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?Je suis contre toute indemnisation financière?

3 février 2006, 00:00

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● Pour vous, le crime de l?esclavage est irréparable, mais il ne doit pas rester impuni. Etes-vous en faveur de la compensation ou de la réparation ? Et sous quelle forme ?

Ce qui est important, c?est l?esprit. Je suis contre toute indemnisation financière donnée à des individus. D?abord parce que la souffrance n?a pas de prix, ensuite parce que c?est stérile. Qu?est-ce que les gens vont faire de cet argent ? S?acheter un frigo ? Cela ne va pas les aider à sortir de leur condition sociale. Je suis pour la responsabilisation par l?éducation.

On compense quoi ? Il faut le définir. Je suis pour la réparation des séquelles et des conséquences de l?esclavage par des politiques publiques. Le système esclavagiste a construit un discours pour justifier l?écrasement. On a intériorisé ce discours, il faut corriger cela profondément.

Quand l?esclavage a été aboli, on a indemnisé les maîtres, on leur a laissé leur capital foncier. On a figé les richesses. Nous sommes passés de l?esclave à l?ouvrier, au salarié, au prolétariat. L?éducation aurait dû leur permettre de changer de classe sociale. A cause de la différence entre leurs codes et le système éducatif, les descendants d?esclaves sont plus exposés à l?échec scolaire. L?éducation se retourne contre eux.

Il faut réparer ce que l?on a fait avec la terre, qui reste hors de leur portée. Il faut créer les conditions pour un débat dans la société. On ne peut imaginer qu?à chaque génération, il faille tout recommencer.

Quand l?esclavage a été aboli, on a indemnisé les maîtres, on leur a laissé leur capital foncier. On a figé les richesses. Nous sommes passés de l?esclave à l?ouvrier, au salarié, au prolétariat. L?éducation aurait dû leur permettre de changer de classe sociale.

● Le débat porte aussi autour des noms. Faut-il les changer ? Est-ce également une étape de la réparation ?

C?est sûr qu?il y a des noms qui sont insupportables. J?ai vu dans le livre du Père Romaine (NdlR : Les noms de la honte d?Alain Romaine), des exemples de Lapuante et de Bourrique. Il y a deux façons d?approcher cela. L?une, il faut assouplir les procédures pour changer de nom.

● Elles sont désormais gratuites à Maurice?

Je ne vous cacherai pas que le ministre Rama Valayden m?en a parlé lors de notre rencontre. C?est un acte profondément démocratique.

L?autre approche c?est d?assumer. Il y a un défi dans le fait d?assumer ce nom, témoignage de l?inhumanité d?un maître. Le conserver participe à la réhabilitation de la personne. Elle se dit : ?Aujourd?hui j?empoigne mon destin. Je vais décider de ce que je vais devenir.?

● Le président Jacques Chirac vient de choisir le 10 mai pour commémorer l?abolition de l?esclavage. Une date qui coïncide avec celle du vote de votre motion qui reconnaît la traite et l?esclavage comme crime contre l?humanité, en 2001. Votre réaction ?

Je n?étais pas spécialement en faveur du 10 mai. J?ai fait une loi, je ne m?arrête pas pour me dire que j?ai fait quelque chose d?historique. L?avantage, c?est que tout ce bruit-là a servi à faire comprendre à la France qu?elle n?a pas été seulement abolitionniste mais aussi esclavagiste. Pour le 150e anniversaire de l?abolition de l?esclavage, il y a eu des célébrations en grandes pompes à l?Elysée. Mon travail a été de rappeler que pendant trois siècles et demi, la France a été esclavagiste.

Ce n?est pas une victoire personnelle mais un bonheur personnel, et une victoire collective. Je m?inscris dans la lignée de tous ceux qui se sont battus avant moi. La référence au 10 mai, c?est redire à la France qu?elle a des comptes à rendre.

Cette loi est aussi dangereuse, elle ne se bat pas pour l?égalité de tous les gens qui viennent des anciennes colonies pour s?installer en France. Je me bats maintenant pour que ces personnes aient les mêmes droits. Quand un gamin est systématiquement orienté vers la couture, la maçonnerie ou les travaux domestiques, à cause de son nom, de ses origines ou de la couleur de sa peau, c?est grave. C?est solidairement que l?on va casser cela. Attention, je ne me bats pas pour l?ego des Antillais.

● Vous êtes également solidaire des Mauriciens, au point de défendre la cause du Morne auprès de l?Unesco?

C?est vrai, je vais soutenir la demande de Maurice.

● Comment ?

(Sourire) J?ai de bonnes oreilles. J?organise pour le 20 avril un symposium international en hommage à Léon Damas, un chantre de la négritude, dans le cadre de l?année Senghor. Pour cette opération, j?ai rendez-vous la semaine prochaine avec les ministres français de l?Education et de la Culture, ainsi qu?avec le directeur de l?Unesco. Je vais en profiter pour introduire le sujet.

● Maurice présente un deuxième dossier, celui de l?Aapravasi Ghat, dépôt des travailleurs engagés.

Je soutiens tout ce que demande Maurice.

Propos recueillis par Aline GROËME

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