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Jean-François et Emmy : à la vie comme à la mort?
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Jean-François et Emmy : à la vie comme à la mort?
Simplicité et émotion ont marqué les funérailles d?Emmy Ng Yeung et de Jean-François Lew Yee Teen, ces amoureux qui ont péri dans la nuit de samedi à dimanche dans l?explosion du Grand Bay Store. Une bonne foule, composée d?amis, de connaissances et même d?étrangers touchés par ce double drame était massée devant le Kit Lok hier en début d?après-midi.
Moment de recueillement quand les cercueils contenant les dépouilles sont déposés sur des tréteaux à l?entrée du lieu funéraire : les proches d?Emmy et de Jean-François s?agenouillent pendant plusieurs minutes sur le bitume tiédi par le soleil hivernal. Une fois les cercueils entreposés dans les vans mortuaires, Margaret et Jean-Noël, les parents de Jean-François, et leurs filles, Véronique, Valérie et Virginie, l?une d?elles tenant une photographie encadrée de Jean-François et d?Emmy au temps du bonheur, quittent le Kit Lok.
Denise et Roland, les parents d?Emmy, leur emboîtent le pas. Bien qu?ils aient tous le visage défait par la douleur, ils se montrent dignes dans la souffrance. Lorsque le convoi s?ébranle de la rue sir Virgile Naz, les Lew Yee Teen et les Ng Yeung se tiennent par le bras et marchent ensemble à sa suite.
A leur suite, tous ceux venus témoigner de leur sympathie, notamment les employés de l?hypermarché Super U, qui a baissé ses rideaux métalliques à 11 heures pour leur permettre d?assister aux funérailles. également parmi eux, Wendy Keen Cheng, une des survivantes de l?explosion. Elle a eu la jambe gauche fracturée et doit se déplacer en fauteuil roulant.
Témoignage des proches
L?heure est au recueillement. Au milieu de la procession, un proche des familles endeuillées psalmodie des prières. Les marchands de la rue SSR, habituellement si bruyants, semblent s?être donné le mot pour la mettre en sourdine. Les employés de bureaux qui arpentent les rues de la capitale se figent et regardent passer la procession d?un ?il compatissant.
Sur le parvis de la cathédrale St-Louis, le père Adrien Wiehe, l?officiant, attend les dépouilles et leurs familles. Les cercueils d?Emmy et de Jean-François, suivis de leurs proches, sont acheminés vers l?autel pendant que les haut-parleurs déversent les notes de ?With or Without You? de U2, un des disques préférés des victimes.
Kevin Lee, ami d?enfance de Jean-François et qui connaissait aussi Emmy, a fait le déplacement du Canada, où il étudie, pour assister aux funérailles. Il ne peut s?empêcher d?entonner les couplets à haute voix, indifférent aux regards qu?il suscite. La chorale du Sacré-C?ur de Beau-Bassin prend ensuite le relais avec l?émouvant ?Tears in Heaven? d?Eric Clapton.
Dans l?assistance, on reconnaît plusieurs personnalités dont le leader de l?opposition, le Dr Navin Ramgoolam et le ministre de la Justice, Emmanuel Leung Shing. Dans le ch?ur se trouvent l?acteur Alain Delon et Jean-Pierre Chomard, directeur du Royal Palm. L?acteur français, qui déposera par la suite une branche de bougainvillées mauves sur chaque cercueil, a voulu être présent, ?pour rendre hommage à ce couple d?enfants disparus? et ?rendre grâce à Dieu d?être encore en vie?. Il avait, en effet, dîné à La Langouste Grisée quelques heures avant le drame.
L?émotion est à son comble lorsque viennent témoigner parents et amis, notamment Pascal Tsin, directeur de Grand Bay Store et de Super U, où Emmy travaillait (au département comptabilité), et où Jean-François Lew Yee Teen avait été en stage pour trois mois. Un qualificatif revient souvent à propos des défunts, à savoir qu?ils étaient ?souriants?.
