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John Edwardsseul rival de Kerry
John Kerry a emporté la primaire du Wisconsin, le mardi 17 février, comme il l?avait fait auparavant dans 14 des16 Etats où les électeurs démocrates se sont déjà prononcés. Avec 40 % des voix, le sénateur du Massachusetts, favori pour l?investiture démocrate à l?élection présidentielle, n?a toutefois pas distancé son principal adversaire, John Edwards (34 %), qui reste dans la course. Le sénateur de la Caroline du Nord obtient ses meilleurs scores auprès des électeurs indépendants ou républicains ainsi que parmi ceux qui ont fait leur choix peu avant le scrutin. Howard Dean est, une fois encore, distancé. L?ancien gouverneur du Vermont doit décider, dans les jours qui viennent, du tour qu?il donnera à sa campagne. La prochaine étape importante de la compétition démocrate aura lieu lors du «Super Mardi», le 2 mars.
«JE SERAI PARTOUT CES DEUX SEMAINES»
Les indociles électeurs du Wisconsin ont relancé la campagne des primaires démocrates, le mardi 17 février, en plaçant le sénateur John Edwards, dans leurs votes, tout près de son collègue, John Kerry, jusqu?alors favori pour affronter George Bush à l?élection présidentielle du 2 novembre.
Dans cet Etat de la région des Grands Lacs, à forte tradition industrielle et social-démocrate, John Edwards (34 %), le populiste du Sud, a bénéficié de l?affaiblissement de Howard Dean (18 %) pour concurrencer John Kerry (40 %), qu?une partie de l?électorat juge distant. Alors que Howard Dean, qui n?a gagné aucun Etat depuis un mois, semble ne pas pouvoir continuer à faire campagne, la compétition se polarise autour de John Kerry et de John Edwards en vue du «Super Mardi» où l?on élira 1 151 délégués, le 2 mars, dans dix Etats, dont la Californie, l?Ohio et New York. «Je serai partout dans les deux semaines qui viennent», a promis John Edwards, qui attendait le duel avec John Kerry depuis le vote de l?Iowa, où il était arrivé deuxième, déjà, le 19 janvier.
Le Parti démocrate du Wisconsin autorisant les électeurs indépendants et républicains à voter pour ses primaires, les sondages effectués à la sortie des bureaux de vote montrent que ces deux catégories d?électeurs préfèrent le sénateur de Caroline du Nord. «Ce sont eux que nous devons gagner, a-t-il commenté, et c?est ce qui fait de moi le meilleur candidat contre George Bush.» John Edwards l?a emporté, aussi, parmi les électeurs qui se sont déterminés au cours des derniers jours.
Pour John Kerry, c?est le contrecoup des «attaques républicaines de la semaine dernière». Le sénateur du Massachusetts a été mis en cause pour son engagement contre la guerre du Vietnam, dans lequel il a côtoyé l?actrice Jane Fonda, considérée comme infréquentable par une grande partie de l?opinion américaine parce qu?elle avait accepté, à l?époque, d?aller à Hanoï, capitale du Nord-Vietnam communiste. En fait, une photo montrant John Kerry et celle que ses adversaires ont surnommée «Hanoï Jane», côte à côte, sur une scène, s?est révélée être un montage. La presse Murdoch, à Londres et à New York, a aussi accusé John Kerry d?avoir eu une liaison extraconjugale avec une jeune journaliste, accusation dénuée de preuves et qui a été démentie par les intéressés.
L?ayant emporté dans 15 Etats sur 17, souvent avec près de 50 % de voix, John Kerry conserve une forte avance sur celui qui est devenu son principal et, même, son seul concurrent. En termes de soutiens, notamment syndicaux, de ressources financières et de dynamique, le sénateur du Massachusetts reste le mieux placé pour devenir l?adversaire de George Bush, mais la partie n?est pas terminée. John Edwards s?est donné les moyens de continuer à courir pour le titre et non pas, seulement, pour une place de colistier, comme candidat à la vice-présidence. La plupart des consultants démocrates estimaient qu?une campagne plus difficile qu?espéré est une bonne chose pour John Kerry, qui va devoir faire des efforts supplémentaires pour convaincre. Il va lui falloir réfléchir, entre autres choses, à l?impact de la dénonciation des accords de libre-échange par John Edwards.
BUSH AUPRÈS DES SOLDATS
De son côté, George W. Bush a tenté de faire d?une pierre deux coups en rendant visite, à Fort Polk, en Louisiane, à des unités de la Garde nationale en partance pour l?Irak. Il s?agissait de montrer que les gardes nationaux font la guerre, ce qui est vrai aujourd?hui, mais ne l?était pas il y a trente-cinq ans, quand il s?y était engagé pour éviter d?aller au Vietnam. Le président a aussi répété que, même s?il n?avait pas d?armes de destruction massive, Saddam Hussein défiait l?ONU. «Le choix, pour nous, était de croire à la parole d?un fou ou d?agir pour défendre l?Amérique et le monde. Devant ce choix, je défendrai toujours l?Amérique», a dit Bush, sous les applaudissements des militaires.
par Patrick Jarreau
Bravoure, intégrité : la biographie intimidante du sénateur du Massachusetts
John Kerry a bénéficié, jusqu?à maintenant, du principe d?éligibilité auprès des électeurs démocrates qui veulent la défaite de l?équipe républicaine au pouvoir depuis trois ans. Ce principe peut se résumer ainsi : «Je vote pour lui parce que les autres votent pour lui.»
