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Jeewan Soonarane, la Croix-Rouge à c?ur

11 août 2007, 20:00

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«Ce que nous croyons être important ne l?est finalement pas. Le pire c?est que nous n?apprécions pas à sa juste valeur la chance de vivre dans un pays en paix. »

Jeewan Soonarane, 65 ans au compteur et est délégué au Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Il a passé sa vie à faire de l?humanitaire et à braver les dangers pour venir en aide aux blessés et aux victimes des conflits.

Ancien Director of Critical Care à l?hôpital St-Michaels de Toronto, au Canada, pendant 16 ans, il rejoint l?organisation humanitaire en 1986, en tant que directeur de la Banque du sang. « C?était l?époque du scandale du sang contaminé par le sida. On m?avait chargé de réorganiser la Banque du sang et de développer de nouvelles procédures de sécurité. » En 1996, il est nommé délégué expatrié du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Sa mission consiste à apporter une assistance médicale aux populations, à constituer des abris temporaires pour les réfugiés, forer des puits, ou encore évacuer des blessés.

Un sourire au milieu des décombres

Alors que beaucoup, après une mission dans un pays en guerre, n?en redemandent pas, lui, a « duré » dix ans. Une décennie à sillonner l?Afrique noire, des pays en proie à la guerre civile, et où l?horreur est présente au quotidien. Comment a-t-il fait pour ne pas avoir le c?ur brisé ? « Il faut être fort moralement et être capable de vivre des situations violentes. Ces années passés aux côtés de gens qui avaient tout perdu m?ont enrichi », affirme Jeewan Soonarane

Dans chaque pays, un visage, un sourire qui le marque, au beau milieu des décombres et des tirs des milices.

En Afghanistan, où il était en mission en 2000, à la suite de terribles tremble-ments de terre, il rencontre feu le légendaire commandant Massoud. « Un homme doux, affable et sophistiqué », se souvient Jeewan Soonarane. Le commandant Massoud voulait le remercier pour le travail accompli.

Mais sa carrière aurait pu prendre fin en mai 1996, au Burundi, lorsqu?il tombe dans une embuscade. Son convoi est attaqué à Cibitoke. Jeewan Soonarane se trouve dans un des deux véhicules chargés de faire évacuer des blessés. Au volant de la Land Rover, Jeewan suit le premier fourgon en prenant soin de garder une distance de sécurité entre les deux véhicules. Soudain, des coups de feu sont tirés et les balles atteignent le premier véhicule. Le chauffeur en perd le contrôle et la voiture se retrouve dans le fossé après avoir fait plusieurs tonneaux. Jeewan Soonarane perdra trois de ses confrères de nationalité suisse ce jour-là.

Alors qu?ils étaient venus dans ce pays pour une mission de plusieurs mois, son équipe et lui sont alors contraints de plier bagage après ce tragique incident.

Règlement de comptes à la machette

« C?était terrible. Dans une guerre civile vous n?avez aucune idée de qui est combattant et qui est un rebelle. » Mais selon le droit international humanitaire, même un rebelle blessé a droit à des soins. Et par extension, une institution qui en prodigue est censée être protégée. « Mais ce n?est pas toujours le cas. Dans une guerre il n?y a plus aucune règle. Les champs sont minés, l?eau est contaminée exprès, et c?est la population qui paye le plus lourd tribut. »

Suivront des missions en Somalie, puis en Sierra Leone, à la fin des années 90, où l?opposition règle ses comptes avec les partisans du gouvernement à coups de machette. En Guinée Conakry, la guerre éclate au sud du pays dès son arrivée. Sa dernière mission le conduit à Bandah Aceh, localité d?Indonésie dévastée par le tsunami de décembre 2004. Il partage alors son temps entre l?action humanitaire et des cours dispensés aux responsables de la santé publique.

Après des années de vie trépidante, Jeewan Soonarane a décidé qu?il est temps de poser ses bagages. Il est désormais basé à Genève, où il a été nommé responsable des missions en Afrique.

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