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?J?ai une palette d?écriture faite de symboles?

19 février 2006, 20:00

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Votre nouvel ouvrage, Pile/Face rassemble vos contributions dans plusieurs parutions, dont ?l?express?, la revue ?L?Essor? et la Collection Maurice. Le lecteur y trouve aussi des inédits. Pourquoi ce choix ?

C?est une construction totémique. Elle rassemble mes signes. J?ai une palette d?écriture faite de symboles. Cela m?est venu dès le départ de ma vie d?écrivain. Quand je parle d?écriture, ce n?est pas qu?au sens littéraire du terme, cela inclut également le pictural. Mes icônes se dotent de toutes les méridiennes, mes signes se dotent de tous les symboles que je signe dans le temps.

Cet assemblage est l?une de mes manières de m?exprimer. J?interroge sans relâche qui je suis. J?explore au long d?un pèlerinage à rebours les signes et symboles gravés en moi.

D?où vous vient cette fascination pour le totem, au point d?en avoir fait une manière de voir le monde ?

Pas seulement une vision du monde, mais aussi de l?être humain. Je suis la dernière d?une famille de dix enfants. Quand je remonte à ma petite enfance, je me souviens de ma s?ur aînée qui m?avait offert un coffret avec des cubes, avec des images sur tous les côtés. Vous savez à quoi cela est destiné. Je me suis rendu compte, beaucoup plus tard, que je ne jouais pas avec ces cubes, dans le but qu?ils m?avaient été offert. C?était une fascination différente. Il y avait une recherche de la forme et des signes intérieurs. C?est avec le recul que j?en ai pris conscience, pas à l?âge de trois ans. J?ai aussi une fascination pour les coffrets. Les coffrets se retrouvent souvent chez moi sous forme de cantine trop lourde à porter pour un enfant.

Avec autant de facettes : journaliste, auteur, plasticienne, où est le côté pile, et le côté face de Jeanne Gerval Arouff ?

On ne peut pas s?échapper du yin et du yang. Les facettes sont là pour être équilibrées. Toutes les avenues convergent vers toutes les civilisations que je porte en moi. J?ai un besoin irrépressible de les fréquenter toutes. Je suis tributaire de toutes les semences qui façonnent mon île et mon peuple, ce qui donne naissance à tous les substrats.

Dans la palette d?écriture interdisciplinaire qui est la mienne, j?ai aussi besoin d?explorer la philosophie, le spirituel, la musique, de traquer les empreintes sur tous les supports, qu?il soit toile-mémoire, pierre-identitaire?

Vous avez bien une préférence pour l?un de ces médiums d?expression ?

Je suis menée par la chose, quand cela vous tombe dessus, il faut le prendre à bras le corps. De toutes les créations, c?est sans doute la création elle-même qui me fascine le plus. Je reconnais que nous sommes tous créés. Quand je réfléchis sur moi-même, j?arrive à croire que c?est l?acte créateur lui-même qui me fascine davantage que la peinture, la sculpture?

Pile/Face tisse aussi vos liens avec la destruction. Un exemple frappant, le rapprochement que vous faites entre les attentats du 11 septembre ( l?anéantissement des tours du World Trade Centre), la Nef et la mort du poète Robert Edward Hart?

Le côté obscur me touche profondément. Pour ce qui est de la Nef, cela traduit le lien particulier que j?ai avec cette côte sud. Ce qui demeure un mystère car je suis née sur une autre côte. La côte sud domine dans mes écrits. La destruction de la Nef m?a bouleversée. Je me console car il y a eu reconstruction.

Pour revenir au 11 septembre, cela a été un double choc. Comme tout le monde, je l?ai vécu en direct. C?était aussi une réponse à une peinture prémonitoire créée en 1986. A l?époque déjà, j?avais représenté New York sous mille facettes. Ce qui est curieux, c?est qu?en 1986, une des deux tours était partiellement détruite et l?autre était oblique. Dans le tableau, une espèce de planète venait se projeter contre la tour qui était en train de tomber. Cette ?uvre a été pour moi une source d?interrogation constante. La réponse est arrivée en 2001.

Tout à fait différente, la mer est omniprésente dans vos écrits

Cela vient du jour où ma grand-mère m?a prêté sa coquille à ravauder. Ce coquillage m?est resté comme une icône. Je porte sans cesse à l?oreille le bruit de la mer. Cette coquille me fait revenir à la perle. Dans l?enfance, je m?étais figurée que le poète vivait dans une huître, qu?il en était donc la perle. Normalement, il faut se boucher les oreilles pour entendre le bruit de la mer.

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