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Jeetah l?emporte avec un écart de plus de 2 500 voix sur Maunthrooa

22 décembre 2003, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

PRAKASH Maunthrooa a la mine déconfite depuis tôt le matin. C?est à peine s?il sourit en voyant les bulletins de vote avant le début du décompte des voix vers les 9 h45. Les plus optimistes pensent qu?il exagère. Tout au long de la journée, le candidat de l?alliance gouvernementale aura le regard perdu et triste. Des indications plus précises vers 13 h 30 confirment ses appréhensions.

Si le ministre Ravi Yerrigadoo garde l?espoir jusqu?à la dernière minute, ses collègues, Rajesh Bhagwan, Alan Ganoo, Sangeet Fowdar, Anil Bachoo et autres ministres et députés restent discrets dans l?enceinte de l?école Bheewa Mahadoo, à Rivière-du-Rempart.

Peu avant midi, des protestations s?élèvent. Dans la salle 14, Lormesh Bundhoo, du PTr, proteste énergiquement. Il soutient que le candidat Jeetah a obtenu 54 voix alors que les officiers n?ont comptabilisé que 44 voix. Les discussions sont vives. Dans la salle 15, Sarat Lallah estime que les procédures ne sont pas suivies. C?est ainsi que dans cette salle, l?exercice doit recommencer.

A la salle 23, la situation est tendue entre Rashad Daureeawoo du PTr et le Returning Officer, Gérard Requin. Le membre du PTr dit avoir constaté qu?il manque dix bulletins de vote dans le lot de 200 bulletins. Sa protestation n?est pas entendue par la commission. Il écrit une plainte officielle au Returning Officer. Une rencontre a lieu entre Sanjay Bhuckory du PTr et Gérard Requin à la mi-journée. Le commissaire électoral, Irfan Raman, fait un appel : ?Dont waste time. We are doing our best.?

A midi, les premières indications sur 2 400 voix donnent encore du courage au MSM-MMM. L?écart n?est que de 226 voix entre Rajesh Jeetah et Prakash Maunthrooa. Pendant toute la matinée, pour garder le moral haut, le MSM-MMM évoque une ?lutte serrée?, en espérant remonter la pente dans l?après-midi. Alors que Rajesh Jeetah intervient sur plusieurs radios et crie victoire à midi : ?L?accueil que nous avons reçu sur le terrain se confirme dans ces résultats. Nous avons gagné.?

Risques de débordement

Vers 12 h 30, Pravind Jugnauth, l?air fatigué, arrive. Il écoute attentivement Rajesh Bhagwan qui fait le point de la situation. Ces deux ministres, entourés de collègues et partisans, essaient d?afficher la sérénité. Sans grand enthousiasme, ils échangent des blagues. Peu avant 13 heures, un des agents rassure le groupe en soutenant que Prakash Maunthrooa a pris une avance.

Mais à 13 h 30, le député Sunil Doworkasingh apporte les derniers chiffres sur 20 000 voix. Les carottes sont cuites, lance Rashad Daureeawoo. Devant la réaction de quelques partisans qui espèrent encore, Mohammad Nanhuck lance : ?L?écart pé creusé. Pas bisin couillonne nous même.?

Un quart d?heure plus tard, Pravind Jugnauth et Rajesh Bhagwan concèdent la défaite. Le leader du MSM fait appeler son secrétaire général, Nando Bodha. Auparavant, il discute avec Rajesh Bhagwan de la nécessité de rester sur place ou encore d?intervenir à la proclamation des résultats. Ils décident de rester et de ne pas intervenir quand les résultats seront proclamés. Seul Prakash Maunthrooa prendra la parole alors que Pravind Jugnauth fera une déclaration à la presse.

Autre inquiétude de Pravind Jugnauth et de Rajesh Bhagwan : leur sécurité et le risque de débordements entre activistes des deux partis. Khemraj Servansingh de la police et Irfan Raman sont appelés pour prendre des dispositions spéciales. Ravi Yerrigadoo appelle Arvin Boolell pour lui demander de contenir ses partisans. ?Mo pas capave demande pas jubiler mais ce sera dans l?ordre et la discipline?, soutient ce dernier. ?C?est bien important. Nou compte lors toi?, insiste Rajesh Bhagwan.

Vers14 h 15, l?équipe de l?alliance gouvernementale se précipite vers une salle au premier étage de l?école. On ne les reverra que vers 17 heures. Entre-temps, ils recoivent la visite du candidat Jeetah, de Navin Ramgoolam, et, avant de partir, Madun Dulloo va aussi les saluer.

L?exultation est à son comble à l?affichage des résultats intérimaires sur 25 000 bulletins dépouillés. Le candidat rouge, souriant certes mais ne cédant point à l?euphorie d?une victoire aisée, est en tête par 1 835 voix. A l?extérieur, des partisans survoltés ne cessent de clamer des slogans anti-gouvernement.

Des barrières sont érigées en travers de la route principale. Des dizaines d?éléments de la Special Supporting Unit (SSU) se massent en face des partisans. Chaque pouce du bitume est quadrillé. Face à ces sympathisants bruyants, Rajesh Jeetah exige de la discipline. Il est alors 14 h 05.

