Publicité
Irradiation nouvelle selon Maryse Hardy
Par
Partager cet article
Irradiation nouvelle selon Maryse Hardy
Maryse Hardy exposera une cinquantaine de toiles au Ruisseau Créole, du samedi 28 octobre au samedi 4 novembre. Cette exposition aura lieu au siège social du bureau Turnstone, au 2e étage du Bloc B, du complexe commercial Ruisseau Créole, La Mivoie, Rivière-Noire. Cet événement artistique se présente d?ores et déjà comme une aubaine que les amateurs de Beaux-Arts, principalement ceux de la région Ouest, sauront saisir.
Elle s?intitule Métamorphose et s?explique comme « une invitation à célébrer le règne de la couleur ». La peinture de Maryse Hardy, du cru 2006, se présente à nous comme un étrange mélange de continuité et de renouvellement. Celle-là se retrouve notamment dans la diversité des ?uvres comme des styles. Des natures mortes côtoient, de façon parfois surprenante, des paysages, des marines, des rues portlouisiennes, notre Morne emblématique, nos pirogues animant avec tant de grâce le théâtre de nos lagons.
Le style, la façon de peindre, les touches de pinceau, le corps à corps avec les matériaux de peinture et la résistance qu?ils offrent à l?inspiration artistique, se rapprochent beaucoup de ce que nous avons déjà vu antérieurement, lors d?exposition des autres membres, et non des moindres, de ce que le regretté Georges André Decotter appelle le « Panorama de la peinture mauricienne ».
Certaines toiles rappellent beaucoup, mais non sans charme, l?élégance aérienne et dynamique des meilleures toiles d?un Serge Constantin ou d?un Jocelyn Thomasse, surtout quand Maryse Hardy prend d?abordage, comme eux, les navires de pêche aux proues élancées de notre bonne vieille rade du Port-Louis. À d?autres moments, le combat avec l?huile qui s?empâte et s?accroche aux pinceaux nous rappelle France Staub, également regretté.
Cette continuité et ces retrouvailles nous émeuvent moins que les éclairs de renouvellement qui illuminent avec tant de bonheur certaines toiles, au point de les métamorphoser, non pas en une simple « célébration du règne de la couleur, mais bien en de véritables transfigurations illuminatrices. Non pas de ces illuminations graduées à la manière d?un Rembrandt ou d?un Georges de La Tour, dues soit à une béatitude intérieure, soit à une source lumineuse dissimulée, mais irradiant ce qu?elle éclaire, nous convaincant ainsi de sa présence.
Le renouvellement chez Maryse Hardy rappelle davantage une volonté, à laquelle nous a préparés un Jean-Jacques Terrasson, d?arroser de différentes dominantes colorées certaines parties d?un même paysage.
Les rues de Port-Louis sont transfigurées
Les meilleures toiles de Maryse Hardy peuvent ainsi présenter, au premier plan, un large espace dominé par un rose recherché et prononcé, à la limite du criard, devançant un autre espace sous dominante verdâtre qu?un ciel doré, lumineux, qu?on pourrait penser être l??uvre d?un Turner, surplombe et arrose de lueurs. Les contours des détails du paysage perdent de leur importance devant ces bains de lumière, tombant à la fois du ciel et surgissant des entrailles de la terre et s?affrontant aux limites d?une zone tampon dominée par une troisième teinte différente.
Du coup, voilà notre paysage harmonieusement et esthétiquement renouvelé. Tout devient alors possible car l?artiste est de nouveau en pleine possession de sa liberté absolue. On lui donne alors raison de peindre en rouge les berges du débarcadère de Belle-Ile ou en jaune un lagon que cette couleur illumine pour en faire une icône.
Les ciels à la Turner de Maryse Hardy, hésitant entre couleur, lumière et espoir d?une aube meilleure, sont peut-être le point d?orgue d?une exposition pouvant amorcer l?ouverture d?un nouveau chapitre dans l?histoire de la peinture mauricienne.
À d?autres moments, Maryse Hardy plonge nos plus beaux paysages dans un bain de teinture mauve. Notre Morne, de plus en plus emblématique, en sort encore plus fantasmagorique, pouvant alors inspirer nos meilleurs fantasmes.
D?autres toiles irradient différemment de lumière parce que notre artiste n?a pas son pareil pour multiplier ses meilleurs effets esthétiques, en les forçant à se refléter dans une surface aqueuse servant d?utiles miroirs, qu?il s?agisse des Salines de la Rivière-Noire ou de plans d?eau.
Curieusement le Trou-Fanfaron ne lui inspire pas de telles réussites, réservées apparemment aux épousailles des effets célestes aux aspirations terrestres, avec pour témoin nos plus belles montagnes. Entrouvrons ici une parenthèse pour préciser que notre Morne a davantage de chance sous ses pinceaux que notre infortuné Pieter Both.
Le combat de Maryse Hardy avec la peinture à huile offre ses plus belles réussites quand elle permet à ses bouquets de fleurs ou encore à ses natures mortes à dominante rouge d?exsuder des éblouissements mystiques que n?aurait pas dédaignés un Chaïm Soutine. Rouge et jaune sont des couleurs pareillement maîtrisées par notre artiste. Certaines de ses pommes ou de ses roses sont à elles seules de véritables feux d?artifices, nous conduisant aux limites du ravissement.
L?éblouissement causé par un bouquet de fleurs à dominante jaune peut nous faire penser à un Vermeer ou à un Turner, convertis aux natures mortes. Il va de soi qu?un bouquet de fleurs se prête mieux à ce combat de lumières et de reflets que les voiles de pirogue même celles taillées pour des régates.
Des rues de Port-Louis sont ainsi transfigurées, même quand elles ne s?éclairent pas de lampadaires chinois, après que Maryse Hardy les eut trempées dans une liqueur mordorée, quand ce n?est pas dans une coulée de lave sinon de feu. La ville revêt alors d?étranges lueurs et nous la découvrons à nouveau parce qu?on la devine appelée à une vie nouvelle.
Un désir de lumière qui bouillonne en elle
À côté de tels éblouissements, d?autres toiles de la même artiste nous impressionnent moins en raison de leur côté déjà-vu ou par leur manque de renouvellement.
Maryse Hardy nous laisse l?impression d?être encore en recherche et de n?être pas certaine de s?être déjà entièrement trouvée dans un style plutôt que dans un autre. Laissons-lui le temps de se chercher jusqu?à ce qu?elle trouve ce qui correspond le mieux au désir de lumière et d?illumination qui bouillonne en elle.
Nombreux serons-nous à lui exprimer nos satisfactions personnelles. Elles peuvent l?aider. Elle ne doit pas les prendre pour argent comptant. Elle est sur la voie de la recherche. Nous lui savons gré de nous inviter à faire un bout de chemin en sa compagnie, à partager des moments aussi heureux de sa quête. La suite qu?elle donnera à son exposition du Ruisseau Créole (le 28 octobre au 4 novembre) nous intéresse autant que l?événement artistique qu?elle suscite déjà.
Publicité
Publicité
Les plus récents