Dans son homélie, le père Wiehe rappelle que pour les croyants, ?la mort n?est pas la fin de tout mais la rencontre directe avec le Créateur?. Il ajoute que ?le passeport pour le ciel est le service à son prochain, quelle que soit sa couleur ou sa religion?.
Les marques de sympathie aux familles endeuillées prennent une demi-heure. Le convoi, sans les parents d?Emmy et de Jean-François ? la coutume chinoise veut que les parents n?enterrent pas leurs enfants ? se dirige ensuite vers le cimetière de Bois-Marchand. Là, les cercueils sont placés côte à côte dans une immense excavation avant d?être ensevelis.
Au milieu de la multitude de fleurs les recouvrant, sur la traditionnelle planchette de bois, calligraphiés en chinois, on peut lire les noms d?Emmy et de Jean-François, désignés comme mari et femme, ensemble dans la vie et réunis dans la mort?
ENQUÊTE SUR L?EXPLOSION DE GRAND-BAIE
Des fouilles plus avancées aujourd?hui
■ Les décombres de Grand Bay Store n?ont pas encore livré leur secret. Les enquêteurs comptent, aujourd?hui, faire démolir des pans en béton qui constituaient jusqu?ici un risque pour les policiers scientifiques dans leur recherche d?indices. Une réunion de travail est prévue à cet effet sur le site même, entre des officiers de l?Engineer Squadron de la Special Mobile Force (SMF) et des ingénieurs du ministère des Infrastructures publiques.
Hier, les différentes unités ont vu leur travail entravé par les structures vacillantes. A 10 heures, quelques rares curieux s?arrêtent devant le bâtiment en ruines de Grand-Bay Store. De temps à autre, une odeur nauséabonde prend les passants à la gorge. Elle proviendrait des produits frigorifiés qui sont toujours entreposés dans les différents commerces.
Les enquêteurs collectent, pendant ce temps,dans les débris, des éléments qu?ils espèrent susceptibles d?aider leurs collègues de la Major Crime Investigation Team (MCIT), du Central Criminal Investigation Department (CCID) et de la Criminal Investigation Division (CID) du Nord à percer le mystère de l?explosion meurtrière de dimanche. Le déploiement de la police à Grand-Baie est sensiblement réduit. Les hommes de la SMF qui sécurisent l?endroit sont placés sous la responsabilité de l?inspecteur Devanand Halkaree et les effectifs de la Special Supporting Unit (SSU) sont dirigés par l?inspecteur Boojhawon et le sergent Yogin Assyrigadoo. Cinq dépositions d?anciens locataires du bâtiment Grand Bay Store ont été enregistrées. La prochaine étape concernerait l?interrogatoire des propriétaires des boutiques endommagées et des restaurants.
Il est 11 heures quand les policiers scientifiques se préparent à pénétrer le bâtiment en ruines. Après avoir enfilé leurs combinaisons et pris de grosses boîtes en cartons, les sergents Rabindranath Salabee, Reiaz Dhonye et Jeetendra Ragavan, les constables Rajesh Kumar Kallichurn, Vivekanand Molla et Naidoo Venkatasamy, des Scene Of Crime Examiners, rejoignent la Bomb Disposal Unit (BDU) de la SMF qui, depuis un peu moins d?une heure, fouille déjà les décombres. Le photographe de la police, Bala Mootoosamy, et le dessinateur Dilshad Seeraulee participent à l?exercice.
La présence de l?équipe de policiers menée par le chef inspecteur G. Bissoon de la CID de Grand-Baie ne passera pas non plus inaperçue au cours de la journée.
Un expert venu d?Afrique du Sud pour le compte de la compagnie d?assurances Mauritius Union, auprès de laquelle Grand Bay Store est assuré, est aussi présent. L?expert, venu en compagnie du n° 2 du CCID, Pritamsing Jawaheer, et du responsable de la MCIT, le surintendant de police Clifford Parsad, prend quelques photos du lieu avant de repartir, une heure plus tard. Peu après 14 h 30, les recherches sont interrompues. Celles-ci se poursuivront ce matin.
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