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J?ai révélé mon homosexualité à mes parents

25 mai 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

«Très tôt, j?ai su que j?étais différent. Même si pour faire plaisir à mes parents au début je m?affichais beaucoup avec des filles, faire semblant d?être heureux me rendait, au contraire, extrêmement malheureux. J?étais totalement vide. Quand mes parents se sont mis en tête de me faire épouser la fille de ma voisine, une amie d?enfance que je fréquentais occasionnellement pour me voiler la face, je leur ai dit la vérité. Depuis, ils ne me considèrent plus comme leur fils, surtout mon père qui m?a définitivement rejeté. Même quand je le croise dans la rue, il fait celui qui ne m?a pas vu. C?est très douloureux. Mes sentiments pour mes parents n?ont pourtant pas changé, je les aimerai toujours. »

Cette histoire, c?est celle de Mario L., 29 ans, qui aujourd?hui encore, n?a plus du tout de relations avec ses parents. Et cette situation est loin d?être la première et ne sera certainement pas la dernière.

Comme lui, Caroline M., 34 ans, aimerait juste renouer le dialogue avec ses parents qui lui refusent sa présence aux réunions de famille, aux anniversaires et aux mariages. « Ils se sont tous ligués contre moi. Mes parents ont annoncé mon homosexualité à toute la famille, et celle-ci m?a bannie de tout rassemblement. J?ai l?impression de ne plus avoir de famille », affirme-t-elle, désemparée.

Tout dernièrement encore le cas de Kate, une Mauricienne, et de Virginie, une Française, a défrayé la chronique à Mau-rice. Alors qu?elles étaient en train d?admirer le coucher de soleil sur une plage de Grand-Baie, six hommes, dont le père de Kate, les ont agressées verbalement et ont enlevé Kate. Celle-ci sera séquestrée pendant une semaine par sa famille.

Des comportements extrêmes

Quand les parents ne comprennent pas ce choix dans la vie de leurs enfants, les comportements de ceux-ci peuvent aller vers les extrêmes, comme en témoigne Shenaz P., 31 ans, qui en a fait les frais. « Mon père m?a souvent violemment frappée en public, et à plusieurs reprises il m?a craché dessus. Quant à ma mère, qui n?a jamais eu son mot à dire à la maison, elle reste muette comme une carpe. Si elle décide enfin de s?exprimer, c?est pour me dire que je suis malade, qu?un démon vit en moi, et que je devrais me faire exorciser? Ma copine et moi, on songe vraiment à changer de pays ! ».

Hélas, face aux révélations de l?homosexualité de leurs enfants, les parents réagissent mal. Ils congédient leur progéniture ou les banissent simplement de leur vie.

Si à Maurice, ce sujet est toujours tabou, dans de nombreux pays, l?homosexualité est considérée comme une faute, un péché, une maladie. Elle est punie de lapidation en Iran ou au Nigeria, d?emprisonnements en Roumanie, et de peine de mort en Afghanistan.

LES CONSEILS DU PSYCHOLOGUE-CLINICIEN VIJAY RAMANJOOLOO

Comment annoncer son homosexualité à ses proches ?

« Il n?y a pas de recettes pour cela. Quoi qu?il arrive, sachez que ce sera de toutes manières une entreprise qui entraînera deux risques : premièrement, sans le vouloir vous causerez une immense peine involontaire à vos parents. Même si il y a eu une évolution des m?urs, l?homosexualité est toujours refoulée à Maurice. Ensuite le deuxième risque sera le rejet de la famille.

Il faut aussi accepter le fait que votre existence ne sera pas comme vous l?aviez imaginée ou comme vos parents auraient voulu qu?elle soit. Le chemin vers l?acceptation de votre homosexualité sera parsemé de joies, et de peines. Encore une fois, il n?y a pas de moment adéquat où l?annoncer, vu que l?impact sera le même.

En général, les réactions des parents sont très violentes. Il est donc nécessaire de ne pas rester seul, mais au contraire de s?approcher des structures qui sont à même d?apporter un soutien psycho-logique. Le Collectif Arc-en-Ciel peut y contribuer. Les parents comme les enfants devraient s?y rendre sans hésiter, cela éviterait des problèmes. Le dialogue est souvent, dans cette situation le remède à tout.

