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Jean-Claude Brialy et son péché par omission

19 septembre 2004, 20:00

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Quel cachottier ce Jean-Claude Brialy ! Soi-disant qu?il était venu nous voir parce que modestement : ?J?ai oublié de vous dire?, avance-t-il. Alors, le théâtre de Port-Louis, comble, lui a accordé audience mardi soir, histoire de lui accorder son pardon pour sa mémoire qui flanche.

Le comédien avait pris la précaution de nous signaler : ?Je mets quelqu?un en coulisses pour me faire signe quand j?ai dépassé les deux heures de spectacle. Il ne faut pas fatiguer le public.? Mais ce qu?il a fait exprès de dissimuler, c?est son énergie exceptionnelle. Celle insoupçonnée d?un homme de 71 ans qui nous fait voyager ? debout pendant plus de deux heures trente - jusqu?au bout de la nuit. Jean-Claude Brialy ne nous avait pas dit que dans la course au succès, il est du genre marathonien.

Sa tactique : commencer doucement. Qu?est-ce qu?il y avait avant le début de sa carrière longue de 50 ans ? Avec cette voix travaillée qui ne monte jamais au-dessus du grave suave, Jean-Claude Brialy nous a racontés comment sa peau, avant d?être tannée par les projecteurs de cinéma, l?a été par le soleil ardent de la sévérité de son père.

À coup de phrases jamais ponctuées par des trous de mémoire, il a feuilleté son album de famille. Ont défilé dans l?ordre, la mère qui ?aimait rire et chanter?, la grand-mère près de ses sous, l?autre qui, juste après un déjeuner dominical de plusieurs heures demandait aux petits enfants : ?qu?est-ce qu?on mange pour le dîner ??

Vint ensuite le tome de la gloire de mon père, ce militaire qui enlevait sa casquette pour jouer au papa sévère. Les superlatifs, les ?formidable?, les ?une personne merveilleuse? ont souligné les reliefs de celui qui après dîner, s?occupait de terroriser le ?beau Jean-Claude? en surveillant ses devoirs.

Sans que l?on s?en aperçoive, ce panthéon de légendes familiales s?est émaillé de personnages de légende. Jean Marais, le comédien qui joue juste, a surgi des films de cape et d?épée pour devenir cet amateur de la chair fraîche de jeunes garçons.

Les coquetteries de comédiennes sont revenues de plus en plus souvent. Danielle Darrieux est venue additionner son aura à celle de la marraine de Brialy : Jeanne Moreau. Le voyage au bout de la nuit est devenu une course poursuite après le temps. Qu?importe si dans la salle, quelques têtes ont sombré dans le sommeil. C?est le propre des histoires qui sont trop belles à raconter. Qu?importe aussi si des spectateurs qui s?étaient trompés entre le bon goût et le divertissement prêt à emporter, ont quitté le théâtre après une heure de spectacle.

Ils ont manqué le coup de foudre d?Alain Delon et de Romy Schneider. Ils ont loupé la partie où ?le beau Jean-Claude? s?est effacé devant le couple mythique. Pour ne plus être que le complice ému des quatre cents coups d?Alain Delon, le débutant à la belle gueule qui réussit à se faire inviter au Lido par la jeune Romy. Comme quoi, la meilleure partie de la mémoire, c?est celle où l?on réussit à se faire oublier.

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