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?Je souhaitais évoquer le choc des cultures?

18 février 2005, 00:00

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?C?est au Festival de Cannes, en 2001, à quelques jours du tournage de Joue-la comme Beckham, que mon ami Cameron McCracken, de Pathé Films, m?a proposé de réaliser une comédie musicale. Il savait qu?en 1997, j?avais tenté de faire une fantaisie anglo-bollywoodienne inspirée de mon amour pour Bollywood et les comédies musicales américaines. Pour des raisons financières, je n?ai jamais pu terminer le film ; il demeure la seule mauvaise expérience de ma carrière, à ce jour.

Avais-je envie de revisiter ce monde de stars glamour qui changent de costume à chaque scène, ces numéros flamboyants où des centaines de danseurs évoluent au milieu de jets d?eau d?un puissant érotisme ? Évidemment ! Une semaine plus tard, j?eus la révélation de ce que je voulais exactement faire. Le livre favori de mes années de jeunesse était Pride and Prejudice (Orgueil et Préjugés), et il m?apparut que son auteur, Jane Austen, comme David Beckham, était l?une de ces délicieuses icônes britanniques, mûres pour une relecture subversive. J?avais envie de faire de son Elizabeth Bennet ? l?héroïne la plus farouchement indépendante de la littérature britannique ? l?explosive Lalita Bakshi, une jeune femme intelligente au caractère bien trempé, fermement décidée à échapper au sort traditionnel des jeunes Indiennes.

Jane Austen nous entretenait des rapports de classes dans l?Angleterre du XVIIIème siècle. Pour ma part, je souhaitais évoquer le choc des cultures dans le monde d?aujourd?hui. Pride and Prejudice deviendrait Bride and Prejudice. Les Bennet deviendraient les Bakshi d?Amritsar (quintessence de la ville de province indienne). Darcy serait un riche hôtelier de Los Angeles, et son meilleur ami Bingley, un Anglo-Indien. Au lieu de se rencontrer lors de bals mondains, les personnages se croiseraient à l?occasion de mariages ayant lieu sur trois continents différents. Ma vie comme mes films sont intimement liés à la diaspora et à mes déplacements répétés, entre l?Angleterre, l?Inde et les États-Unis. Si tant de gens éprouvent, comme moi, du plaisir à sillonner ainsi le monde, pourquoi mes personnages et mon propre langage cinématographique ne feraient-ils pas de même ?

À peine avais-je commencé à adapter le roman qu?une évidence s?imposa : Jane Austen avait été Indienne dans une vie antérieure ! Ses personnages étaient des plus faciles à transposer ; l?intrigue et les thèmes étaient totalement pertinents par rapport à l?Inde contemporaine : une mère hystérique qui cherche à marier ses quatre filles? qui ne s?y reconnaîtrait ?

J?ai toujours eu une grande affection pour le chaos ludique des films bollywoodiens, que j?ai découverts dans la même salle que West Side Story, La Mélodie du bonheur, etc. À l?image de l?Inde, c?est un cinéma bourré de contradictions qui fonctionne contre toute attente. Je suis cliente de ce cinéma qui mêle à des émotions torrentielles une sincère et touchante innocence (Défense de s?embrasser, nous sommes Indiens!), un humour ?hénaurme?, des bagarres risibles et un minimum de sept séquences musicales à grand spectacle ! J?ai toujours su voir, au-delà de son kitsch fabuleux, le travail de ses brillants techniciens. J?ai eu envie d?associer certains de ces talents à une équipe internationale qui ouvrirait à Bollywood des horizons nouveaux.

Le choix des collaborateurs fut un vrai bonheur. Anu Malik est le plus grand compositeur bollywoodien de chansons pop aux mélodies irrésistiblement entraînantes et joyeuses. Saroj Khan, reine de la danse indienne, a chorégraphié depuis l?âge de treize ans des centaines de chansons. Santosh Sivan (...) est un grand directeur de la photographie ayant obtenu de nombreux prix en Inde. Pour interpréter notre Lizzie Bennett, j?ai choisi Aishwarya Rai, star ensorceleuse en qui Julia Roberts voit ?la plus belle femme du monde?. Pour Darcy, j?ai choisi le nouveau Cary Grant australien, aussi ?hot? que généreux : Martin Henderson. Il ne me restait plus qu?à faire prolonger mon passeport et à crier ?Action !?

80 jours plus tard, après un tournage à fond de train entre Londres, Amritsar, Goa, Bombay, Sedona, Beverly Hills, Santa Monica et Los Angeles, j?avais entre les mains un vrai film Bollywood : romantique, émouvant mais aussi drôle, kitsch, et même gentiment subversif !?

<B>Gurinder Chadha</B>

(Extrait du dossier de presse. Source : site officiel du film).

HOMMAGE

<B>Mort d?un auteur voyageur</B>

Arthur Miller, l?un des plus grands dramaturges de notre temps, est mort vendredi dernier. Très impliqué politiquement et socialement, il est l?auteur, entre autres, de Ils étaient tous mes fils (1947), Mort d?un commis voyageur (1949), Les Sorcières de Salem (1953). Il a beaucoup écrit pour le cinéma, pour Huston (Les Désaxés), mais aussi Sidney Lumet (A View from the bridge) et Karel Reiz (Everybody wins). Le film de la pièce The Crucible (Les Sorcières de Salem) tourné en 1995 par Nicholas Hytner a reçu une nomination à l?Oscar du meilleur scénario.

?(?) victime du maccarthysme, on lui refuse un passeport pour aller assister à la première de sa pièce Les Sorcières de Salem (1953) à Bruxelles, (?) une allégorie de l?ère McCarthy. Inlassable avocat de la liberté, Arthur Miller défendait à la fois un théâtre accessible au grand public et dénonçait toutes les formes d?oppression. L?art de l?écriture théâtrale consiste essentiellement dans une manipulation du temps, tout doit être concentré, avait-il coutume de dire.? (Libération)

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