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Joseph Stiglitz prix Nobel et militant du développement

4 septembre 2004, 20:00

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Atypique et non conformiste. C?est l?impression qu?on retient quand on aborde, Joseph Stiglitz. L?éminent personnage ne s?embarrasse pas de formalités, Au contraire il est très cool. Nous l?abordons, lors de la réception, juste après qu?il eut reçu le titre de Docteur honoris causa de l?Université d?Antananarivo en lui faisant part que nous venons de Maurice. « Really ! » laisse-t-il échapper d?un air agréablement surpris. Et il enchaîne : « Je ne sais pas ce qui est prévu, mais s?il n?y a pas trop de monde autour de moi, vous pouvez me poser des questions si vous le désirez ».

L?homme n?a pas sa langue dans sa poche. Il dit à haute voix sa façon de penser même s?il sait que ses propos dérangent les institutionnels. De toutes les façons, sa stature et les positions qu?il a occupé le lui permettent. Prix Nobel, professeur d?économie à Princeton, Stanford, et Oxford, il a aussi été le président du Conseil des consultants économiques de Bill Clinton avant d?être économiste en chef et vice-président de la Banque mondiale.

L?attitude des pays développés dénoncée

Avec un tel cursus, on peut se permettre de critiques acerbes contre institutions internationales, de grandes puissances et même souhaiter, à haute voix, la défaite de George W. Bush aux prochaines élections présidentielles américaines.

Joseph Stiglitz est péremptoire sur l?échec de négociations lors des discussions entre pays membres de l?organisation mondiale du commerce à Cancun. « What was supposed to be a development round was not one. The negotiations broke down because the positions remained basically the same ». Et Stiglitz pourfend les grandes puissances économiques. « La question de subsides sur le coton et le lait ont retenu l?attention alors que d?importantes questions liées au développement des pays du sud n?ont pas reçu une considération adéquate ». Même si les négociations ont repris, Stiglitz ne cache pas son scepticisme. « Depuis 1994, les pays développés savent qu?ils doivent réduire les subsides sur les produits agricoles, mais jusqu?à maintenant, rien n?a été fait ». Pourtant cette question est cruciale », estime le Prix Nobel.

« Protection against subsidy to processed agricultural goods need to be at the centre of the development round ».

Mais que se passera-t-il avec la fin de l?Accord multifibre ? il repond : « some developed countries will most undoubtedly use safeguard measures. They will request temporary protection as a measure of adjustment ». « Ce sera totalement inacceptable », affirme Stiglitz. Sévère, l?économiste émérite dénonce l?attitude des pays développés. L?accord signé en 1994 leur a donné dix ans pour s?adapter, le fait qu?ils n?ont rien fait démontre leur peu d?engagement pour favoriser le free and fair trade.

Il y a une autre question, c?est la compétition entre les pays en développement pour fournir des produits textiles aux pays en développement.

Chercher les niches économiques du marché

Stiglitz estime que la crainte que la Chine ne domine ce marché est très présente. Ainsi, des entrepreneurs dans les pays développés demanderont des mesures compensatoires.

Et Maurice dans tout cela. Joseph Stiglitz est optimiste. « I do think that Mauritius will be able to compete. » Toutefois, il précise que le pays doit prendre des dispositions pour devenir plus compétitive. « You will have to find particular niches in the market where you have competitive advantages. But I am confident that countries like Mauritius and Madagascar will succeed. »

■ Ses ?uvres principales

● Quand le capitalisme perd la boule.

Joseph E. Stiglitz analyse les travers des politiques économiques occidentales des années 1990 à aujourd?hui, démolissant les divers mythes qui ont assuré le « triomphe » du capitalisme américain.

À travers une démonstration nourrie de multiples faits, témoignages et expériences, s?appuyant toujours sur les mécanismes très concrets de l?économie, il fait ici le procès du libéralisme sans limites.

● La Grande désillusion.

Des trois ans qu?il a passé au sein de la Banque mondiale, Joseph E. Stiglitz nous dresse un constat désolant : les règles économiques mondiales sont fixées en fonction des intérêts des riches et des puissants. De graves erreurs sont commises, d?où les échecs à répétition et l?enfermement des pays les plus pauvres dans un cercle dont ils ne pourront sortir que si une prise deconscience et une réforme efficace des institutions n?ont pas lieu.

■ Si Stiglitz nous était conté

Né en 1943 à Gary, dans l?Indiana, une ville sinistrée par le déclin de ses activités industrielles d?un père, Nat, qui vendra des contrats d?assurance jusqu?à plus de 90 ans et d?une mère qui enseignait l?anglais aux immigrants.

Après sa licence au Amherst College, il obtient une bourse pour préparer son doctorat (1967) au Massachusetts Institute of Technology.

Ses projets de recherche intéressent plusieurs fondations qui financent ses travaux en même temps qu?il enseigne la politique économique au All Souls College d?Oxford. Il obtient un poste d?assistant professeur (1966-1967) à l?université de Yale.

D?abord professeur associé (1969-1970), c?est à l?âge inhabituel de 27 ans qu?il devient titulaire de son poste (1970-1974). Il va continuer sa carrière en étant successivement professeur à Stanford (1974-1976), Oxford (1976-1979) et Princeton (1979-1988). Il reçoit, en 1979, la médaille John Bates Clark (délivrée par l?American Economic Association pour récompenser le meilleur économiste américain de moins de 60 ans).

En 1988, il revient à Stanford. En 1993, il devient le président du Conseil des consultants économiques du président Bill Clinton. De 1997 à 1999, il est économiste en chef de la Banque mondiale. Depuis 1999, il est professeur à la Columbia Business School, à New York.

Prix Nobel en 2001.

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