L?important est de vivre pleinement votre sexualité, de vous assumer tel que vous êtes et de poursuivre votre chemin malgré les difficultés que vous rencontrerez, car en matière de sexualité, pour moi, il n?y a pas de normes. Tant que l?amour est là, c?est lui qui devrait triompher. »

ILS EN PARLENT?

Cynthia Coignet, traductrice et « Party and March Coordinator »

« Quand j?ai annoncé mon homosexualité à ma mère j?avais 18 ans, j?étais toujours à l?école. À l?époque, je sortais avec ma première copine. Mon comportement a changé et ma mère s?est rendue compte que je passais beaucoup de temps avec cette fille. Elle m?a posé la question de manière tellement directe que je me voyais mal lui mentir. Tout de suite, elle a culpabilisé en me répétant que c?était parce que j?avais mal vécu le divorce de mes parents?

Cela n?avait rien à voir pourtant. Ensuite, elle m?a envoyée faire une thérapie que j?ai suivie pendant un an pour lui faire plaisir. Finalement, je crois que cela a pris du temps pour qu?elle ne s?y fasse. Ce fut un long cheminement, long pour moi aussi de savoir qui je suis vraiment. Ce qui était important, c?était de ne pas imposer mon choix à ma mère. Je n?ai donc pas forcé les choses, et j?ai laissé le temps apaiser sa déception. Elle qui rêvait d?avoir un gendre, ses espoirs ont été anéantis ! Surtout, je ne voulais pas heurter sa sensibilité et m?attendre à ce qu?elle accepte tout de but en blanc. Aujourd?hui, même si cela a mis quatre ans avant que ma mère se fasse à l?idée que j?aime les femmes, notre relation est stable. Je lui parle de ma copine et de ce que nous vivons. »

Laurent Laroche, président du Collectif Arc-en-Ciel

« Ce n?est jamais une partie de plaisir que d?annoncer un choix sexuel jugé différent de la norme à ses parents. Mais ceux-ci ne sont pas dupes, et si vous êtes homosexuel, cela se sent. C?est juste que les parents ont du mal à se faire à cette idée qui les scandalise souvent. En ce qui me concerne, je l?ai su bien assez tôt, c?est-à-dire à l?âge de 14 ans. Les premiers moments ont été difficiles, et je ne m?attendais pas à ce que ma mère accepte mon homosexualité. C?est ce qui m?a permis de tenir. Elle en pleurait beaucoup, mais à force de dialogue, la situation s?est améliorée. Quand j?ai commencé à avoir le soutien de ma famille, de mes s?urs, etc., je me suis rendu com-pte que c?était possible de vivre normalement et non sous la persécution. Aujourd?hui, je suis président du Collectif Arc-en-Ciel et je me dis que si j?ai pu ?m?en sortir?, les autres le peuvent aussi. Ce que je trouve aberrant, c?est le cas d?un ami qui a déjà 40 ans et dont les parents et proches ne savent toujours pas qu?il est homo. Je trouve cela scandaleux. La pression de la famille a eu raison de lui, et c?est dommage. »

QUESTIONS A NATHALIE AHNEE, PORTE-PAROLE DU COLLECTIF ARC-EN-CIEL

« Nous accueillons des personnes rejetées par leur famille »

Votre association propose des activités culturelles à partir du 31 mai, dont une marche le 7 juin contre l?homophobie et les discriminations liées à l?orientation sexuelle. Quelles sont vos attentes ?

Le Collectif Arc-en-Ciel, comme chaque année, tient à marquer la journée mondiale de lutte contre l?homophobie pour rappeler la situation des personnes LGBT (lesbian, gay, bisexual and transgender) de par le monde et à Maurice.

Même si ces derniers temps les mentalités ont évolué, les persécutions sociales et légales que subissent encore ces personnes sont inadmissibles.

Les homosexuels sont encore trop souvent des boucs émissaires idéaux, d?où l?apparition de préjugés, de harcèlement, de violences à leur égard.

Il faut bien rappeler que l?homosexualité n?est pas un délit. Nos attentes, grâce à ces activités que nous organiserons, sont de montrer que tous ensemble, hétéros comme homos, nous pouvons vaincre l?homophobie.

