Publicité
J-G. Prosper présente J-François Sam-Long
Par
Partager cet article
J-G. Prosper présente J-François Sam-Long
En février 1983, le Dr Jean-Georges Prosper offre aux lecteurs de l?express une vivante présentation de son confrère, le poète réunionnais, Jean François Sam-Long. En ce début d?année 1983, Prosper écrit d?abondance et d?autorité sur la littérature réunionnaise.
Jean François Sam-Long naît le 25 juillet 1949 à Sainte-Marie. Il se définit comme un « fruit cuivré de notre jardin de races ». Il fait référence à sa «grand-mère cafrine à sensibilité indienne» et à son «grand-père chinois, natif de Canton». En 1970, il effectue son service militaire. L?année suivante, il fait ses débuts professionnels dans l?enseignement secondaire. Sa passion pour l?identité créole de son île et sa conscience aiguë d?une juste revendication sociale stimulent le poète et l?écrivain qui sommeillent encore en lui mais qui ne tarderont guère à se manifester. En 1977, il publie son premier recueil de poèmes, Crucifixion, que préface son confrère, Gilbert Aubry. Parallèlement, commence sa quête identitaire. Elle transparaît dans le premier conte qu?il publie : Le Bassin du diable. Il s?inspire d?une légende créole et réunionnaise. En juin 1978, il crée une association de poètes et d?écrivains. Il s?agit de l?Union pour la Diffusion du Livre réunionnais (UDIR). Il se lance également dans l?édition, en dirigeant la collection Auchaing, le nom d?un ancien chef d?esclaves marrons. Il anime plusieurs émissions radiophoniques et télévisées pour FR3 Réunion. Six mois plus tard, il participe activement à la création du mouvement littéraire Créolie. Avec Tony Manglou, il fait paraître, en 1979, un ouvrage sur des peintres réunionnais. Artiste photographe lui-même, il publie un album, intitulé Visages de mon île.
Sur le plan sociologique, il fait paraître une étude fort documentée sur la Sorcellerie à la Réunion. Il préfacera encore l?ouvrage du Dr Gérard Mouls, psychiatre : Etudes sur la Sorcellerie à la Réunion. Sam-Long y rappelle les vieilles croyances populaires, héritées des îles et continents de peuplement : l?Afrique, Madagascar, l?Inde. Elles hantent toujours l?inconscient réunionnais. L?on se tourne volontiers vers le sorcier pour obtenir une certitude, une garantie, contre le mofine.
De nouveau avec la collaboration de Mgr Gilbert Aubry, devenu, entre-temps, le successeur de Mgr Georges Guibert et l?évêque de Saint-Denis de la Réunion (à l?époque le benjamin de l?épiscopat français), Jean-François Sam-Long fait paraître une monumentale anthologie de la Poésie réunionnaise de 1900 à 1980.
Il crée encore, en 1981, la revue culturelle de l?UDIR : Art quivi. Il publie un nouveau recueil de poème, Le cri du lagon, et un roman, Terre arrachée (1982). Au début de 1983, il prépare la parution de deux autres romans : Bagasse dans les yeux et Qui a craché à la face du ciel ? Egalement en préparation, une pièce de théâtre en créole : Noir marron ou zoura des cirques. Il est un membre associé de l?Académie de la Réunion de la commission d?attribution des prix littéraires et scientifiques, créés par le conseil général. Il est un des principaux animateurs du Centre réunionnais d?Animation culturelle (CRAC).
L?action du conte Le Bassin du diable se déroule dans un des îlets perdus au fond des cirques, cernés par de hautes montagnes, anciens refuges inviolables d?esclaves fugitifs. Sam-Long retrace la fuite désespérée des marrons et révèle les conditions de vie et de travail des esclaves, régis par le Code Noir de 1723.
Jean Azéma fait ressortir, à juste titre, que François Sam-Long, comme les autres poètes de sa génération, ne sont pas issus de familles bourgeoises et cossues. Ce ne sont pas des notables mais des revendicateurs, enracinés dans la population laborieuse de leur île. Comme ses confrères, Sam-Long s?exprime aussi bien en français qu?en créole. Il privilégie cette double expression. Il tient la langue créole pour un instrument de culture «susceptible de véhiculer une communication originale et enrichissante».
Le Cri du lagon du poète Jean François Sam-Long dément ceux, pensant que les poèmes de la créolie souffrent de douceur et d?un enracinement populaire et sociologique insuffisant. Ce cri est un appel, un envol, un départ :
Toutes voiles dehors, toutes voiles
Sur les brisants de la servitude.
Publicité
Publicité
Les plus récents