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Jean Yves L?Onflé se balance entre ciel et terre
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Jean Yves L?Onflé se balance entre ciel et terre
Être ?entre?. Trop souvent synonyme de demi-teintes. D?incapacité à trancher. Envie de rester dans le confort douillet d?un monde intermédiaire, où la nuance se décline à l?infini. De profiter de tout, sans effort. Sans chercher à aller plus loin. à progresser.
Vous avez peur ? Vous demandez quelles sont donc ces ?uvres que Jean Yves L?Onflé s?apprête à exposer, du 4 au 18 mars, à l?Alliance française de Bell-Village. Une vingtaine de sculptures en terre cuite et une quinzaine de tableaux regroupés sous le titre Entre ciel et terre.
Se balançant entre l?ocre et toute sa palette de brun-jaune et de brun-rouge, le plasticien de Tamarin nous prouve avant tout, qu?il n?est pas ?entre? mais double. à la fois peintre et sculpteur.
Il étale sur ses surfaces, une terre qui n?a rien de lisse. Une de ses connaissances le surnomme même ?chercheur de textures?. Nous sommes d?accord. Pour s?en convaincre, il n?y a qu?à effleurer le diptyque justement baptisé Entre ciel et terre. Le peintre y a étalé une généreuse couche de sable, dont chaque grain est une tentation pour les doigts. ?C?est exactement ce que je voulais faire. J?ai envie que le premier réflexe de la personne qui regarde ces tableaux, soit celui d?avoir envie d?y toucher.? Pour lui, c?est en la caressant que l??uvre devient vivante.
Oui, Jean Yves L?Onflé le sait. En général, une exposition, c?est un lieu quadrillé, où l?on marche avec les mains derrière le dos... ou presque. Interdiction formelle de toucher. C?est écrit sur des petits bouts de papier, sur des panneaux mis en évidence. Jusque dans le regard des commissaires d?exposition. Rien de tel chez L?Onflé.
En plus du sable, le peintre jongle avec du goni et de la ficelle. Incruste dans ses compositions des petites bestioles, une guêpe par-çi, un caméléon par-là. Petite précision : ?Je n?ai pas tué ces animaux. Je les ai ramassés et j?ai demandé à un ami de les empailler. C?est comme si je leur donnais une seconde vie en les intégrant dans mes tableaux.?
?Le jour je sculpte, je peins la nuit?
Thème favori : le ciel, la nuit. Pas de nuances dans ces atmosphères bleu marine. ?Le jour je sculpte, je peins la nuit,? nous explique le plasticien. Car pour que le pinceau danse sur la toile, il lui faut cette tranquillité qui n?appartient qu?aux heures sombres. Ces minutes d?angoisse quand on entend craquer derrière soi une brindille dans la nuit, et que l?on ne peut s?empêcher de se retourner, les poils du corps légèrement hérissés.
Voilà sans doute ce qui explique pourquoi les nuits de L?Onflé sont des villes fantômes. Des façades endormies sous une couverture de brouillard. Il n?y a pas âme qui vive. L?on imagine même pas la vie qui grouille derrière les murs épais. Tout dort. Le monde est rendu à la nature, à son ciel au bleu épais.
Un univers rendu aussi à la terre, à travers la sculpture. Chez L?Onflé, les formes sont immédiatement reconnaissables. Il y a là un bénitier couleur mal de mer. Des cendriers sur le bord duquel un lézard s?est arrêté en pleine marche. Le sculpteur est le premier à noter son évolution. ?L?année dernière, j?avais fait dans le décoratif, maintenant je fais aussi dans l?utilitaire.?
Nous sommes les premiers à le reconnaître. Un artiste doit gagner sa vie. Si en plus il peut vivre, s?acheter du matériel et crée à partir du travail de ses doigts, nous ne pouvons que l?applaudir. Et ne pas nous prendre la tête avec les questions théoriques comme ?L?art doit-il être utile ou purement décoratif ? Faut -il rentabiliser l??uvre d?art ??
Jean Yves L?Onflé a le bon goût de ne pas se laisser distraire par pareilles considérations. Lui est là pour ?répondre à la demande.? écouter attentivement l?avis de ces personnes qui lui disent, ?Tiens, pourquoi tu ne ferais pas quelque chose qui conviendrait à mon salon, un truc que je pourrais offrir comme cadeau de mariage??
Et crée en conséquence. ?Au lieu de ne faire que contempler ce que j?ai fait, c?est bien de savoir que mes ?uvres facilitent, dans une certaine mesure, la vie des gens. Pour moi, cela ne veut pas dire que faire de l?utilitaire c?est baisser de gamme.?
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