Les parents d?homosexuels au fond, ne savent pas comment s?y prendre avec leurs enfants. Quels sont les conseils que vous leur prodiguez ?

Nous recevons dans notre association beaucoup de parents qui ne savent pas comment s?y prendre et c?est bien cela le problème. Si les parents s?étaient impliqués beaucoup plus dans la sexualité de leurs enfants, le choc au-rait été moins brutal.

Tout cela est, selon moi un manque de connaissance ; les parents ne savent pas parler avec leurs enfants. Donc dès que ceux-ci apprennent l?homosexualité de leur progéniture, les réactions se font en deux phases : la première c?est le choc intense.

Ce choc est normal dans la mesure où aucun parent ne s?attend à avoir un enfant homosexuel. Il faut là faire preuve de lucidité. La deuxième pha-se concerne le sentiment de culpabilité : qu?est-ce que nous avons fait pour en arriver là ?

Avez-vous vu des victimes de discriminations graves ?

Ce sont souvent les parents très religieux qui comprennent le moins l?homosexualité de leurs enfants. Ce qui se comprend : ils ont leurs convictions, un modèle du couple qui pour eux correspond à la normalité.

Du coup, nous accueillons souvent dans nos locaux des personnes qui ont été rejetées par leur famille, ou qu?il faut héberger. Ces formes de rejet génèrent une homosexualité mal vécue, entraînant des dépressions, des dépendances diverses, et même parfois le suicide.

Quelles sont les activités concrètes du Collectif Arc-en-Ciel ?

Nous sommes ouverts du mardi au samedi, et nous faisons essentiellement l?accueil des victimes de discriminations. Nous recevons aussi les parents qui se posent des questions sur l?orientation sexuelle de leurs enfants. Nous faisons également de l?accompagnement, et nous organisons des soirées où les hétéros et les homos s?amusent en harmonie.

CE QU?EN PENSENT LES PARENTS

Marie-Anne C. 54 ans : « Je ne veux pas connaître sa copine »

« C?est assez difficile pour moi de vous parler de l?homosexualité de ma fille aînée. D?ailleurs, je l?évoque rarement.

Je fais comme si de rien n?était, et je crois que cela m?apaise. Mon mari et moi, nous n?arrivons toujours pas à comprendre. Nous sommes chrétiens, nous avons élevé nos enfants dans cette religion, et je pense que nous leur avons tout donné, même si nous n?avons jamais roulé sur l?or. Cette orientation sexuelle me déplaît, et je ne me suis jamais cachée pour le dire à ma fille.

Il y a tellement de beaux garçons et je ne comprends pas que l?on puisse agir ainsi. Pour moi, c?est aller à l?encontre de la nature. Cependant, même si notre relation a radicalement changé, ma fille sait qu?elle peut compter sur moi si elle traverse des difficultés, même si mon mari lui a totalement fermé la porte de la maison. En revanche, je ne veux pas connaître sa copine. Je ne veux savoir ni son nom, ni où elle habite. En fait, je ne veux rien savoir d?elle du tout. Je trouve qu?une femme avec une femme, c?est malsain. Moi qui rêvais de voir toutes mes filles enceintes, je suis extrêmement déçue. »

Maryse A., 65 ans : « Jamais je n?accepterai »

« Mon fils m?a annoncé son homosexualité après mon retour de voyage. J?étais partie en Angleterre pendant quelques mois, et comme beaucoup de parents, je ne m?étais rendue compte de rien ! Je pensais que j?avais un garçon comme les autres, qui courait les filles. Comme je suis une mère très protectrice et à cheval sur les principes, j?avais même jeté un coup d??il pour lui sur les filles que je trouvais bien. Un soir, je vois mon fils rentrer à la maison en larmes. Il sanglotait. Je lui demande ce qui se passe, et là il me dit qu?il n?en peut plus de me cacher la vérité et qu?il vit une relation passionnée avec un autre homme, qu?il s?est toujours senti attiré par les hommes depuis qu?il était petit. Ma première réaction ? Je l?ai insulté, j?ai pleuré. Je lui ai dit que ce serait bien d?aller voir un prêtre, ou un psy, qu?il allait s?en sortir, etc. Je le persécutais, lui et son partenaire, je les suivais en voiture et je n?en éprouve aucune honte, jusqu?à aujourd?hui. Et j?ai toujours dit à mon fils que jusqu?à ma mort, je n?accepterai jamais son choix de vie. »

