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Incertitudes

11 mai 2005, 00:00

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Eric NG PING CHEUN</B>

S?il faut situer la période de l?enquête de ce présent baromètre économique, on dira qu?elle a été réalisée dans le sillage du 1er mai politique, en pleine turbulence boursière et un mois après la présentation du budget 2005-2006. Dans le cadre de ce deuxième baromètre post-budgétaire, la tête reposée, les analystes confirment le pessimisme qui a repris lors du précédent. Ainsi, si un analyste, pessimiste la fois dernière, est devenu optimiste, en revanche deux analystes, passés à l?optimisme après le budget, sont redevenus pessimistes. Résultat final : trois analystes sur cinq se disent pessimistes sur les perspectives économiques d?ici à un an.

Dans un an, ce sera dix mois après le verdict des élections générales du 3 juillet. Que l?Alliance sociale nous promette de changer notre vie en 100 jours, ou que l?alliance gouvernementale nous fasse miroiter les premiers fruits de son projet de ?duty-free island?, la situation économique se présentera objectivement la même pour la majorité des analystes interrogés. A charge pour l?un ou l?autre camp politique de bien mesurer le pessimisme des analystes s?il veut absolument prouver qu?il a déjà gagné les élections...

D?ailleurs, les deux principaux blocs politiques feraient mieux de ne pas trop afficher leurs certitudes quant à une très large victoire électorale. Si tant est que la foule présente aux meetings du 1er mai soit une indication des tendances de vote, et si tant est que chacun soit convaincu d?avoir réuni deux fois plus de foule que son rival, il demeure que la Bourse de Port-Louis ne l?entend pas de cette oreille...

Déjà en recul de 27 points depuis l?annonce du budget 2005-2006, le Semdex est encore tombé de 20 points au cours de la semaine écoulée. Si l?alliance gouvernementale se dirigeait vers une victoire claire et nette, l?indice boursier aurait remonté après le 1er mai, ou du moins, il y aurait eu plus d?achats que de ventes sur le marché boursier. Sur toutes les places financières, il règne une logique implacable : en marge d?une élection, les certitudes d?un retour au pouvoir de l?équipe sortante font monter la Bourse, mais les incertitudes la fait baisser. Actuellement, la tendance à la baisse des cours du Semdex indique que le marché fait deux pronostics sur la joute du 3 juillet : soit c?est une lutte serrée, soit on s?achemine vers le changement de pouvoir.

Toutefois, la baisse de la Bourse ne signifie pas que le marché se prononce en faveur de l?Alliance sociale. Pour l?heure, rien ne laisse penser que le marché prend au sérieux les implications d?une arrivée au pouvoir de l?Alliance sociale. Manifestement, les dix mesures promises par le leader de l?opposition n?ont fait ni chaud ni froid aux acteurs du marché. Si ces derniers étaient enthousiastes de telles mesures, le Semdex aurait pris l?ascenseur... Paradoxalement, l?alliance sociale aurait intérêt à ce que la Bourse ne chute pas dramatiquement d?ici aux élections. Sinon, la population risquerait de prendre peur au point de voter pour la continuité.

Tout cela paraît logique sur papier. Mais, reconnaissons-le, la Bourse de Port-Louis n?a pas démontré jusqu?à présent qu?elle fonctionne dans une logique du marché. La raison est simple : il y a trop peu de volume d?échanges et pas assez d?acteurs. De fait, on peut facilement manipuler notre Bourse en jouant avec un petit nombre d?actions.

Puisqu?on nous assure que ?tout ce qui monte doit descendre? et qu?il existe un phénomène de ?prise de bénéfices?, nous concluons que la Bourse de Port-Louis n?obéit pas aux fondamentaux. Les fondamentaux ne changent pas du jour au lendemain. Cela fait dix-neuf mois que le cours de l?action State Bank of Mauritius est supérieur à sa ?Net Asset Value?. Cela fait plusieurs années que la croissance économique, le chômage, l?inflation, le taux d?investissement, le déficit budgétaire et la dette publique inquiètent. Si ?correction? il y a aujourd?hui, elle n?est encore que mineure.

Certains analystes n?hésitent pas à avancer que le Semdex peut perdre encore 50 points d?ici aux élections. En tout cas, le présent baromètre est le premier où une majorité d?analystes se prononcent pour une baisse d?au moins 5 % du Semdex (-16 points) d?ici à six mois. Nul doute que l?indice boursier remontera ensuite, mais sur la base de bons résultats financiers des ?blue chips?.

Si les achats en Bourse diminuent, c?est aussi parce que les devises deviennent plus attrayantes. Notre baromètre indique que la majorité des analystes a une préférence pour les devises et qu?elle s?attend à une dépréciation continue de la roupie. Certes, depuis notre dernier baromètre, le dollar est resté autour de Rs 29.30. Mais nos analystes ne sont pas dupes : ils savent qu?après les élections, la roupie va glisser sur un toboggan. On anticipe même un dollar à Rs 30 avant la fin de l?année.

En faisant pression sur les cambistes pour qu?ils soutiennent la roupie pendant deux longs mois de campagne électorale, la Banque de Maurice joue un jeu dangereux au risque de faire la roupie devenir une monnaie politisée. L?indépendance de la Banque centrale est un leurre. Si elle veut sauvegarder ce qui lui reste de crédibilité anti-inflationniste, la Banque de Maurice doit envoyer un signal fort : une nouvelle hausse du taux Lombard.

(www.pluriconseil.com)

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