Publicité
Joseph Cardella pense le hasard
Après avoir interrogé le bonheur lors de sa première conférence, Joseph Cardella, professeur de philosophie au Lycée des Mascareignes revient placer l?interrogation sur un autre sujet de méditation : le hasard. ?Et si rien n?était le fruit du hasard !? tel était le titre de sa deuxième conférence donnée à l?Alliance française de Curepipe, vendredi dernier.
Si le mot ?hasard?, explique-t-il, vient de l?arabe ?az-zahr? ou ?al-sâr? qui désigne un ?jeu de dés?, la physique classique (Newton, Galilée) le pose comme inexistant. Il signifie plutôt, selon la théorie du chaos, notre incapacité à calculer avec exactitude les paramètres d?un système, (positions, vitesses, etc.), c?est-à-dire ses conditions initiales, afin de prédire son évolution, car le dit système se comporte de manière imprévisible. L?exemple le plus connu est ?l?effet papillon? : l?air déplacé par un papillon au Japon peut par exemple provoquer en déclenchant une réaction en chaîne un ouragan dans le Golfe du Mexique.
De même, pour la mécanique quantique, il n?existe aucun moyen de calculer la probabilité de certains phénomènes physiques dans l?espace-temps parce que les équations sont essentiellement probabilistes. Quand exactement la désintégration du noyau d?un atome ou l?émission d?un photon par un atome excité va se produire ? Comment prédire la place d?un électron, qui est plutôt ?dispersé? dans une région, dans l?espace-temps ?
En philosophie contemporaine le concept de la contingence (du latin ?contigere?, signifiant ?arrivé par hasard?), exploité par Jean-Paul Sartre dans La Nausée, accorde à l?existence une valeur d?absurde. L?homme, dit-on, est sur terre par pure coïncidence. Rien ne justifie son existence. Il existe d?abord et se définit ensuite par le choix de ses actes. En réalité, et selon Sartre, il est condamné à être libre ? une liberté qui se vit d?abord dans l?angoisse et qui se traduira par des actes dont il est entièrement responsable. La liberté est donc nécessaire car l?homme est abandonné à lui-même, déduit le professeur de philosophie.
Ainsi, affirmer la contingence radicale du monde et de l?existence ne signifie pas refuser le déterminisme scientifique. Déjà, si l?on fait référence à la science déterministe de Galilée et de Newton, on peut constater que le hasard n?est pas concevable dans ce domaine. Tout ce qui arrive est causé par quelque chose d?autre que la chose elle-même. Ce qui veut dire que l?homme n?est pas entièrement responsable de ses actes. Il n?est donc pas totalement libre. Le hasard n?a de ce fait pas droit de cité là où l?on veut donner un sens à ce qui se passe.
Spinoza oppose la liberté à la contrainte de la manière suivante : ?J?appelle libre une chose qui agit par la seule nécessité de sa nature ; contrainte, celle qui est déterminée par une autre à exister et à agir d?une certaine façon déterminée.? Ce qui signifie que la liberté renvoie à la nature propre de l?homme alors que la contrainte renvoie aux déterminations extérieures.
Ainsi, conclut Joseph Cardella, il ne faut pas dire qu?un acte libre est un acte sans raison (et on retrouverait ici l?idée du hasard). Il faudrait plutôt dire qu?un acte dont les raisons émanent de notre seule personne, sans avoir à recourir à d?autres actes, est un acte libre.
Publicité
Publicité
Les plus récents