Céleste Roselda : « Le bonheur de mon enfant d?abord »

« Comme tout parent concerné par l?homosexualité, c?est vrai que j?ai eu beaucoup de mal à accepter, au départ, cette orientation sexuelle choisie par mon fils. Mais c?est vrai aussi que j?avais remarqué des signes avant-coureurs. Il n?était pas comme les autres, son comportement avec les filles était ambi-gu, et j?en suis venue à lui poser des questions. C?est là qu?il m?a révélé son homosexualité. J?étais assez triste je dois dire, car c?était inattendu, et on n?est jamais vraiment conditionné pour accepter ce genre de chose. Ce fut très déstabilisant.

Ce qui me faisait peur, c?est que lui en souffre, je pensais au regard des autres. Mais à la longue, je me suis habituée. L?essentiel, c?est que mon fils soit heureux, et il l?est. Je ne comprends pas les parents qui choisissent la violence pour régler les choses. Moi, je ne me préoccupe plus des commentaires et j?essaie d?épauler mon fils. Nous avons toujours une relation comme les autres et je n?ai aucun problème à témoigner à visage découvert. Il faut savoir faire l?impasse parfois sur nos idéaux et laisser notre enfant s?épanouir. Moi, je l?ai compris, et j?invite les parents qui sont confrontés à la même situation à en faire autant. Il faut plutôt chercher de l?aide pour comprendre cette orientation sexuelle, au lieu de sombrer dans la violence et les insultes qui finiront par détruire votre enfant et vous détruire aussi par la même occasion. »

Pasdar R. :« Je lui ai demandé de partir »

« L?homosexualité est condamnée par notre religion et mon fils le savait très bien. Il ne fallait pas qu?il s?attende à notre soutien. Quand il était petit, je lui avais toujours dit que quand il serait grand, il épouserait une jolie femme, qu?ils auraient des enfants, et que la descendance continuerait. Avec un homme, ce n?est pas possible, et il va s?attirer des maladies. Qu?il assume donc ses responsabilités.

Je voyais bien que les filles que je lui montrais ne lui convenaient pas. En grandissant, il était devenu impossible, il pleurait sans cesse, tout au long de son parcours académique ses résultats se détérioraient, il était malheureux, introverti, et a multiplié en notre absence les tentatives de suicide? Sa mère et moi nous ne savions pas comment faire. Il n?était pas un exemple pour ses frères et s?urs, car les hommes ne doivent pas pleurer comme des femmes. Cette fragilité m?exaspérait.

Quand j?ai compris que c?était irrémédiable et qu?il aimait les hommes, je lui ai demandé de partir, pour le bien-être de mes autres enfants. »

Juliette K., 50 ans :« La normalité, ce n?est pas l?homosexualité »

« Je crois que l?important, c?est de bien dialoguer avec ses enfants de la sexualité pour éviter des surprises qui peuvent briser la famille. En ce qui me concerne, ma fille m?a toujours dit qu?elle n?avait jamais été à l?aise avec les garçons, bien qu?elle ait eu toute une ribambelle de petits amis. Je me suis donc fait à l?idée que peut-être elle était lesbienne.

Or, il y a eu un retournement de situation. Vers ses 25 ans, elle s?est installée avec un ami, elle est tombée enceinte et a mis au monde un petit garçon. Je pensais donc que son choix, c?était les garçons. Au bout de quelques années, elle a quitté son conjoint pour une femme. Cela m?a déplu.

Ce n?est pas pour moi que je dis ça, mais c?est pour mon petit-fils. Cela brise ses repères, car il a grandi avec un père, et maintenant il se retrouve avec deux femmes à la maison. Je trouve cela anormal et malsain. Je ne me suis pas gênée pour le dire à ma fille qui a très mal réagi et m?empêche de prendre soin de mon petit-fils. Ils vivent tous trois en Australie. Moi je pense que cet enfant a besoin de comprendre les choses, que la normalité ce n?est pas l?homosexualité, que la compagne de sa mère n?est pas ?son papa? et n?a pas d?autorité sur lui. »

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