Publicité

Infirmier un métier à soigner

28 juin 2008, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Elle a cette façon de dire «mon» hôpital. Quelquefois avec des traces de miel. Mais le plus souvent avec des orages dans la voix. «Miss» répète souvent qu?elle aime son travail. Est-ce pour s?en convaincre elle-même, après trente-deux ans de service ? A 51 ans, elle a fait le tour de plusieurs établissements hospitaliers.

«Charge nurse», c?est-à-dire responsable de salle, elle estime que le manque de bras dans le service a considérablement augmenté sa tâche. Au point où elle se retrouve «en sandwich» entre ses responsabilités d?infirmière : faire le lit, donner le bain, administrer les médicaments, changer les pansements? son travail administratif et le soutien qu?elle doit au Ward Manager.

Pour elle, il n?y a pas de doute quant aux raisons derrière le manque de personnel. C?est aussi son principal grief : la question salariale. Evidemment. «ce n?est pas suffisant». Quand elle étaye ses dire, Miss prend le soin de montrer qu?elle est en phase avec le coût de la vie qui augmente. «Li pe vini depi dehor, baril petrol pe monte tou sa la».

N?empêche qu?elle trouve minime son salaire qui tourne autour de Rs 26, 000 ce qui inclut le PRB 2008. Alors qu?un infirmier commence à Rs 12 000. «J?ai 32 ans de service. A chaque fois que le rapport PRB sort, «ou bann junior fini vinn zoinn ou. Nou pa avanse».

Un travail tout autant, une vocation qui commence à 7 h 30 pour se terminer à 18 heures. «J?ai 35 minutes pour le repas», insiste Miss. Pour qui le travail de nuit est de 18 heures à 7 h 30. Quand elle est lancée, elle n?en finit pas de dire à quel point, «promosyon tarde». «Cela m?a pris 25 ans pour devenir Charge nurse, c?est dans ma 26e année de service que j?ai été promue». Sans compter les récriminations contre ce qu?elle estime être une «discrimination contre les femmes». car les infirmières ne sont promues Charge Nurse que si elles suivent un cours d?un an ? en sus des trois ans à la Nursing school ? en maternité. «Bann zom gagn promosyon san pass par la. Nous sommes des infirmières spécialisées, pourquoi est-ce qu?on ne nous reconnaît pas en tant que tel ?»

Quand elle y pense, avec ses six «Credits» au School Certificate, elle avait eu la possibilité d?être enseignante à l?époque. Et que des proches qui ont fait ce choix-là, dans ce temps-là, «sont déjà maître d?école ou inspecteur aujourd?hui».

<I>«J?ai 32 ans de service. A chaque fois que le rapport PRB sort, «ou bann junior fini vinn zoinn ou. Nou pa avanse».</I>

Et la tentation d?aller exercer à l?étranger ? «Miss» y a pensé sans y succomber. Ce qui l?a retenue, «je n?avais pas envie de tout recommencer à zéro». L?âge venant, le terrain qu?elle a eu en héritage pour construire sa maison, son mariage à l?âge de 20 ans ont été autant de facteurs qui ont freiné sa mobilité. «Mon mari et moi nous nous sommes beaucoup sacrifiés». Alors c?est avec des pincements au c?ur qu?elle a vu au moins une quinzaine d?amis partir pour l?Angleterre. «Zot finn ale parski zot pa ankor vinn Charge Nurse, promosyon ti pe pran tro boukou letan».

«La télé est pour les malades» </B>

Alors, avec son époux, employé dans l?administration en milieux hospitalier ? de lui elle dira «li kompran impe bann rouaz la» ? «Miss» s?est accrochée. Elle a fait les nuits. «Délaissant» ses enfants, «mo met mo sac lor mo zepol», que ce soit pour la Noël ou le Nouvel an. Et d?expliquer que si un congé public tombe en semaine, l?infirmier a deux options : soit une prime soit prendre deux jours de congé.

Et le rapport avec le public ? «Miss» n?a pas oublié comment elle fut violemment bousculée une fois quand des visiteurs mécontents ont forcé la porte de la salle dont elle s?occupait. Alors que la consigne était justement de contrôler le nombre de visiteurs ? deux par patient. «A la maternité, ce ne sont pas des malades qui sont là, c?est un heureux événement. Il y a des gens des deux côtés qui sont là».

Aux clichés d?infirmiers qui paressent, «Miss» fronce des sourcils. Précise que «la télé est pour les malades pas pour le personnel». Que le service prévoit une heure de «lie-in» pour le Charge Nurse, ce qui veut dire une heure de répit, assis dans une chaise, affirme-t-elle. Ce qui est géré par les infirmières qui «met enn ti laloi», c?est-à-dire que la télé est éteinte à 21 heures et que tous les malades sont au lit à cette heure là.

Mais au fait, qu?est-ce qui a déclenché sa vocation ? Grand sourire. Souvenirs. Rappel de l?enfance où petite, elle avait accompagné un oncle malade à Candos. «Miss» y avait été impressionnée par les infirmières «bien habillées». et s?est dit qu?un jour, c?est elle qui porterait les épaulettes bleues.

Publicité