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Immobilisme
La réforme de la fonction publique est un chantier bien difficile à entamer. Le pays s?en est rendu compte cette semaine encore. On a constaté combien la campagne agressive des syndicalistes contre la mise sur pied de la Mauritius Revenue Authority a refroidi les dirigeants. De la même manière, l?Etat vient de refuser une mesure préconisée par le Pay Research Bureau (PRB) pour dynamiser la fonction publique. Il s?agit du recrutement des ?Senior Chief Executives ( SCE)?, un poste équivalent à une sorte de super secrétaire permanent (PS).
Tandis que le PRB prévoyait, pour ce grade, une sollicitation de candidatures parmi les cadres du secteur privé, le gouvernement a choisi de recruter les quatre premiers SCE parmi les anciens grands commis de l?Etat. Après Kris Ponnusamy et Devendra Parsad Ruhee c?est au tour de Krishnawatee Beegun et Yussuf Abdullatif d?être nommés. Ils sont, tous les quatre, des fonctionnaires exemplaires qui ont servi le public avec dévouement et compétence. Mais ceux qui ont conçu ce poste ouvraient une fenêtre permettant l?injection de sang neuf dans l?encadrement supérieur de la fonction publique. D?ailleurs, dans son rapport, le PRB avait expliqué que : ?This arrangement enables management to tap the pool of high quality people who could not or do not wish to make a career in the public service.?
A l?époque où elle était proposée, tous avaient accueilli la création du poste de SCE comme un moyen de jeter un pont entre les secteurs public et privé. On avait imaginé des patrons du privé de l?envergure des François Woo, Sunil Banymandhub et autres Arnaud Dalais aux commandes des départements publics, pendant de brèves périodes, pour y apporter leurs savoir-faire. Manifestement, cette audace n?est pas envisageable aujourd?hui.
Il peut être utile d?offrir à des gestionnaires d?exception qui ont acquis une solide expérience dans l?administration publique de continuer à servir, après l?âge de la retraite, en tant que contractuels. Mais, il ne sert à rien de recycler systématiquement des anciens PS et de leur confier la responsabilité de SCE. En outre, le fait de savoir qu?il y a un contrat alléchant à la clé peut pousser certains PS au bord de la retraite à la complaisance envers le pouvoir.
Il existe des gestionnaires de grande valeur qui pour des raisons financières ou, disons, culturelles, ont choisi de ne pas faire carrière dans la fonction publique mais qui seraient prêts à contribuer à sa réforme en acceptant temporairement le poste de SCE. Cela offre une chance à l?Etat d?adapter la fonction publique au contexte d?affaires d?aujourd?hui et de demain. C?est une occasion, pour les ministères, d?axer leurs pratiques et services sur les citoyens. L?Etat ne veut pas en profiter de peur de bousculer les hauts fonctionnaires en poste.
Si les normes de management dans la fonction publique sont dépassées, c?est essentiellement parce que ses structures ne lui permettent pas des échanges avec le secteur privé. Celle-ci vit dans un monde hermétiquement clos. Elle continue à mettre l?accent sur les contrôles tatillons et les règlements alors qu?une entreprise moderne doit avoir une stratégie basée sur les résultats et les valeurs.
Pour l?heure les facteurs de blocage sont trop puissants. Mais, à l?avenir, tout dépendra de la capacité du gouvernement à choisir entre la paix sociale coûte que coûte et l?avancement du pays.
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