son mandat électorat quinquennal, avec son équipe ministérielle de division inférieure, comprenant Ramsahok aux Administrations régionales et Sylvio Michel aux Sports. La dissolution de l?Assemblée législative, élue le 11 juin 1982, est pourtant une affaire de... semaines et l?avenir le prouvera.
Il s?attendrit sur ses ministres. Il les porte pareillement dans son c?ur, jadis mauve. Il reconnaît toutefois que Bérenger ti éna kik chose en plisse qui banne lé zotte ministres. «Je lui ai donné toute la latitude voulue. Il abuse toutefois de ma tolérance trop grande, pour m?écraser les orteils. Li monte dadac lors mo lé dos». Impardonnable !
Jugnauth n?est pourtant pas au bout de son exaspération contre Bérenger, pour cause d?humiliations exagérées, subies à cause de lui. Le Premier ministre revient sur l?incident parlementaire ayant opposé l?ami Paul au président suppléant de notre Assemblée législative, le 22 mars 1983. Pour Jugnauth, cela ne peut faire l?ombre d?un doute : Ajay Daby, aurait-il été de la même communauté ethnique que Bérenger, que ce dernier n?aurait pas été aussi virulent. (N.B. Comme c?est mal connaître Bérenger, tout comme ce principe sacro-saint voulant, depuis 1973, sinon 1965, que, aspirant faire de la politique, afin d?avoir un ticket électoral «digne et sincère», si tu es de la population générale, pardon ! si tu es créole ou musulman, fayotte du côté PTr. Si tu es hindou, courtise le MMM. Et ce n?est pas en remplaçant communautés raciales et religieuses par «composantes», minoritaires ou pas, de la population mauricienne, qu?on est moins... communaliste).
Jugnauth se laisse aller à des confidences publiques, pourtant révélatrices et indicatives. Il divulgue le contenu d?une de ses interventions, lors d?une rencontre décisive pré-cassure avec Bérenger, en public ou en tête-à-tête. Toujours à propos de l?incident avec Daby, il lui lance, en créole : «Tu sais, Paul, j?ai parfois l?impression que ton racisme blanc monte lors to lé dos !» A la foule présente, il exprime des... regrets. (Plutôt surprenant de sa part) : «Peut-être n?aurais-je pas dû lui dire cela. Cela l?a plongé dans une violente colère. D?où l?irrémédiable cassure entre lui et moi. Mais un ministre des Finances, un dirigeant politique responsable, peut-il, quand il se sent le moindrement piqué (dans son amour-propre), réagir de la sorte et se défaire de ses responsabilités ministérielles ?»
Plus tard, dans la seconde partie de son discours, Jugnauth se rend compte qu?il s?est trop attendri sur Bérenger. Il rectifie le tir et va même jusqu?à le traiter de... chien. Il compare les impatiences de Bérenger devant le fauteuil de Premier ministre à celles d?un chien, frétillant devant un os. Saisit-il l?os qu?il exige la viande entourant l?os.
Jugnauth allègue : «Chaque jour, Bérenger lui présente une requête pour devenir Premier ministre intérimaire». Excédé, un beau jour, il dit à Boodhoo : «Laisse nous donne ça li chien-là ène boutte lézo». Et c?est ainsi que Bérenger devint P.M. p.i., au début de 1983.
Jugnauth ajoute nostalgiquement : «Je l?ai toujours connu dictateur. J?ai cru qu?avec l?âge il changerait. Je me suis trompé.»
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