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Immunité : jusqu?à quand ?
Il y a de quoi nous faire désespérer de notre pays. Plus de trois ans et demi après l?éclatement du plus gros scandale financier de l?histoire de Maurice, nous ne sommes pas plus avancés qu?au premier jour. Donc celui qui a orchestré le vol de Rs 632 millions à la MCB ainsi que le bénéficiaire du butin sont assurés de ne pas être inquiétés de sitôt.
La décision prise par l?Icac hier de recommander l?arrêt de la procédure d?inculpation menée à l?encontre des suspects dans l?affaire MCB-NPF est la suite logique d?une triste comédie d?erreurs, farce à laquelle a participé l?ancienne équipe qui était aux commandes de la commission anti-corruption. Le dossier laissé par l?équipe sortante est si mal ficelé que l?Icac n?avait aucune chance de gagner les procès contre les suspects inculpés provisoirement. On ne sait pas si ces erreurs ont été commises de bonne foi ou avec préméditation mais il est établi par des cours de justice qu?il y a bien eu des irrégularités de la part de l?Icac.
Plusieurs magistrats ont invoqué l?abus de procédure et l?abus de pouvoir pour rendre des jugements défavorables à l?Icac dans le cadre de l?affaire MCB-NPF. Par exemple, il y a un an, les magistrats Pritiviraj Fekna et magistrat Patrick Kam Sing expliquaient que les errements de l?Icac les obligeaient d?arrêter le procès intenté à Ravi Ramdewar et Pierre-Guy Noël. Dans leur jugement, ils disent qu?ils ne peuvent pas cautionner ?le non-respect des dispositions statutaires précises, bafouant les principes de base de la bonne gouvernance et de la transparence, et, ironiquement, encourageant des pratiques corrompues.?
Depuis le début, il était difficile de se retrouver dans l?imbroglio autour de cette enquête de l?Icac. Une première question se posait déjà quant à l?implication de la commission anti-corruption dans une affaire qui concerne un délit de vol, fut-ce d?une somme importante. L?Icac a pour mission de combattre la corruption et le blanchiment. Elle n?avait pas à se mêler d?une enquête qui relevait du Central CID. En outre, elle a procédé à une série d?arrestations autant arbitraires qu?intempestives avant d?être remise à sa place par les tribunaux compétents. Il y a aussi eu l?inexplicable réticence des autorités à réclamer l?extradition de l?homme d?affaires Teeren Appasamy, suspect.
De même, malgré les ?aveux? de Robert Lesage à l?Icac, faits en contrepartie d?une immunité sur les délits de blanchiment et de corruption, la commission persistait à orienter son enquête dans un sens qui contredisait la logique. D?après les comptes-rendus officiels de l?enquête de l?Icac, cités par la MCB dans sa plainte contre la Mauritius Union Assurance, Robert Lesage a déclaré avoir agi de sa propre initiative dans des transactions frauduleuses engagées au profit de Teeren Appasamy et de ses entreprises. Contrairement à ce que l?on pouvait penser, cet élément n?a pas poussé les enquêteurs à avancer dans leur investigation.
L?alternance politique, non plus, n?a pas changé significativement les données. Pourtant, alors qu?il était dans l?opposition, le leader du PTr avait affiché une grande détermination à faire la lumière sur le détournement de fonds du NPF. Le 26 mars 2005, Navin Ramgoolam déclarait, lors d?une conférence de presse : ?e Bérenger, e ti-Jugnauth pe kasiet bann intere okilte ki finn met a zur dan sa skandal politiko-finansyer. Nu pu san pitye apre eleksyon !? Manifestement, cette promesse n?a pas été tenue. Au contraire, nous avançons à reculons.
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