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Jeu de devises et conséquences...
L?euro à Rs 40. Certains se frottent les mains, d?autres s?énervent. Les entreprises qui écoulent leurs marchandises ou qui vendent leurs services en Europe s?attendent à de meilleures recettes que celles générées pour la même activité si l?euro était à un niveau inférieur. Mais le scénario est différent pour ceux qui importent de la zone euro.
La monnaie unique européenne profite une fois de plus de la faiblesse conjoncturelle du dollar américain, mais aussi des fondamentaux robustes prévalant sur le Vieux Continent pour se consolider. Les effets sont ressentis sur le marché des changes à Maurice et en conséquence sur toutes les transactions qui se font en euros.
La zone franche exporte principalement vers l?Europe et paye le gros de sa facture en dollars. Un euro fort fait entrer plus d?argent dans les caisses à un moment où le textile-habillement passe par des périodes douloureuses. Harold Mayer, chief operating officer de CIEL Textiles, un des plus gros groupes de textile à Maurice, accueille avec une satisfaction mesurée ce développement.
?Un euro fort est définitivement bénéfique à nos activités. La plupart des entreprises exportent en euros et importent en dollars. Il faut espérer que cette situation dure. Il faut voir si la tendance est maintenue dans un an. Beaucoup va dépendre de l?évolution du rapport entre l?euro et le dollar.? Face au déferlement des vêtements chinois en Europe, les fabricants mauriciens peuvent compter sur un euro fort pour respirer en attendant que les réformes entreprises au sein de l?industrie rapportent des dividendes.
Un euro en hausse peut aussi représenter un ballon d?oxygène temporaire pour le sucre, autre industrie en danger de déclin. La réforme sucrière en Europe met une pression considérable sur les recettes des producteurs et planteurs mauriciens.
Le jeu de devises peut sauver la mise du mois pour cette année. La baisse de 5 % prévue dans les prix pour cette année a de bonnes chances d?être compensée par la monnaie unique si celle-ci maintient sa progression vis-à-vis de la roupie. ?Si l?euro continue à s?apprécier, ce sera une bonne chose pour le sucre. Il est encore tôt pour se prononcer sur une telle éventualité. Mais nous ne sommes pas encore entrés dans la période de récolte et d?expédition des cargaisons vers l?Europe?, explique Jean Li, directeur de la Mauritius Sugar Producers? Association.
Le taux des changes à Maurice est certes tributaire des développements internationaux. Toutefois, il y a aussi une part des facteurs strictement endogènes. La parité roupie-dollar sert de référence pour établir les taux des changes. A l?ouverture du marché le matin, les cambistes croisent le taux de change roupie-dollar avec celui de l?euro-dollar pour obtenir le taux de change roupie-euro.
Dans un scénario où la parité roupie-dollar reste stable (comme c?est le cas actuellement), la valeur de l?euro face à la monnaie locale augmente mécaniquement. Des observateurs relèvent un ?dysfonctionnement? dans le système : pourquoi la roupie ne s?apprécie-t-elle pas par rapport au billet vert alors que celui-ci est sous forte pression sur les marchés internationaux ? L?appréciation de l?euro face à la roupie n?aurait pas été aussi vive si la roupie se consolidait par rapport au dollar.
?La parité roupie-dollar est un marché qui évolue principalement en fonction de l?offre et de la demande sur le marché local. Il y a peu de rapport de cause à effet entre l?évolution du dollar sur le marché international et celle du dollar face à la roupie sur le marché local. La demande pour le dollar à Maurice est encore très forte. Les importateurs et les fonds d?investissement en ont grandement besoin?, souligne Eric Ng, directeur du cabinet Pluriconseil.
Le dollar fait fonction d?anchor currency dans le marché des changes à Maurice. A ce titre, la Banque de Maurice y accorde une attention particulière, même si elle n?impose pas de limites formelles aux mouvements de monnaies étrangères.
La Banque centrale peut intervenir directement sur le marché en y injectant des devises qu?elle puise de ses réserves. Elle peut, le cas échéant, influencer les transactions par le biais d?interventions verbales (moral suassions).
Même si la deuxième forme d?intervention est plus discrète, elle n?est pas toujours au goût des opérateurs. ?Il y a trop d?intervention verbale de la banque de Maurice pour soutenir la parité roupie-dollar?, s?inquiète un trésorier de banque. Pour réduire la pression sur le dollar, il faut encourager des rentrées d?argent en cette devise notamment à travers des investissements directs extérieurs et des placements boursiers par des fonds étrangers.
Un dollar adouci favorise l?affermissement de la monnaie locale vis-à-vis des devises fortes, dont l?euro. Car un euro fort n?est pas nécessairement une bonne chose pour l?ensemble de l?économie, même s?il est bénéfique pour le sucre, le textile, le tourisme et d?autres activités orientées vers l?exportation. Les consommateurs vont faire les frais de l?effet boomerang de cette situation.
Maurice importe environ 35 % de ses produits de l?Europe. ?Notre déficit commercial qui est déjà élevé risque de se creuser davantage. Les articles importés de l?Europe vont certes coûter plus cher. Mais les commerçants auront aussi tendance à augmenter les prix des produits qui viennent de l?Asie et d?ailleurs également afin de maintenir une certaine parité. Il y aura plus d?inflation artificielle?, met en garde Nitish Benimadhu, analyste chez Anglo Mauritius Financial Services.
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