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Israël / Palestine : Deux Etats ?

24 mars 2008, 00:00

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Aidez-nous à divorcer : Israël Palestine : deux Etats maintenant, Amos Oz, Editions Gallimard.

Amos Oz est l?un des plus grands écrivains d?Israël. Auteur d?une quinzaine de livres traduits ( de l?hébreu ) dans le monde entier, dont le dernier est «Vie et mort en quatre rimes» (lire l?article de J.M.G Le Clézio dans «Libération» du 13 mars 2008), il est depuis des années la conscience et la voix politique du mouvement pour la paix. Dans «Aidez-nous à divorcer !», il rappelle qu?il a commencé à ?uvrer pour une paix israélo-palestinienne bien avant la création, en 1978, du mouvement israélien «La Paix maintenant». En effet, dès 1967, juste après la guerre des Six jours, il a été parmi les premiers et très rares israéliens à promouvoir une solution négociée pour la Cisjordanie et Gaza, non pas avec la Jordanie ou l?Egypte, mais avec la population palestinienne, avec le leadership palestinien, c?est-à-dire l?OLP, qui, à l?époque, refusait encore de prononcer le nom d?Israël. C?était une drôle d?expérience, se souvient-il.

Quelles sont aujourd?hui les idées d?Amos Oz sur la question ?

D?emblée, il affirme, à l?adresse des Européens, qu?il est futile de chercher qui sont les bons et qui sont les méchants du film : «Non mes amis, ce n?est pas aussi simple, car le conflit israélo-palestinien n?est pas un western. Mais plutôt, d?après moi, une tragédie au sens ancien. Et au sens le plus exact du mot tragédie, c?est-à-dire un conflit entre deux revendications, l?une puissante, très profonde, très convaincante, et l?autre, très différente, mais non moins convaincante, puissante et humaine.»

A mos Oz réhabilite l?idée du compromis : «Ce dont nous avons besoin, c?est d?un douloureux compromis. Pour moi, le compromis signifie vie. Et le contraire du compromis n?est pas, pour moi, l?idéalisme ou le dévouement. Le contraire du compromis, pour moi, c?est le fanatisme et la mort.»

Pour l?auteur, le conflit israélo-palestinien est avant tout un conflit entre deux victimes du même oppresseur, ce qui le rend particulièrement dur. Car l?Europe, souligne-t-il, a colonisé le monde arabe, l?a exploité et a également persécuté, puis exterminé en masse les Juifs lors d?un génocide sans précédent. Cependant, au lieu d?être solidaire, chaque victime voit en l?autre l?image de son ancien oppresseur.

Amos Oz ne croit pas en une soudaine lune de miel entre les Israéliens et les Palestiniens. Et alors ? Qu?espère-t-il ? «Si je m?attends à quelque chose, c?est plutôt à un divorce, un divorce juste et équitable, entre Israël et la Palestine. Un divorce fait mal, c?est quelque chose de douloureux. Et particulièrement celui-là, qui sera un drôle de divorce où les deux parties resteront dans le même appartement, pour toujours. C?est un divorce où personne ne déménage. Et comme l?appartement est petit, il sera indispensable de décider qui aura la chambre A, qui la chambre B, qui aura le salon, et de trouver, en plus, un arrangement spécial pour la salle de bain et la cuisine. Vraiment pas très commode?Mais toujours mieux que cette situation d?enfer que nous traversons en ce moment, dans ce pays que nous aimons. Un pays où les Palestiniens sont opprimés au quotidien, harcelés mentalement, privés, humiliés, affamés par un gouvernement militaire israélien cruel. Un pays où les Israéliens sont terrorisés tous les jours par des attaques terroristes impitoyables, frappant indifféremment civils, hommes, femmes, enfants, écoliers, clients des centres commerciaux. Oui, tout est préférable à cela ! Oui, il faut un divorce équitable !»

Amos Oz pense qu?il y a une question cruciale à considérer : « Plus urgente que la question des frontières, plus urgente que toute autre question, reste à régler la question des réfugiés palestiniens de 1948 et de leur tragédie. Ces gens qui, lors de la guerre israélienne d?indépendance, ont tout perdu, même leurs maisons, et dans certains cas même leur patrie.»

On peut, certes, écrit Amos Oz, soulever la question de la responsabilité : Israël ou les gouvernements arabes de l?époque ? Constatant la profondeur des désaccords sur le sujet, il ajoute que le sort des réfugiés ne peut attendre : «Il faut ?à chaque réfugié palestinien sans maison et sans travail, une maison, un travail et un passeport. Israël ne peut accueillir tous ces gens, en tout cas pas en très grand nombre. Si Israël le fait, ce ne sera plus Israël. Mais Israël doit avoir sa part dans la solution. Israël doit avoir sa part de responsabilité dans leur tragédie.»

Amos Oz est convaincu que le blocage mental est révolu. Il affirme qu?un référendum ou un sondage d?opinion publique entre la Méditerranée et le Jourdain révélerait que 80 % des personnes interrogées choisiraient le partage, la solution de deux Etats : «La bonne nouvelle dans tout cela, c?est que, pour la première fois depuis cent ans, les deux peuples, juif israélien et arabe palestinien, sont en avance sur leurs dirigeants.»

En conclusion, Amos Oz demande aux Européens, au monde extérieur de ne plus pointer du doigt les Israéliens ou les Palestiniens mais de tout faire pour aider les deux peuples. «Pourquoi ? Parce que ces deux peuples sont sur le point de prendre les décisions les plus douloureuses de leur histoire.» Il signale que l?abandon des territoires occupés et le renoncement aux colonies feraient que la frontière d?un Etat palestinien à venir se situerait à environ sept kilomètres du seul et unique aéroport d?Israël. Et les Palestiniens, de leur côté, devraient sacrifier des endroits ( Haïfa, Yafo, Beer Sheva ) qui leur appartenaient, ce qui sera pénible. Et les derniers mots d?Amos Oz : «Vous n?avez plus à choisir entre être pro-israélien ou pro-palestinien, vous devez être pro-paix.»

Le point de vue d?Amos Oz est évidemment matière à débat. Il est dommage qu?Edward Saïd , l?un des plus grands défenseurs de la cause palestinienne, ne soit plus là pour dialoguer avec Amos Oz. Il est mort, emporté par un cancer, sans voir son rêve se réaliser. En sera-t-il de même pour Amos Oz ? A l?ère de l?extension du club «nucléaire, la tragédie israélo-palestinienne est désormais celle de toute la planète?

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