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Jamie Foxx incarne la légende : ?Ray Charles?
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Jamie Foxx incarne la légende : ?Ray Charles?
Tout est dans l?intro. Celle de What?d I Say, les trois accords du blues réinventés au piano électrique. Un film qui commence par ces notes fait une énorme promesse, que Ray tient jusqu?au bout : celle de faire du cinéma avec la musique en restant fidèle aux deux arts.
On plane donc au-dessus d?un clavier ou deux mains dansent cette fameuse introduction. Il n?est pas besoin d?être un savant musicologue pour se rendre compte que ces mains sont justes, dans les notes, dans le tempo. Ce sont celles de l?acteur Jamie Foxx. Et pourtant ce qu?on entend, c?est bien Ray Charles. Ce miracle, renouvelé du début à la fin de ce long film, est en fait le résultat d?un travail prodigieux, mais, le temps de la projection, il n?est pas besoin de chercher à comprendre, juste de croire, et ce n?est pas difficile.
La mort de Ray Charles, le 10 juin 2004, a familiarisé la planète entière avec la biographie du Genius. Son enfance cruelle (la mort accidentelle de son frère, bientôt suivie par la cécité) dans le Sud des États-Unis au temps de la dépression et de la ségrégation, sa traversée des États-Unis et ses débuts de musicien professionnel loin de chez lui, dans le Nord-Ouest, son admiration pour le jazz sophistiqué de Nat King Cole et la transformation de sa musique après qu?il eut signé un contrat avec le label Atlantic. Son héroïnomanie aussi, ses frasques amoureuses, sa conversion à la country music.
Il y a là de quoi faire : un mélo ou une chronique sociale, la version rhythm?n?blues de Rocky ou un remake musical des polars sudistes des années 1960.
Taylor Hackford, le metteur en scène, effleure ces hypothèses, mais ne quitte jamais du regard l?axe principal du film, la musique. C?est elle qui préserve le film de toutes les embûches.
L?héroïne pour survivre
Tout est arrangé pour que, plein de bonne conscience, on prenne en commisération l?un et l?on tienne les autres dans le plus grand mépris. Et puis Ray Charles s?assied au piano, le groupe commence à jouer une ritournelle et la scène s?envole au-dessus des clichés, pour célébrer l?un des plus beaux accidents de l?histoire américaine, qui a vu se télescoper les musiques de deux communautés dont l?une haïssait l?autre, pour donner naissance à toutes les musiques qui ont composé la bande originale de la deuxième moitié du XXe siècle.
Quand il s?est agi d?entamer la saison de la distribution des prix du cinéma américain, Ray a été classé dans la catégorie ?musical? par les Golden Globes, les trophées remis par la presse étrangère accréditée à Hollywood. Cette classification un peu abusive n?est pas tout à fait absurde.
Cette célébration constante de l?artiste permet de tourner le dos aux habitudes hagiographiques du ?biopic?, le film biographique hollywoodien, et de tracer une image convaincante de l?homme. Dès le début de sa carrière professionnelle, alors qu?il tournait dans le Sud avec le groupe de Lowell Fulson, Ray Charles s?est accroché à l?héroïne.
Taylor Hackford et Jamie Foxx montrent cette addiction non pas comme une déchéance mais comme une stratégie de survie vouée à l?échec. Cet amour pour la personne de Ray Charles permet d?en faire un grand personnage de cinéma.
Ce travail repose en grande partie sur les épaules de Jamie Foxx. L?acteur s?appuie sur l?étonnante ressemblance physique avec son modèle et sur son talent de musicien, qui lui permet de tenir son rang de chanteur, de pianiste et de chef d?orchestre. Il y a dans la musique de Ray Charles ? surtout dans celle qu?il a enregistrée entre 1953 et son départ pour ABC ? une renonciation joyeuse à la sophistication, au profit de la vigueur et du plaisir immédiat. Taylor Hackford en a trouvé l?équivalent cinématographique, faisant de Ray la célébration irrésistible d?une des facettes les plus brillantes du rêve américain.
Thomas SOTINEL
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