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Interrogations autour de la libération d?Ingrid Betancourt

7 juillet 2008, 00:00

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Le récit de la libération des otages est digne des meilleurs scénarios hollywoodiens. Le président colombien, Alvaro Uribe, a même évoqué une «épopée épique». L?euphorie retombée, des zones d?ombre subsistent quant à la version officielle donnée par l?armée colombienne du déroulement de l?opération. Les doutes portent sur l?éventuel versement d?argent aux guérilleros tombés dans le piège de l?armée colombienne.

La Radio suisse romande affirme que les deux geôliers capturés mercredi par l?armée colombienne, Gerardo Antonio Aguilar, alias «Cesar», et Alexander Farfan, alias «Enrique Gafas», auraient touché 20 millions de dollars pour leur défection et leur coopération. Citant «une source proche des événements, fiable et éprouvée à maintes reprises ces dernières années», la radio publique suisse affirme que les Etats-Unis sont «à l?origine de la transaction».

C?est l?épouse de Cesar, capturée en février par l?armée colombienne, qui aurait servi d?intermédiaire pour la transaction après sa libération et obtenu de son mari qu?il change de camp. Outre le versement d?argent, les ex-geôliers auraient obtenu l?impunité et l?assurance de pouvoir s?installer à l?étranger, dans l?un des trois pays «amis» de la Colombie : la Suisse, l?Espagne ou la France. La «mise en scène» de l?opération «Jaque» aurait donc permis au président Uribe, selon la radio suisse, «de s?en tenir à sa ligne qui exclut toute négociation avec les rebelles tant que les otages ne sont pas libérés».

«Ceci n?est pas un sauvetage. C?est une opération de remise d?otages pour laquelle une rançon a été versée», affirme également la sénatrice colombienne Piedad Cordoba, ancienne médiatrice entre la guérilla et le président Hugo Chavez.

«Pas de preuves tangibles»

Interrogée par le quotidien argentin Clarin, la sénatrice indique ne pas avoir de preuves tangibles au sujet du paiement d?une rançon, mais dit se baser sur les déclarations des autorités colombiennes. Après l?annonce de la mort de l?ancien numéro un des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Manuel Marulanda, Alvaro Uribe avait lui-même déclaré qu?un responsable de la guérilla avait contacté les services de renseignement colombiens pour négocier la remise en liberté d?Ingrid Betancourt, à condition de ne pas être extradé.

Les médias colombiens assurent pourtant que Cesar et Gafas répondront devant la justice colombienne de leurs crimes. Ils sont notamment accusés de «rébellion» et «narco-trafic». Citant le chef de l?armée colombienne, l?hebdomadaire El Tiempo assure que les deux hommes font déjà l?objet d?une demande d?extradition des Etats-Unis.

QUEL ROLE A JOUE LE RENSEIGNEMENT ISRAELIEN ?

Immédiatement après sa libération, Ingrid Betancourt a comparé sa libération à une opération israélienne de libération d?otages. Des médias israéliens ont affirmé vendredi que des conseillers hébreux étaient impliqués dans l?opération.

Selon la radio militaire israélienne, deux conseillers militaires auraient participé aux préparatifs. Mais aucun détail supplémentaire concernant leur rôle précis n?a été dévoilé. Selon Haaretz, l?aide israélienne, qui a impliqué plusieurs dizaines d?experts en sécurité, a été coordonnée par Global CST, une société privée de conseil en sécurité, dirigée à Bogota par deux officiers supérieurs à la retraite depuis peu, «Israël Ziv» et Yossi Kuperwasser. L?aide israélienne ne serait d?ailleurs pas récente. Selon le quotidien Yediot Aharonot, un groupe de conseillers militaires israéliens a reçu l?année dernière l?accord du ministère de la Défense d?Israël pour apporter de l?aide à l?armée colombienne, en particulier aux unités spéciales. Et Global CST a d?ailleurs décroché un contrat de 10 millions de dollars en Colombie pour aider les forces spéciales dans leur lutte contre les FARC.

QUEL EST LE DEGRE D?IMPLICATION DES ETATS-UNIS ?

Le succès de l?opération «Jaque» a soulevé des interrogations sur une éventuelle aide de l?armée américaine. Selon le New York Times, l?opération de sauvetage était «exclusivement colombienne» mais a mis en valeur l?efficacité d?une armée qui a reçu 5,4 milliards de dollars d?aide des Etats-Unis depuis 2000, dans le cadre du Plan Colombie. Hormis le soutien financier, le gouvernement américain a apporté un appui technologique, fournissant notamment des hélicoptères et du matériel de surveillance qui a permis à l?armée colombienne de localiser très précisément les otages.

Une autre question soulevée par le New York Times est le calendrier parfait des libérations des quinze otages pour le candidat républicain à la Maison-Blanche. En effet, coïncidence, John McCain se trouvait en Amérique latine le jour de la libération. Il a affirmé avoir été informé par le président Uribe dès mardi soir de l?opération. Coïncidence ou pas, la libération des trois ressortissants américains vient à point nommé dans la campagne électorale du républicain.

La discrétion qui entoure la libération des trois Américains contraste par ailleurs avec la médiatisation des retrouvailles d?Ingrid Betancourt avec sa famille. Marc Gonsalves, Thomas Howes et Keith Stansell sont retournés directement aux Etats-Unis après leur libération, sans s?arrêter à Bogota mercredi soir. Ils se trouvent depuis dans un centre médical militaire à San Antonio, au Texas, où ils ont retrouvé leurs proches mais n?ont fait aucune apparition ni déclaration publiques. Les trois hommes ? agents du FBI ? étaient chargés d?une mission anti-drogue par le Pentagone lorsqu?ils avaient été capturés par les FARC en 2003.

> BOGOTA DIFFUSE UNE NOUVELLE VIDEO POUR ACCREDITER SA VERSION

Face au scepticisme ambiant, Bogota a diffusé une vidéo (ci-dessus), montrant les otages au moment de leur libération, a réaffirmé sa version et a démenti le versement d?une rançon à la guérilla. Tour à tour, le ministre de la Défense colombien, Juan Manuel Santos, et le général Freddy Padilla, commandant des forces armées colombiennes, ont pris la parole pour faire taire ces rumeurs.

Tous les deux ont déclaré que «pas un seul centime n?a été versé dans cette opération». Le général a ajouté qu?il aurait été préférable que le gardien des otages, Cesar, accepte des millions de dollars, car cela aurait démontré selon lui «la décomposition dans les rangs des FARC».

Interrogé lui aussi par la presse sur ces allégations, l?ambassadeur américain à Bogota, William Brownfield, a également démenti que les Etats-Unis aient versé la moindre rançon. La France, qui n?a pas été mise en cause, a également démenti, par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Eric Chevallier, avoir payé une rançon. Ingrid Betancourt a par ailleurs elle-même déclaré ne pas croire à la possibilité d?une mise en scène.

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