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Irrésolutions
On n?a pas senti le frémissement habituel qui caractérise les fêtes de fin d?année. Au contraire, les signaux racontent tous la même torpeur. L?engourdissement des porte-monnaie, plus garnis de piécettes que de billets, témoigne d?un niveau de vie qui recule constamment. Le constat est déprimant. Le remède encore plus aléatoire. Ce n?est pas pour autant qu?il faut s?abandonner au désespoir, se laisser gagner par des angoisses et s?enfermer dans un fatalisme collectif. L?île Maurice peut réagir. Elle a des ressources. Voire de la volonté. Mais tout cela ne servira à rien si elle n?a pas d?envie. Cette envie, ce sont les politiques et tous les dirigeants du pays qui la suscitent. Reste la question de savoir s?ils croient suffisamment en eux-mêmes pour provoquer et partager cette envie avec la population.
C?est peu probable. Et cela le devient encore moins lorsqu?on a un Premier ministre qui choisit la fin de l?année pour réaliser un bilan de santé à Londres ! On peut aisément deviner qu?il n?y a pas grand-chose qui changera en 2007. Surtout lorsque des politiques pensent qu?ils peuvent faire croire n?importe quoi à une population. Une perception qui se nourrit de l?indolence des électeurs. Une manière d?être dans un pays, qui, après avoir cultivé les préjugés, s?est mis à entretenir le cynisme. Dès lors, comment penser qu?il existe une envie commune à réaliser un grand dessein national ? Quand les modèles agissent en tire-au-flanc, que peut-on espérer d?autre du commun des mortels ?
Nos dirigeants politiques disent faire preuve de lucidité en engageant le pays dans une ascèse nationale qui rime avec rigueur. C?est le même discours qu?on nous bassine depuis plus de sept ans. Dans le fond, il n?y a pas de progrès sans sacrifice. C?est entendu. Mais ce progrès qu?on nous promet tant, non seulement il tarde à se faire sentir mais il semble aussi reposer sur la bonne et seule volonté de quelques politiques. Cela suffit à justifier le pessimisme ambiant. La situation se complique davantage lorsque tous les espoirs reposent sur les épaules d?un seul homme. En l?occurrence, Rama Sithanen. Celui-ci a engagé des réformes qui répondent aux oukases des gendarmes de l?économie mondiale. Il y a un peu de précipitation dans cet assujetissement au décalogue des grandes puissances économiques. Mais aussi longtemps que d?autres hypothèses ne sont pas clairement énoncées, Rama Sithanen a le mérite de prendre des initiatives.
On ne peut pas non plus imputer tous nos malheurs aux seules institutions internationales et à nos politiques. Ceux-ci sont en grande partie responsables de l?ambiance délétère. Mais il est aussi question d?un devoir citoyen chancelant. Un pays qui s?épuise dans des querelles stupides se prive des moyens d?un développement rapide. Une société civile qui subit sa relation avec la société politique comme un procédé d?inféodation peut difficilement créer des valeurs nouvelles sur lesquelles un pays construit son avenir. Un citoyen lambda qui se représente l?Etat comme seul garant de son bonheur ne contribue pas beaucoup au mieux-être collectif.
Ce pays a besoin d?un sursaut. Surtout en cette année qu?on annonce difficile. Quoi qu?il soit aussi vrai que c?est le même refrain qu?on entend à chaque début d?année. Il faut se débarrasser de ces clichés. Il importe que les dirigeants politiques rendent compte d?une générosité d?une nouvelle nature. Qu?ils communiquent mieux et non pas qu?ils s?entêtent dans de vicieuses stratégies électoralistes qui ne servent qu?à diviser l?opposition et à abêtir l?opinion publique.
L?agenda 2007 n?est pas entièrement établi. C?est de sa capacité à multiplier les réformes qu?un pays indique les contours de son ambition. Or, depuis 2000, nous ne voyons que les limites de cette ambition.
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