Le DCP Khemraj Servansingh, en charge des opérations, se prépare à contenir les partisans, à l?ouverture des grilles. Les jeunes recrues de la SSU longent des barrières installées. En un tour de main, le dispositif de sécurité est en place.

Entre-temps, les activistes célèbrent la victoire tant espérée. Les indications recueillies auprès du Returning Officer démontrent que l?avance se creuse davantage. Des dames drapées de rouge chantent et dansent.

Le sourire de la victoire

Vers 15 heures, Navin Ramgoo-lam entre en fanfare. Entouré de ses hommes forts, il gagne rapidement l?étage. Il arbore un sourire radieux, celui de la victoire. Pendant une heure, les sympathisants en délire ne cesseront de chanter, de danser et de brandir des drapeaux aux couleurs de chaque parti de l?Alliance sociale. Des activistes rouges essaient vainement de lancer des projectiles en direction de Prakash Maunthrooa; mais ces excités sont vite rappelés à l?ordre par leur état-major.

Après la proclamation des résultats, le nouvel élu s?adressera à ceux qui ont assuré sa victoire :?Vous n?avez pas choisi la voie facile en votant pour le gouvernement. Vous avez choisi une voie plus dificile, celle qui va assurer l?avenir de vos enfants.? Il a également salué son adversaire qu?il a qualifié de candidat ?bien valable?. C?est ensuite le défilé dans les rues de la circonscription.

Dure journée pour les ministres qui auront assisté, impuissants, à l?écart croissant entre les deux candidats. Elle se termine sous forte protection policière. Le vice-Premier ministre quitte l?école escorté par la SSU. Mieux encore, Prem Koonjoo prend place dans une jeep de la SSU. ?The winner takes all??

Kamlesh BHUCKORY

Pravind Jugnauth : ?Le match le plus important se jouera en 2005?

Ce n?était qu?un match, insiste Pravind Jugnauth. Subtilement, il joue avec le jargon footballistique pour faire comprendre que c?est la ?ligue? qui compte. Le véritable enjeu sera en 2005, dit-il, serein malgré la défaite. C?était lors d?un point de presse hier vers 17 heures à l?école Bheewa Mahadoo. Pour le vice-Premier ministre, cette défaite ne remet nullement en cause l?engagement pris par l?alliance MSM- MMM pour continuer à travailler ensemble jusqu?à la fin de leur mandat de cinq ans. Interrogé sur sa réaction à la suite du dépouillement, il parle de ?défaite personnelle?. Il avait en effet dit, au début de la campagne, qu?il s?agissait d?une joute entre lui et Navin Ramgoolam.?Une élection partielle n?est pas un référendum.? C?est ainsi que Pravind Jugnauth a répondu aux critiques de l?opposition. Il a affirmé, en parlant des élections générales qu?elle réclame, qu?elles viendront en temps et lieu. Rajesh Bhagwan a abondé dans le même sens que Pravind Jugnauth en parlant de match avant le grand match. ?Navin Ramgoolam se trompe d?année car les élections générales sont prévues pour 2005.? Le vice-Premier ministre affirme que l?alliance gouvernementale respecte le verdict de l?électorat n° 7. Il affirme que cette défaite n?est pas la fin du monde.?Nos adversaires ont fait un travail de sous-marin. Nous sommes très sereins. C?est le jeu de la démocratie.?

Pravind Jugnauth précise que le MSM-MMM avait beaucoup misé sur les réalisations des trois dernières années. ?C?est vrai que les résultats tardent à se concrétiser dans certains secteurs mais c?est au terme de notre mandat que le pays récoltera les bénéfices de l?alliance gouvernementale.? Il affirme que le gouvernement a dû prendre certaines décisions. L?accent a aussi été mis sur le contexte international difficile qui affecte nos principaux marchés. Pravind Jugnauth estime que l?issue du scrutin ne reflète pas le ?mood?? dans le pays.

Alain Barbé

Les rouges plus confiants dans la reconquête du pouvoir

L?opposition est revigorée. Le ton de son leader, Navin Ramgoolam, à la proclamation des résultats, traduit ce nouvel état d?esprit. Il voit déjà le pouvoir à portée de main.

?Malgré la répression, vous n?avez pas plébiscité le gouvernement?, soutient Navin Ramgoolam. Pour lui, en occasionnant la défaite de l?alliance gouvernementale, les électeurs ont mis fin à l?arrogance du pouvoir. ?Vous avez condamné la violence, la corruption, la répression, la concentration du pouvoir et la division communale. Vous avez refusé l?accord Med Point.? Le leader de l?opposition soutient que cette victoire est celle de l?unité nationale sur la division, de la vérité sur le mensonge et de l?intégrité sur la malhonnêteté. Navin Ramgoolam réclame donc des élections générales anticipées, le n° 7 étant à ses yeux un ?bon échantillon? de l?île Maurice. La reconquête du pouvoir n?est pas un leurre : ?pas barré nou pou prend pouvoir.? Le leader du PTr estime que Pravind Jugnauth doit assumer les conséquences de la défaite. ?Il avait insisté que cette joute était entre lui et moi.?

Jane lutchmaya

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