Publicité
Jacques Martial : « Césaire aurait été un slameur de nos jours »
Par
Partager cet article
Jacques Martial : « Césaire aurait été un slameur de nos jours »
Vous êtes actuellement en tournée mondiale avec le spectacle, Cahier d?un retour au pays Natal, d?Aimé Césaire. Est-ce un texte, un auteur, véritablement connu, dans le monde ?
C?est un auteur connu dans le monde entier. Dans le continent africain, et aussi bien dans les pays francophones qu?anglophones et même hispanophones. C?est un des grands auteurs, du 20e siècle et de la langue française, qui jouit d?une véritable reconnaissance, partout dans le monde, à cause de sa pensée, de sa dimension humaniste et de son engagement politique. Beaucoup le découvrent encore, par la musique de sa poésie. Il faut l?entendre car c?est un magicien des mots. Il aurait été un slameur aujourd?hui.
Quelle est la réaction du public d?aujourd?hui face à ce texte ?
Je crois qu?aujourd?hui, on est encore plus prêt à entendre ce texte qu?en 1939, date à laquelle il a été écrit. En 1939, c?était un moment où, aux Etats Unis les Noirs subissaient la ségrégation, en Europe c?était l?époque coloniale, la montée du nazisme. C?était un moment politique très violent. Et certains ont vu dans Cahier d?un Retour au Pays Natal, une ?uvre de circonstance. Or, aujourd?hui, on se rend compte que sa pensée dépassait largement ce contexte. C?était un vrai projet de société, un projet de paix.
Le texte a-t-il un écho plus important de nos jours ?
Je le crois absolument. En ce moment, le monde, par les moyens de communication, se questionne de plus en plus sur l?autre, sur l?altérité, la diversité, des cultures, des religions, des philosophies. Cahier d?un Retour au Pays Natal est un texte d?ouverture qui demande justement cette curiosité, ce désir de connaître l?autre.
Il ne fait pas l?économie de la difficulté. Il ne dit pas que tout est beau mais simplement que nous avons une responsabilité individuelle, qu?il est important de se dire que l?on peut changer les choses. Il avait 25 ans lorsqu?il a écrit Cahier d?un Retour au Pays Natal et on ressent l?urgence. Une énergie, une insolence, une intransigeance foudroyante devant le temps, le désir que les choses changent, que les gens comprennent. Les jeunes découvrent cette énergie-là.
Ce n?est pas un texte de théâtre, comment avez-vous travaillez la mise en scène ?
La première question était : qui est le personnage, qui est celui qui monte sur la scène. Après beaucoup de réponses, ce personnage est devenu un SDF, un homme perdu, sans repères qui cherche à se raccrocher à la vie . C?est une gymnastique intellectuelle. Ce monsieur, ce jeune, cet homme, est dans le déni de tout et va construire sa route à partir de ce qu?il est profondément, de ce qui lui est profondément humain.
C?est un texte capital, est-ce que son adaptation à la scène est aussi importante, dans votre carrière ?
Tout à fait. De par le texte même, car ce n?est pas un texte de théâtre. J?ai fait plus de 80 représentations, à New York, en Australie, en France, en Nouvelle Calédonie, aujourd?hui à Maurice, prochainement en Afrique du Sud.
J?ai été invité le 10 mai dernier, le premier jour de commémoration de l?abolition de l?esclavage en France, à réciter quelques extraits de ce texte, devant le président de la République. Je me rends compte que c?est un moment important et qui répond à une attente. Aimé Césaire avait trouvé les mots que l?on a besoin d?entendre aujourd?hui.
Publicité
Publicité
Les plus récents