Mais qui est l?homme ainsi porté vers la candidature démocrate et, peut-être, la présidence des Etats-Unis ? La première chose que l?on sait de John Kerry, 60 ans, c?est qu?il fut un héros au Vietnam, il y a 35 ans. Diplômé de Yale, l?une des universités les plus prestigieuses des Etats-Unis, en 1966, ce fils de famille de Boston, alors âgé de 22 ans, s?est engagé dans la marine pour participer à une guerre avec laquelle il n?était pas d?accord. Pourquoi ?
Dans un livre qui vient de paraître, intitulé «Tour of Duty, John Kerry and the Vietnam War» , Douglas Brinkley, auteur de plusieurs ouvrages consacrés à des présidents américains, cite un condisciple de John Kerry : «Une large part de notre classe avait une conception très traditionnelle de la société et de ses devoirs envers le pays. Les choses ont changé fortement entre 1966 et 1968. La classe 66 ressemblait beaucoup à la classe 56.» C?est pendant sa seconde période de service actif au Vietnam, dans le delta du Mékong, en 1969, que le lieutenant Kerry, commandant un patrouilleur, a accompli les actes de bravoure qui lui ont valu trois blessures et cinq décorations.
«MOURIR POUR UNE ERREUR»
Revenu sur le territoire américain, il a obtenu d?être rendu à la vie civile à temps pour mener sa première campagne électorale, à la fin 1970. L?année suivante, il est devenu le chef de file des «Vietnam Veterans Against the War», les anciens combattants contre la guerre, avec lesquels il a joué un rôle important pour faire évoluer l?opinion publique. Lors d?une audition télévisée de la commission des affaires étrangères du Sénat, en avril 1971, il a lancé ces questions, restées célèbres : «Comment demander à un homme d?être le dernier à mourir au Vietnam ? Comment lui demander d?être le dernier à mourir pour une erreur ?» Héros hostile à la guerre, John Kerry n?a pas craint de témoigner que l?engagement américain au Vietnam avait donné lieu à des crimes. Il doit à ces propos d?être dénoncé, aujourd?hui, par des groupes d?anciens combattants républicains, comme un vétéran «antipatriotique», qui aurait trahi la fraternité des armes. Il lui est reproché, aussi, d?être allé jusqu?au double jeu, en jetant sur les marches du Capitole les décorations que lui avaient données des camarades, mais seulement les rubans des siennes, conservant ainsi ses médailles. En 1972, après une nouvelle tentative manquée pour se faire élire député dans le Massachusetts, John Kerry a repris ses études.
Diplômé de l?université de Boston en 1976, il est devenu procureur. En 1982, il a été élu gouverneur adjoint, au côté de Michael Dukakis, futur candidat à l?élection présidentielle, en 1988, contre George Bush, père.
Au cours des 19 ans qu?il a passés au Sénat, John Kerry n?a pas été un législateur très entreprenant. Il a apposé sa signature dans 371 propositions de loi, mais neuf d?entre elles sont devenues des lois, dont six sans portée autre que symbolique.
CONTRE LA GUERRE DU GOLFE
Ses votes le classent plus à gauche que l?autre sénateur du Massachusetts, Edward Kennedy, considéré pourtant comme l?un des sénateurs les plus «libéraux» au sens américain. Il a constamment soutenu le droit à l?avortement et voté, en 1996, contre la loi dite de «défense du mariage», qui réserve le mariage aux couples hétérosexuels. En même temps, s?il a toujours refusé les baisses d?impôts, il a proposé, aussi, des coupes dans les dépenses, pour équilibrer le budget, et approuvé la réforme de l?aide sociale. Il lui est ainsi reproché d?avoir participé à la réduction des crédits militaires, et d?avoir voulu diminuer le budget dans l?espionnage et de contre-espionnage. Il explique, aujourd?hui que son intention était de «secouer» ces services pour les obliger à se réformer.
M. Kerry se prévaut d?avoir refusé les contributions des «Political Action Committees», associations qui financent les campagnes des hommes politiques. Il a accepté, en revanche, les dons de lobbys pour l?industrie des télécommunications, les assurances ou la pharmacie, ce qui permet à ses adversaires de le présenter comme dépendant de certains «intérêts spéciaux».
Si en 1991, il s?est prononcé contre la guerre du Golfe, en 2002, il a voté la résolution autorisant George Bush à employer la force contre l?Irak. Il a approuvé la loi «Patriot», qui, après les attentats du 11 septembre 2001, a étendu les pouvoirs de la police. Hostile à la peine de mort, il estime, à présent, qu?elle peut être justifiée dans les actes terroristes.
John Kerry a passé une partie de son enfance en France. Ce côté français est exploité contre lui sur des sites Internet et par des commentateurs de droite.
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